Il n’y a pas qu’en France que la gauche réclame une taxation sur les grandes fortunes. En plein débat budgétaire, les Italiens se posent, eux aussi, la question d’une contribution spéciale demandée aux hauts patrimoines. La mesure est portée par la CGIL, le premier syndicat transalpin, représenté par Maurizio Landini. A la clé : 26 milliards d’euros par an, de quoi renflouer les caisses de l’Etat et éviter un budget marqué par le sceau de l’austérité. Mais la proposition n’est pas du goût de tout le monde, la Première ministre italienne Giorgia Meloni y étant farouchement opposée.
Cette « contribution solidaire » concernerait les « 1 % les plus riches », ceux qui possèdent « plus de 2 millions d’euros », au profit des « 99 % restants » détaille Maurizio Landini, cité par le Corriere della Sera. La CGIL prône une taxation d’1,3 %. En tout, ce sont 500 000 contribuables qui seraient concernés, pour un gain de 26 milliards d’euros par an pour les recettes de l’Etat.
C’est un peu plus que ce que rapporterait, en France, la taxe proposée par l’économiste Gabriel Zucman, rejetée par l’Assemblée le 31 octobre dernier, et qui consistait à faire payer les patrimoines au-delà de 100 millions d’euros, à hauteur de 2 % de leur fortune. Selon ces calculs, 1 800 personnes auraient été concernées par cette mesure, qui aurait rapportée 20 milliards d’euros par an.
« Justice fiscale »
« Ce sont des ressources essentielles pour financer et investir dans la santé, l’éducation, les soins de longue durée, le logement, les politiques sociales et les transports publics », assure le représentant syndical. « La justice fiscale est le levier décisif pour soutenir un programme économique et social radicalement différent du programme d’austérité rigide et de réarmement actuellement mis en œuvre », peut-on lire dans un autre article du même quotidien.
D’autant que le système d’imposition en Italie est particulièrement inégalitaire, révèle une étude de la Banque Centrale Européenne. « Le système fiscal italien est parmi les plus régressifs, avec des taux plus faibles concentrés sur les 7 % les plus riches. Les revenus du capital sont ainsi moins imposés que les revenus du travail ; ceux qui font déjà partie de ce groupe restreint voient leur patrimoine croître plus rapidement que les autres, sans pour autant payer plus d’impôts », détaille le Corriere. Les 0,1 % des contribuables les plus aisés sont soumis, dans les faits, à un taux d’imposition de 32 % inférieur à celui appliqué aux revenus compris entre 28 000 et 50 000 euros.
Sur la base de ce constat, cette même étude de la BCE (portée par Matteo Dalle Luche, Demetrio Guzzardi, Elisa Palagi, Andrea Roventini et Alessandro Santoro) recommande une taxation des 0,1 % les plus riches, jusqu’à 60 %, pour réduire les inégalités et accroître les recettes publiques. « L’instauration d’un impôt progressif sur la fortune, appliqué aux 7 % les plus riches […] représenterait environ 30 milliards d’euros » par an. Plus que le budget actuellement à l’étude par le gouvernement, qui exigera, selon les mots du ministre de l’Economie Giancarlo Giorgetti, des « sacrifices pour tous ».
Giorgia Meloni opposée
Si la proposition d’introduire plus de justice fiscale au système italien rencontre le soutien d’économistes reconnus, la question ne se pose même pas, pour le gouvernement italien, actuellement en négociations avec les partenaires sociaux. Giorgia Meloni a affirmé qu’avec elle « au gouvernement, il n’y aura jamais de taxe sur le patrimoine », alors que la gauche ressort « cette solution de façon cyclique ».
Une position qui lui vaut d’être taxée de servir les plus riches. D’autant que selon l’Institut national italien de la statistique (Istat), « la baisse d’impôt sur le revenu prévue dans le budget profiterait principalement aux familles les plus aisées », a indiqué son président, Francesco Maria Chelli, lors d’une audition devant les commissions des finances du Sénat et de la Chambre des députés, rapporte la chaîne Sky Tg24.
« En classant les familles selon leur revenu et en les divisant en cinq groupes, on constate que plus de 85 % des bénéfices vont revenir aux familles appartenant aux quintiles les plus riches », détaille Francesco Maria Chelli. Une logique à rebours de celle de ces adversaires politiques.
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Publish date : 2025-11-11 16:12:00
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