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    OAS, gauchistes et écoutes téléphoniques : le roman noir des barbouzeries françaises signé Benjamin Dierstein

    IntelliNewsBy IntelliNewsfévrier 2, 2026Aucun commentaire4 Mins Read
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    Mélangez dans un shaker une rasade de James Ellroy et une pincée d’Yves Boisset et vous obtenez Benjamin Dierstein. A quarante ans, ce breton natif de Lannion dans les Côtes-d’Armor achève une trilogie romanesque qui fera date. Le troisième tome, « 14 juillet », après « Bleus, blancs, rouges » et « L’étendard sanglant est levé » confirme le talent explosif de cette fine gâchette.

    Trois cents personnages, 2 500 pages : ce roman-fleuve où flottent pas mal de cadavres emprunte à l’auteur d’American tabloïd sa construction et son style nerveux et au cinéaste du « Juge Fayard » et de « Dupont Lajoie » son regard sans concession sur les moeurs politiques françaises de mai 68 au tournant de la rigueur Mitterrandien.

    Dans ces pages crépitantes, on croise Carlos, Pierre Goldman, Charles Pasqua, Jacques Vergès, Christian Prouteau, Gaston Defferre, le capitaine Barril, le commissaire Broussard, Charles Hernu, Jacques Mesrine, Jean-Marc Rouilland, Gilles Ménage, Bob Denard, Jean-Edern Hallier…

    Benjamin Dierstein explore les marges politiques dans les moindres recoins : des mouvements gauchistes au Front national de Jean-Marie Le Pen, en passant par les groupes terroristes pro-palestiniens, Action directe, le FLNC, l’OAS, le Service d’action civique (SAC), Honneur de la police… Le grand banditisme habite la porte juste à côté.

    Parmi ces personnalités bien réelles, l’écrivain glisse des personnages de fiction que l’on retrouve tout au long de sa furieuse odyssée. Deux d’entre eux sont sortis de la même promotion de l’école de police : l’ambitieuse inspectrice Jacquie Lisnard, ancienne des Renseignements généraux recrutée à la cellule antiterroriste de l’Élysée, confrontée au sexisme de ce milieu et le torturé Marco Paolini, un gaulliste très chrétien, mouillé jusqu’au cou dans les barbouzeries. Il y a aussi le brigadier Gourvennec, infiltré malgré lui dans une chapelle révolutionnaire proche d’Action directe, assoiffé de vengeance, et Vauthier, un ancien mercenaire, garde du corps d’Omar Bongo et d’Alain Delon, devenu une figure de la nuit.

    Dans les deux premiers volumes, les années de plomb fournissent à Benjamin Dierstein un matériau brûlant qu’il manipule avec un talent d’orfèvre. Ce bouillon de culture violente nourrit une multitude d’intrigues, toutes s’entrelaçant dans un redoutable lacis où le lecteur se retrouve pris au piège.

    « 14 juillet » explore les zones sombres du mitterrandisme : l’affaire des Irlandais de Vincennes, le scandale des écoutes… Les hommes changent, pas les pratiques. La guerre des polices repart de plus belle. BRI, 36, quai des Orfèvres, RG… L’auteur nous ouvre toutes les portes. C’est encore l’époque où les grands flics prennent la lumière. Ils ne quittent pas leur flingue. Le lecteur, lui, ne peut pas reposer ce polar vertigineux. Le récit tendu à l’extrême, le sens du dialogue et la rythmique des phrases créent une addiction. Vous parvenez à la 2500e page en vous disant : « C’est déjà fini ? »

    On devine où va la sympathie de ce jeune écrivain orphelin des lendemains qui chantent. Mais il ne cède ni au manichéisme ni à la lecture a posteriori des événements. Il montre le combat des idées sans réduire ses personnages à celles qu’ils défendent. Les fêlures intimes, le sens de l’honneur et les serments d’amitié ont leur part dans ces destinées radicales. Sa peinture des mœurs politiques n’est ni rose ni pastel. Elle évolue entre gris clair et gris foncé. Il y a de beaux salauds et de vilaines ordures dans ce marigot. Il y a aussi des soldats perdus. Et des idéalistes qui croient encore que la politique pourra changer la vie. Pour la plupart d’entre eux, cela finira mal. Au lecteur de choisir les âmes qu’il voudra sauver.



    Source link : https://www.lexpress.fr/culture/oas-gauchistes-et-ecoutes-telephoniques-le-roman-noir-des-barbouzeries-francaises-signe-benjamin-2W5LRSN4EBGPRLLBWSIUQZQRXI/

    Author : Sébastien Le Fol

    Publish date : 2026-02-01 12:00:00

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