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    En Iran, les Kurdes se préparent à affronter les mollahs : « Nous attendons le bon moment… »

    IntelliNewsBy IntelliNewsmars 13, 2026Aucun commentaire6 Mins Read
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    La voix d’Afsana Rahimi est entrecoupée de respirations saccadées. « Ils viennent de viser notre base, alors que nous étions tous à l’intérieur », parvient-elle à articuler avant de raccrocher subitement son téléphone. Quelques minutes plus tôt, le siège du Khabat, l’un des partis d’opposition kurdes iraniens exilés en Irak, a été attaqué. Un drone puis un missile se sont écrasés sur le campement situé à Topzawa, à 25 kilomètres à l’ouest d’Erbil, dans le nord du pays. Les fenêtres ont volé en éclats, comme l’intérieur de trois bâtiments. Parmi la cinquantaine de peshmergas – terme désignant les combattants kurdes et signifiant « ceux qui affrontent la mort » – qui vivaient et s’entraînaient ici, deux ont été blessés. Ils ont désormais pour la plupart déserté les lieux et seule une poignée d’entre eux, leur kalachnikov pour seul moyen de défense, est restée pour surveiller le ciel obscur.

    C’est de là que pleuvent depuis le début de la guerre les drones et les missiles envoyés par Téhéran et ses alliés chiites irakiens. Ils visent les positions des Kurdes iraniens exilés depuis les années 1980 au Kurdistan irakien. L’Iran craint qu’ils ne prennent part à la guerre, aux côtés des États-Unis et d’Israël. Et intensifie ses frappes.

    La semaine dernière, Donald Trump a déclaré à Reuters qu’il soutiendrait ces groupes d’opposition s’ils lançaient une opération terrestre contre Iran. Le 22 février, cinq d’entre elles, rejointes ensuite par une sixième, ont annoncé la création d’une coalition visant à « renverser la République islamique » et à obtenir l’autodétermination du peuple kurde en Iran. Ces partis, divisés par des luttes intestines depuis leur création, voient dans cette guerre une chance historique pour les Kurdes iraniens, réprimés depuis 1979 par le régime des mollahs. « C’est une des plus grandes opportunités que nous ayons eues. Si nous la laissons passer, nous n’en aurons pas d’autre avant peut-être 20 ou 30 ans », affirme Sardar Waladbeigi, responsable des relations avec l’Europe au sein du Parti de la liberté du Kurdistan (PAK).

    Capacités limitées

    Les Kurdes espèrent qu’une offensive réussie conduira au scénario irakien. « Dans cette configuration, les Américains libéreraient le Kurdistan iranien pour installer les groupes d’opposition au pouvoir dans cette région et mettre en place une entité étatique fédérale, analyse Abel Bakawan, directeur du European Institute for Studies on the Middle East and North Africa (EISMENA). Selon cet expert, un deuxième scénario positif est envisageable : le Kurdistan iranien serait libéré mais les Américains ne mettraient pas tout de suite d’entité étatique en place, afin de ne pas provoquer les autres communautés. En revanche, « la région serait transformée en zone de regroupement de l’ensemble des forces d’opposition iraniennes – Balouches, Arabes, Azéris, Perses – pour les financer, et les armer », poursuit-il.

    De tels scénarios restent aujourd’hui hypothétiques, en raison des capacités militaires limitées des partis kurdes iraniens : leurs effectifs sont estimés à quelque 7 000 combattants. « Depuis deux ou trois semaines, des milliers de jeunes arrivent également d’Iran pour devenir peshmergas. Nous avons aussi des combattants dans les villes en Iran, prêts à se battre. Nous attendons le bon moment pour lancer l’opération et prendre le contrôle des villes. Nous sommes prêts », assure Sardar Waladbeigi, du Parti de la liberté du Kurdistan. En cas d’offensive, les combattants misent également sur une mobilisation des habitants du Rojhelat – le nom de la région kurde d’Iran, située au nord-ouest du territoire – qui représente 10 à 15 % de la population totale du pays.

    Problème, les peshmergas iraniens ne sont équipés que d’armes légères. Ils ne possèdent ni chars, ni véhicules blindés ni artillerie. « Les Kurdes ne pourront pas lancer d’offensive sans le soutien des États-Unis et particulièrement sans une couverture aérienne. Même en cas de mobilisation populaire, ils n’auront aucune chance face au Corps des gardiens de la révolution ou à l’armée iranienne : un million de soldats équipés d’armes modernes », analyse Yerevan Saeed, chercheur associé à l’Atlantic Council. Sardar Waladbeigi, le représentant du PAK, abonde : « Ce que nous voulons, c’est une coopération sur le modèle de la guerre contre Daech ». À partir de 2014, la coalition internationale de lutte contre l’État islamique s’était reposée sur les forces armées kurdes d’Irak et de Syrie afin de vaincre le califat, en leur apportant une protection aérienne.

    Aucune opération sans garantie américaine

    Reste qu’en Syrie, les Kurdes, qui bénéficiaient du soutien américain, ont été abandonnés en janvier 2026 par Donald Trump. Cet épisode leur fait craindre aux Kurdes iraniens que les États-Unis ne les lâchent en cours de route. Après avoir affirmé soutenir une offensive au début de la guerre, le président américain a d’ailleurs fait volte-face, en affirmant le 8 mars exclure ce scénario. Il ne semble pas, à l’heure actuelle, avoir pris de décision. « Malheureusement, Trump dit quelque chose, et se réveille le lendemain en disant autre chose. Nous n’avons aucune garantie, concède Sardar Waladbeigi, le représentant du PAK. Mais nous n’avons pas d’autre choix que de les croire. Alors j’espère qu’ils seront honnêtes ». Il répète qu’aucune opération ne sera lancée sans garanties américaines.

    Dépendante de la volonté du président américain, la coalition d’opposition doit également composer avec les autorités du Kurdistan irakien où leurs camps et sièges sont basés. Le président Masoud Barzani s’oppose à une offensive qui déstabiliserait la région semi-autonome. « Au premier jour de la guerre, tout le monde a cru que ça serait une question de jours pour que le régime iranien ne tombe ; on se rend compte que c’est bien plus compliqué que cela et qu’il est plus résilient que nous le pensions », glisse une source au sein du parti Komala, endeuillé par la perte de plusieurs peshmergas.

    L’arrivée au pouvoir de Mojtaba Khamenei, plus radical que son père, tué dans une frappe américaine le 28 février, ainsi que l’absence de défection au sein de l’armée, montrent que le régime iranien tient pour l’instant le choc. Pendant ce temps, les drones et les missiles continuent à pleuvoir sur les camps des partis kurdes d’opposition, lancés par l’Iran et ses soutiens chiites d’Irak. Le pays est malgré lui entraîné dans une guerre régionale, alors que se multiplient sur son sol les frappes contre les positions américaines, mais aussi françaises. Jeudi soir, un soldat français a été tué, et cinq autres ont été blessés, dans une attaque contre un camp situé au sud d’Erbil, où se trouvaient un détachement français et des peshmergas.



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    Publish date : 2026-03-13 10:30:00

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