Il y a un an, Donald Trump assurait que sa politique de droits de douane élevés permettrait de faire plier la Chine et de rééquilibrer la balance commerciale avec les Etats-Unis. Cette ambition a depuis pris du plomb dans l’aile, les taxes « réciproques » ayant été retoquées en février dernier par la Cour suprême américaine. C’est dans ce contexte, et alors que les deux pays cherchent à stabiliser une relation mise à rude épreuve par les tensions liées au commerce, à Taïwan et à la guerre en Iran, que le président américain rencontrera le dirigeant chinois Xi Jinping lors de sa visite à Pékin la semaine prochaine.
Les dirigeants d’entreprise et les analystes ne s’attendent pas à des avancées majeures lors du sommet, même si de petits succès pourraient être enregistrés, comme une prolongation de la trêve commerciale jusqu’en octobre. Retour sur les dossiers chauds qui devraient être à l’ordre du jour de cette visite en Chine du 13 au 15 mai, la première d’un dirigeant américain depuis près d’une décennie.
Médiation de la guerre en Iran
Selon le secrétaire américain au Trésor Scott Bessent, les deux présidents doivent avant tout discuter de la guerre en Iran. Bien que Pékin considère qu’il relève de la responsabilité de Washington d’y mettre fin, le conflit menace aussi les approvisionnements énergétiques de la Chine et risque de tendre ses relations avec les pays du Golfe.
Scott Bessent a exhorté la Chine en amont de cette rencontre à « se joindre à nous dans cette opération internationale » visant à ouvrir le détroit d’Ormuz à la navigation internationale. Le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araqchi était d’ailleurs à Pékin cette semaine. Mais bien que Pékin ait travaillé en coulisses pour convaincre l’Iran de tenir des pourparlers de paix avec les États-Unis au Pakistan le mois dernier, les analystes estiment que Pékin ne voudrait pas être perçu comme exécutant les volontés de Donald Trump. Peu de mouvements sont donc attendus sur ce front.
Soutien américain à Taïwan
La Chine néanmoins tient à faire avancer un dossier en particulier lors de cette rencontre. Le ministre des Affaires étrangères chinois Wang Yi a souligné lors d’un appel préliminaire avec le secrétaire d’État américain Marco Rubio, l’importance de la question taïwanaise pour la Chine, qualifiant l’île démocratiquement gouvernée de « principal point de risque » dans les relations bilatérales. La Chine revendique Taïwan comme faisant partie de son territoire et n’a jamais renoncé à l’usage de la force pour placer l’île sous son contrôle. Tandis que Taipei (capitale de Taïwan) rejette fermement cette revendication et affirme que seul le peuple taïwanais peut décider de son avenir.
Sur ce sujet, les États-Unis devront « tenir leurs promesses et faire les bons choix afin d’ouvrir un nouvel espace à la coopération sino-américaine » a prévenu Wang Yi avant cette rencontre délicate. Auprès de l’agence de presse Reuters, des personnes impliquées dans les préparatifs de la visite de Donald Trump affirment que Pékin a discrètement demandé à l’administration Trump une modification du langage américain concernant l’indépendance de Taïwan. Sous Joe Biden déjà , Xi Jinping avait demandé au président démocrate d’affirmer « s’opposer à l’indépendance de Taïwan ». « Le président Xi préférerait que nous ne le fassions pas, et j’en parlerai » a affirmé lundi Donald Trump à propos des ventes d’armes et du soutien américain à Taipei.
Une simple modification de la rhétorique dans la position de soutien de Washington à Taipei pourrait suffire à provoquer des secousses parmi les alliés des Etats-Unis en Asie. Or, certains craignent que Pékin ne profite de la situation pour acter une opération militaire contre l’île démocratique, qu’il considère comme une province renégate.
Libération du magnat hongkongais des médias Jimmy Lai
Lundi dernier, Donald Trump a aussi assuré qu’il continuerait de demander la libération de Jimmy Lai, Hongkongais fondateur d’Apple Daily, condamné à 20 ans de prison à Hong Kong pour collusion avec des forces étrangères pour ses contacts présumés avec des responsables et organisations américaines. Donald Trump avait déjà soulevé ce cas auprès de Xi lors du sommet de l’APEC, estimant que Lai « a essayé de faire ce qu’il pensait être juste ». Pékin, de son côté, estime qu’il doit être « sévèrement puni selon la loi » et accuse des ingérences étrangères dans la justice hongkongaise. Âgé de 78 ans, Jimmy Lai est détenu depuis plus de cinq ans et a été condamné pour plusieurs infractions liées à la sécurité nationale.
Soja et Boeing
Lors de cette rencontre, Donald Trump cherchera à obtenir des concessions commerciales de Pékin avant les élections de mi-mandat de novembre aux États-Unis. Ces élections seront déterminantes pour la fin de sa présidence, car elles décideront si la majorité du Congrès reste républicaine ou passe aux démocrates. Les deux pays travaillent déjà à un mécanisme de Conseil du commerce visant à identifier des produits pouvant stimuler les échanges sans compromettre la sécurité nationale ni les chaînes d’approvisionnement critiques. Selon Reuters, cela inclut de possibles achats chinois de volaille, de bœuf et de certaines cultures américaines hors soja, ainsi qu’un engagement d’achat de 25 millions de tonnes de soja par an pendant trois ans.
Mais les États-Unis souhaitent désormais que la Chine s’engage à acheter des avions Boeing ainsi que du charbon, du pétrole et du gaz naturel américains. La Chine est engagée depuis longtemps dans des discussions avec Boeing pour un accord qui, selon des sources du secteur, pourrait inclure 500 appareils 737 MAX, ainsi que des dizaines d’avions gros-porteurs. Cet accord, bloqué depuis des années alors que Trump menaçait de couper l’accès de la Chine à des pièces détachées critiques pour moteurs, attend désormais d’être signé.
Technologies contre terres rares
Le dernier échange de ping-pong sera technologique. Pékin souhaite que les États-Unis assouplissent les restrictions sur les exportations de semi-conducteurs avancés. Le gouvernement chinois a exprimé à plusieurs reprises par le passé ses inquiétudes concernant un projet de loi américain visant à empêcher la Chine d’accéder à des équipements essentiels à la fabrication de puces. De son côté, Washington veut que Pékin autorise les livraisons de terres rares (groupe de métaux utilisés dans les technologies modernes) et de minéraux critiques aux entreprises américaines. Les contrôles chinois sur les exportations de terres rares ont provoqué d’importantes perturbations dans les industries automobile et aérospatiale américaines.
Instruments de pression économique mutuels
Pour s’assurer de ne pas être lésées dans ces négociations, les deux pays ont renforcé ces derniers mois les instruments de pression économique qui pourront leur servir de levier supplémentaire la semaine prochaine. En mars, Washington a lancé des enquêtes sur les accusations de surcapacité industrielle et de recours au travail forcé en Chine. Puis en avril, le département du Trésor américain a imposé des sanctions à une raffinerie chinoise pour avoir acheté du pétrole iranien, et a menacé d’imposer des sanctions secondaires aux banques chinoises facilitant de tels achats.
Pékin a riposté par des contre-mesures juridiques. En avril, le Premier ministre Li Qiang a signé deux nouveaux règlements accordant aux autorités de vastes pouvoirs pour enquêter sur les entreprises, gouvernements et individus étrangers cherchant à déplacer leurs chaînes d’approvisionnement hors de Chine. Ces nouveaux règlements pourraient également être utilisés pour riposter aux sanctions occidentales visant les entreprises chinoises à l’étranger.
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Author : Enola Richet
Publish date : 2026-05-13 06:00:00
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