Un deuxième séminaire de travail en moins de deux mois. Quelque chose se trame au Rassemblement national. C’est que l’on tente d’anticiper les répercussions du 7 juillet, date à laquelle le parti d’extrême droite sera fixé sur la capacité de Marine Le Pen de se présenter, ou pas, à l’élection présidentielle.
L’idée : réfléchir à la façon dont on communiquera sitôt le jugement de la cour d’appel rendu dans l’affaire des assistants parlementaires européens. Et, en fonction de celui-ci, comment mettre en place rapidement la campagne du ou de la candidate, quel programme celui ou celle-ci portera, de quelles équipes il ou elle s’entourera, quels ajustements idéologiques seront arbitrés, etc, etc. Rome ne s’est pas faite en un jour, il reste moins de deux mois au Rassemblement national pour parfaire son plan pour l’élection présidentielle dont il est, pour l’heure, donné favori.
Un premier « séminaire » a donc réuni, le 19 avril, une vingtaine de cadres frontistes, la garde rapprochée de la députée du Pas-de-Calais et de Jordan Bardella, pour commencer à élaborer une stratégie avant l’été. Un second aura lieu le 12 juin prochain, au même endroit, dans l’Essonne, avec la même équipe restreinte. Il s’agit, d’abord, de tracer les contours du programme du RN, qui devrait subir de larges inflexions par rapport à celui porté par Marine Le Pen en 2022. C’est son directeur de cabinet, Ambroise de Rancourt, qui est chargé, avec Renaud Labaye, secrétaire général du groupe RN à l’Assemblée, de chapeauter ce dernier.
Tous les réseaux frontistes sont mis à contribution pour leur fournir fiches, synthèses et autres propositions destinées à nourrir et faire évoluer le programme. Au parti, on insiste avec vigueur : « Des diplomates, des hauts fonctionnaires, des militaires, des chefs d’entreprise, des profils de tous les horizons » ont été mobilisés pour mettre à jour la nouvelle ligne du parti pour 2027. Pour l’heure, plusieurs « briques » du texte final (c’est l’élément de langage choisi pour désigner les différentes thématiques portées par le futur candidat) seraient déjà finalisées, avec l’idée de permettre à ce dernier, désigné après le 7 juillet, de faire son choix dans les différentes options disponibles.
Deux projets pour deux candidats
Comprendre : le programme du RN ne sera pas le même selon s’il est porté par Marine Le Pen ou Jordan Bardella. « C’est une présidentielle, pas une législative, le candidat joue un rôle dans les arbitrages et nous n’avons, ni l’un ni l’autre, l’envie d’être totalement coincé dans un projet », précisait Marine Le Pen, en marge du rassemblement du parti du 1er mai. Jordan Bardella, lui, a ciblé les thèmes qui, selon lui, feront la campagne : le pouvoir d’achat et la question économique, d’abord, mais aussi « la question de l’autorité et du rôle de l’Etat ». Les procès en versatilité idéologiques sont anticipés. « Il est normal que l’on procède à des actualisations, justifie d’avance Jordan Bardella. Les taux d’intérêt, le niveau de la dette et des finances, le contexte international ne sont pas les mêmes. » « Nous ne sommes plus un parti d’opposition, nous avons fait notre mue, donc le programme que nous allons porter est un projet ‘pour‘ plutôt qu’un projet ‘contre’« , abonde Marine Le Pen.
Les équipes, elles non plus, ne seront pas les mêmes. Si le noyau dur, composé notamment d’Ambroise de Rancourt, Renaud Labaye, François Durvye (ancien bras droit du milliardaire ultraconservateur Pierre-Edouard Stérin), restera le même, les cercles rapprochés des deux leaders frontistes ne sont pas fongibles. Jordan Bardella, amateur des stratégies de communication verrouillées, a déjà imaginé comment il voyait la sienne : « Une équipe de campagne très resserrée, l’anti-campagne Fillon. »
Le financement de la campagne en question
La façon dont le parti gérera « l’après » 7 juillet, sur le plan de la communication et de l’organisation, fera l’objet de discussions le 12 juin. D’autres problèmes devront être résolus d’ici à l’été, notamment la question du financement de la campagne, le parti étant toujours confronté à un refus massif de prêt venant des banques françaises.
Par le passé, le RN avait déjà dû contracter des prêts auprès de banques tchéco-russes – la First Czech Russian Bank – ou hongroises pour ses campagnes de 2014 et 2022 notamment. Interrogé sur RTL le 29 avril, le président du Crédit Mutuel Daniel Baal estimait qu’il s’agissait d’une responsabilité des pouvoirs publics plutôt que des banques françaises. « Seules les banques (européennes) peuvent financer une campagne présidentielle. Les prêts de particuliers ne peuvent pas financer une campagne présidentielle. Donc on fait quoi ? », a réagi Marine Le Pen sur son compte X. La question des grands donateurs est bien inscrite à l’agenda du prochain séminaire frontiste, mais pour l’heure la question financière reste entière, quelle que soit la décision du 7 juillet.
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Author : Marylou Magal
Publish date : 2026-05-20 15:00:00
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