Le Royaume-Uni s’enfonce dans la crise, alors que le Premier ministre Keir Starmer est de plus en plus contesté par son propre camp. Jeudi 14 mai, le ministre de la Santé Wes Streeting a démissionné et appelé à l’élection d’un nouveau chef de la majorité travailliste, faisant encore monter la pression sur le locataire du 10 Downing Street. L’Express fait le point sur la situation.
Pourquoi Keir Starmer est-il sur un siège éjectable ?
Les appels à la démission du Premier ministre font suite à la débâcle historique essuyée par le Labour lors des dernières élections locales, le jeudi 7 mai. Alors que ce scrutin, pour les conseils locaux en Angleterre et les parlements écossais et gallois, était attendu comme un test majeur, le parti travailliste de Keir Starmer a subi les pires pertes électorales locales enregistrées par un parti au pouvoir depuis plus de trois décennies. Le parti populiste Reform UK de Nigel Farage a lui réalisé des gains significatifs, remportant plus de 400 sièges de conseillers municipaux en Angleterre, y compris dans certains bastions travaillistes.
Cette claque est survenue alors que la popularité de Keir Starmer, au pouvoir depuis moins d’un an, reculait déjà depuis plusieurs mois, sur fond de croissance économique fragile, de tensions sur les services publics et de critiques sur sa gestion du coût de la vie. Sans oublier l’affaire Peter Mandelson, ce dernier ayant été nommé ambassadeur britannique à Washington en dépit de ses liens avec le criminel sexuel Jeffrey Epstein.
Dans la foulée des élections donc, un nombre croissant de députés travaillistes réclame aujourd’hui le départ de Keir Starmer. « Il est désormais clair que vous ne mènerez pas le parti travailliste aux prochaines élections législatives », a écrit ce jeudi dans une lettre publiée sur les réseaux sociaux le ministre de la Santé démissionnaire Wes Streeting, ajoutant : « Là où nous avons besoin d’une vision, il y a un vide ».
Que dit Keir Starmer ?
Adoptant une approche de « business as usual”, le Premier ministre de 63 ans a répété qu’il se battrait pour conserver son poste. Dans une interview accordée au journal The Observer, publiée dimanche dernier, il a répondu « Oui, je le ferai » à la question de savoir s’il mènerait le parti travailliste aux prochaines élections générales et accomplirait un second mandat complet. Et d’ajouter : « Je ne vais pas abandonner le poste pour lequel j’ai été élu en juillet 2024. Je ne vais pas plonger le pays dans le chaos. »
Ce même argument a de nouveau été brandi dans une lettre adressée à Wes Streeting jeudi, après la démission de celui-ci : « Nous devons tenir toutes les promesses que nous avons faites au pays, y compris celle de tourner la page du chaos qui a été largement rejeté par le peuple britannique lors des dernières élections générales ».
Des sources proches de lui assurent qu’il est déterminé à se présenter si un scrutin interne est déclenché. Keir Starmer a de fait reçu le soutien de la majorité de son cabinet. « Ce que je peux dire très clairement, c’est que le Premier ministre a mon soutien total, continue d’avoir mon soutien total et que le gouvernement est derrière lui », a déclaré jeudi à la presse la ministre de l’Education, Bridget Phillipson. Ce vendredi, c’est le ministre du Logement Steve Reed, allié fidèle du Premier ministre, qui est monté au front : « Je ne vais pas nier que ça a été une semaine vraiment difficile pour nous tous, mais je conseillerais simplement à mes collègues en ce moment : respirez un bon coup, réfléchissez à ce qui est arrivé aux conservateurs quand ils ont fait ça », a-t-il dit à Times Radio, faisant référence au parti conservateur qui, à la fin de sa longue présence au pouvoir, a connu plusieurs changements chaotiques à sa tête avant de subir une défaite historique face aux travaillistes en 2024.
Qui pour défier Keir Starmer ?
D’après les règles du Labour, tout prétendant à la direction du parti doit obtenir le soutien de 81 députés travaillistes – 20 % des effectifs de la formation au Parlement – pour déclencher une élection interne. Pour l’heure, la course n’a pas été officiellement déclenchée. « Le fait est qu’il n’y a pas de concurrent sérieux, personne n’a réuni les 81 nominations nécessaires pour se présenter contre le Premier ministre », a ainsi balayé Steve Reed ce vendredi.
La menace la plus grande pour Keir Starmer vient sans doute du côté d’Andy Burnham, maire du Grand Manchester. Âgé de 56 ans, celui-ci est considéré comme étant le chef de file de l’aile gauche du parti. Pour l’heure, il ne dispose pas de siège au Parlement, condition nécessaire pour se présenter. Mais la voie s’est dégagée pour lui jeudi soir : le député travailliste Josh Simons a démissionné de son poste, « pour permettre à Andy Burnham de rentrer chez lui, de se battre pour réintégrer le Parlement et, s’il est élu, d’impulser le changement dont notre pays a tant besoin ».
« Un plus grand changement est nécessaire au niveau national si l’on veut que le quotidien redevienne plus abordable. C’est pourquoi je demande le soutien du peuple pour revenir au Parlement », a déclaré dans la foulée l’intéressé. Reste que l’élection partielle à venir pour le siège laissé vacant par Josh Simons s’annonce disputée, compte tenu de la popularité croissante de Reform UK.
Outre Andy Burnham, plusieurs autres rivaux de Keir Starmer semblent prêts à le défier, à commencer par Wes Streeting, qui n’a toutefois pas encore déclaré officiellement ses intentions. Idem pour l’ancienne adjointe du Premier ministre, Angela Rayner, qui a annoncé jeudi avoir été blanchie de toute faute délibérée concernant ses affaires fiscales, un obstacle à toute candidature à la direction du parti. Ed Miliband, ministre de la Sécurité énergétique et de la neutralité carbone, ancien chef du Labour entre 2010 et 2015, fait lui aussi figure de candidat potentiel. Si Keir Starmer devait être remplacé, son successeur deviendrait le septième Premier ministre britannique en près de dix ans. Les prochaines élections générales sont prévues en 2029.
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Author : Richard Duclos
Publish date : 2026-05-15 10:43:00
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