Saint-Pierre-et-Miquelon taxé à 50 %, La Réunion à 37 %, la Polynésie à 10 % : les droits de douane spécifiques à l’outre-mer annoncés mercredi 2 avril par Donald Trump ont déclenché un mélange d’incompréhension et de colère dans les territoires concernés.
Alors que la France hexagonale et l’Union européenne écopent de droits uniformes de 20 %, les départements, régions (DROM) ou collectivités d’outre-mer (COM) français se voient appliquer des taux sans logique apparente, sans que Washington n’ait clairement expliqué ses critères.
« L’intention initiale de taxer différemment les territoires ultramarins est profondément politique. Elle témoigne surtout du cumul d’incohérences, d’absurdité et d’incompétence », a réagi auprès de l’AFP Manuel Valls, ministre des Outre-mer. « La baisse des droits de douane est un héritage de la paix. Cette décision rappelle les erreurs des Etats-Unis dans les années 20 et 30 », a encore ajouté l’ancien Premier ministre.
Le grand bazar
Parties intégrantes du territoire douanier de l’UE mais considérées fiscalement comme des territoires tiers, la Guadeloupe, la Martinique, la Guyane et Mayotte verront leurs produits imposés à hauteur de 10 % par les autorités américaines. En revanche, la Réunion, qui bénéficie pourtant du même statut légal, verra ses produits taxés à hauteur de 37 %. Sur le papier, les DROM, comme La Réunion, font partie intégrante du territoire douanier de l’UE. A ce titre, ils devraient être soumis à la même taxation que la métropole. Les COM, elles, disposent de plus de souplesse tarifaire.
Le gouvernement américain prévoit aussi d’imposer des droits de douane de 50 % sur les produits importés depuis l’archipel de Saint-Pierre-et-Miquelon mais de 10 % sur ceux arrivant de la Polynésie française, deux territoires qui ne font pas partie de l’Union européenne aux yeux des douanes.
« Il n’y a pas de cohérence »
Cette annonce a provoqué la perplexité dans les territoires ultramarins, qui commercent pour la plupart très peu avec les Etats-Unis, et des réactions de colère de plusieurs élus. La présidente de la région Réunion, Huguette Bello, a ainsi estimé que Donald Trump était « un ignorant » et le député de Saint-Pierre-et-Miquelon, Stéphane Lenormand, a dit ne pas savoir « d’où sortent ces chiffres » et pointé « l’incompétence de l’administration américaine ».
« Il n’y a pas de cohérence », juge de son côté la sénatrice (LR) de Saint-Barthélemy Micheline Jacques, à la tête de la délégation sénatoriale aux outre-mer, qui redoute « un impact considérable pour certains territoires », notamment Saint-Pierre-et-Miquelon, dont l’économie repose en partie sur la pêche vers l’Amérique du Nord.
Le député de ce petit territoire à quelques encablures des côtes canadiennes, Stéphane Lenormand, se dit « inquiet » et dénonce une « forme d’incompréhension qui traduit l’incompétence de l’administration américaine ». Il s’interroge sur les chiffres avancés par la Maison-Blanche. « On est un petit marché d’un peu plus de 6 000 habitants, je ne pense pas que ce soit nous qui soyons à l’origine du déséquilibre de la balance du commerce extérieur américain », ironise-t-il.
À l’exception de la Nouvelle-Calédonie, qui exporte du nickel – mais vers l’Asie, et qui ne figure pas dans le tableau de Donald Trump -, la quasi-totalité des territoires présentent en effet un déficit commercial massif. À La Réunion, les exportations de biens atteignaient en 2022 environ 320 millions d’euros, contre sept milliards d’euros d’importations annuelles. Les taux de couverture – le rapport entre exportations et importations – sont très faibles : entre 5 % et 15 %, contre environ 90 % pour la France métropolitaine.
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Publish date : 2025-04-04 14:00:00
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