Le management, c’est une affaire de personnalité, de tempo. Des décisions aussi. C’est pourquoi L’Express lance un nouveau podcast hebdomadaire dont l’objet est de passer à la moulinette une décision prise par un chef d’entreprise, un dirigeant politique, ou une figure de la société civile.
A première vue, le parcours de Karim Duval semblait tout tracé. Une classe prépa, un diplôme de Centrale Paris, des passages dans des grandes boîtes comme Danone ou Airbus. Puis un poste d’ingénieur dans l’informatique à Sophia Antipolis qu’il occupe pendant sept ans. Un itinéraire sans accroc, presque évident. Jusqu’à ce jour de 2011 où une autre passion finit par s’imposer : la comédie. Un déclic, et un pari risqué que nous raconte dans ce nouvel épisode Karim Duval, actuellement en tournée pour son troisième et nouveau spectacle, Entropie, avec un passage par l’Olympia le 7 juin.
L’intégralité de cet épisode est à retrouver sur Apple Podcasts, Spotify, Deezer, Castbox ou encore Podcast Addict.
L’Express : Y a-t-il eu un événement en particulier, un moment précis, qui vous a poussé à quitter votre emploi d’ingénieur pour vous consacrer pleinement à la comédie ? Et votre main a-t-elle tremblé au moment de donner votre démission ?
Karim Duval : Ma main a tremblé pendant trois ans, je pense, entre le moment où j’ai commencé le théâtre et le moment où j’ai pris ma décision d’aller l’annoncer à mon chef. Pendant bien deux ans, je ne voulais pas m’avouer que la scène pouvait devenir mon métier. J’avais même dit, très sincèrement, à mon chef que jamais ça ne deviendrait mon métier. Parce que, oui, on ne veut pas remettre en cause son parcours, ses acquis. Mais petit à petit, tout ça prend de l’ampleur. C’est un grand mot, parce que j’allais faire quelques sketchs le soir après mon boulot… J’allais sur scène faire des sketchs dans des scènes ouvertes. Il n’y avait même pas de comedy club à l’époque à Nice. Mais j’arrivais à décrocher quelques petites scènes.
Et juste sur cette base-là – quelques prix gagnés en festival, quelques premières parties glanées çà et là , une ou deux dates de test à Lyon – je me suis dit : « Ça y est, j’ai un réseau, je peux y aller confiant ». Après, j’ai découvert une autre réalité. Mais ça a suffi à me donner suffisamment confiance pour me dire : « Voilà , je peux envisager de franchir le pas ».
Au-delà de votre intérêt pour la comédie, y avait-il quelque chose qui ne vous convenait plus dans votre vie professionnelle à l’époque ?
Il y avait un syndrome de l’imposteur. Je ne me sentais pas légitime parce que j’avais ce parcours-là : ingénieur, grande école… J’ai fait Centrale, qui reste très prestigieuse en France. Et j’ai débarqué dans cette boîte qui est venue me chercher parce que j’avais ce diplôme, avant même d’avoir vu mes compétences. Dans ce genre de parcours, on apprend à bien faire les choses en toutes circonstances. On apprend à ne pas se planter. Donc à force de travail, d’efforts d’adaptation, aussi de petites manœuvres, de petits calculs et de quelques accommodements, on s’en sort. Et puis le diplôme fait le reste, aide à grimper dans la boîte.
Je ne dis pas que je ne méritais absolument pas ce que j’ai pu glaner en sept ans en termes de promotions et de postes. Mais j’étais quand même dans une boîte très technique, dans l’IT. J’étais vraiment entouré de gens très compétents techniquement. Et ça accroissait ce sentiment de syndrome de l’imposteur. Pourtant, plus le temps passait, mieux ça allait. Mon salaire augmentait, on m’offrait des voyages et un poste de manager. Mais ce confort croissant me gênait. A un moment, j’avais mauvaise conscience.
On imagine que lors de vos premières scènes, le public ou les rires n’ont peut-être pas toujours été au rendez-vous, y a-t-il un moment où vous avez songé à abandonner ?
Non, jamais. Je suis du genre à regarder devant, à me dire que, de toute façon, on ne peut pas revenir en arrière. Même si j’avais la possibilité de le faire, puisque mon chef m’avait dit : « Si tu veux revenir dans un an, reviens. » Mais non, j’étais déjà lancé. Il y a un grand plaisir à se retrouver face à une feuille blanche. Ce qui caractérise toutes mes expériences professionnelles – si j’inclus les nouveaux spectacles dans lesquels je me lance – c’est partir d’une feuille blanche. J’adore ça.
Cela fait donc près de vingt ans que vous vous êtes lancé dans la comédie. Avec le recul, que feriez-vous différemment ?
Je ne suis pas du genre à nourrir des regrets. Je suis content d’être là où je suis. On parle souvent de ce changement de cap, mais pour moi, c’est déjà vieux. Il y a eu plein d’autres changements de cap depuis, même à l’intérieur de ma courte carrière d’humoriste. Et il y a encore des changements à opérer, parce que le monde change. Donc s’il fallait refaire les choses, je les referais, avec tout ce qu’il y a de bon et de moins bon à prendre.
L’ennui au bureau vient souvent du fait qu’on manque justement de vécu. Qu’on ne se confronte pas assez aux choses, qu’elles soient agréables ou désagréables. Alors que la vie, c’est ça : osciller entre toutes ces émotions-là .
Cet épisode a réalisé par Jules Krot avec Charlotte Baris
RETROUVEZ TOUS LES CONTENUS DE L’EXPRESS PODCASTS
Ecoutez cet épisode et abonnez-vous à L’Express Podcasts sur Apple Podcasts, Spotify, Deezer, Podcast Addict et CastBox.
Source link : https://www.lexpress.fr/economie/emploi/management/ma-main-a-tremble-karim-duval-lingenieur-qui-a-quitte-son-cdi-pour-devenir-humoriste-VFVW2C4U7ZGYVP5L7I64HA35AE/
Author : Laurent Berbon
Publish date : 2026-06-01 14:00:00
Copyright for syndicated content belongs to the linked Source.
