Deux jours après que Vladimir Poutine a annoncé que la guerre en Ukraine pourrait « toucher à sa fin », l’Union européenne a décrété ce lundi 11 mai de nouvelles sanctions contre des personnes et des entités russes liées à l’un des crimes les plus douloureux du conflit : l’enlèvement par Moscou de milliers d’enfants ukrainiens, arrachés à leur famille, dépouillés de leur identité et de leur histoire personnelle et endoctrinés pour devenir de fidèles soutiens de l’envahisseur.
Les nouvelles sanctions prises par le Conseil des ministres des Affaires étrangères de l’Union, à l’occasion d’une réunion à Bruxelles de la coalition internationale pour les enfants ukrainiens coprésidée par l’UE et le Canada, vise 16 citoyens russes ainsi que 7 entités, notamment des associations qui s’occupent de l’adoption et de l’endoctrinement des jeunes déportés. Les sanctionnés sont tous compromis dans « la déportation illégale systématique de mineurs ukrainiens, leur transfert forcé, leur assimilation forcée, y compris par l’endoctrinement et l’éducation militaire, et leur adoption illégale », indique un communiqué de l’UE.
Les mesures comprennent une confiscation des avoirs dans l’UE des personnes et entités sanctionnées, une interdiction pour les individus concernés de se rendre sur le territoire européen et une interdiction à toute personne ou entité européenne de faire des affaires avec eux ou de leur transférer des fonds.
Le chef de la diplomatie ukrainienne Andriy Sybiha, présent à la réunion, a remercié l’UE ainsi que le Canada et le Royaume-Uni, qui ont également pris de nouvelles sanctions récentes contre Moscou. Mais il a aussi appelé le monde à faire plus pour contraindre la Russie à restituer les enfants kidnappés à leur famille. « De nouveaux outils doivent être inventés, il faut des sanctions spécifiques contre chaque Russe impliqué », a-t-il dit au cours d’une conférence de presse. « Les crimes contre les enfants ne doivent jamais devenir normaux et ne doivent jamais rester impunis », a-t-il affirmé. « Ce ne devrait pas être un sujet de négociation ».
Plus de 20 000 enfants enlevés
La coalition internationale pour les enfants ukrainiens, qui rassemble une cinquantaine de pays, a identifié quelque 20 500 mineurs d’âge enlevés, la majorité depuis 2022 mais certains déjà entre 2014 et 2022. Ce chiffre est probablement sous-estimé. La plupart se trouvent aujourd’hui en Russie ou dans les territoires ukrainiens occupés par Moscou (Crimée et Donbass). Certains seraient également en Biélorussie, un Etat allié de la Russie.
L’Union européenne apporte son assistance aux opérations d’identification et de localisation des jeunes. Elle apporte son aide, là où c’est possible, à leur retour. Elle contribue aussi à préparer le terrain à des actions judiciaires pour poursuivre les personnes impliquées et estimer le montant d’éventuelles réparations à réclamer. Plusieurs Etats, notamment le Qatar, le Vatican, la Turquie, l’Afrique de Sud, le Canada et les Etats-Unis apportent aussi, chacun de leur côté, leur médiation. Pour l’instant, un peu plus de 2 000 enfants ont pu être rapatriés et quelque 1 800 autres seraient localisés.
« Notre objectif est le retour de chacun des enfants enlevés par la Russie », a affirmé la Haute représentante européenne Kaja Kallas au cours de la même conférence de presse. « Le vol d’enfants est une attaque calculée de la Russie contre l’avenir de l’Ukraine », a-t-elle dénoncé. Une fois endoctrinés, certains jeunes seraient envoyés au front par l’armée russe et forcés de combattre leurs compatriotes.
Ce kidnapping de masse fait partie des motifs pour lesquels la Cour pénale internationale a émis en 2023 des mandats d’arrêt contre le président Poutine et contre la commissaire russe aux droits de l’enfant, Maria Lvova-Belova. « Ces mandats sont des instruments importants », a jugé le ministre ukrainien Sibiha. « Il en faudrait plus ».
« La question de la responsabilité (de la Fédération de Russie) est cruciale », a déclaré Kaja Kallas. « La Russie doit répondre de ce crime de guerre ». La Haute représentante européenne a estimé que Vladimir Poutine était aujourd’hui, après plus de 4 ans de guerre, « dans une situation de faiblesse comme il n’a jamais été auparavant ». Selon elle, la déclaration de Poutine laissant entendre que la fin du conflit pourrait être proche serait un nouveau témoignage de cette faiblesse.
« Poutine n’en est pas pour autant au point où il serait prêt à négocier de bonne foi », a ajouté Kaja Kallas. « Ses revendications sont toujours extrêmes ». Loin d’être un signe d’espoir, la déclaration de Poutine pourrait bien être un nouveau leurre.
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Author : Luc de Barochez
Publish date : 2026-05-11 16:35:00
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