Une relation idyllique. Ce 18 novembre 2024, Jean-François Copé accueille le ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau à Meaux pour vanter les mérites de sa police municipale. Les deux hommes partagent un déjeuner, lors duquel on ne parle pas que de lutte contre la délinquance. « Tu es une vraie bête politique ! », glisse le Vendéen à l’ex-patron de l’UMP. En sortant de l’entrevue, Jean-François Copé confesse : « Je pense qu’il faut vraiment regarder Retailleau. » Mieux, il lui apporte son soutien quelques semaines plus tard face à Laurent Wauquiez lors de l’élection interne de LR, l’abreuvant de conseils.
La lune de miel a pris fin. Dans un courrier daté du 27 mai, Bruno Retailleau exige du maire de Meaux qu’il « indique sans ambiguïté » son choix, entre « un engagement loyal envers [son] parti » ou « une démarche plus personnelle et distanciée ». Déclarations publiques à l’appui, ll le soupçonne de préparer son ralliement à Edouard Philippe et de saper sa candidature à l’élection présidentielle sur fond d’ego mal placé. En retour, Jean-François Copé l’accuse d’accointances coupables avec le Rassemblement national (RN). Ce courrier ? « Des méthodes autoritaristes et brutales », cingle-t-il dans une missive, révélée par Le Figaro.
« Il faut rassembler au lieu d’exclure »
Jean-François Copé vaut-il une crise ? Bruno Retailleau a frappé malgré les avertissements. « Tu ne l’excluras pas. Ca va lui faire de la publicité et te faire passer pour le diviseur », l’a mis en garde un confident. « Ca va le valoriser », l’a prévenu un autre. Cet épisode a ainsi mis en lumière l’isolement relatif du candidat, guère soutenu par les ténors du mouvement. Avec cette sortie, Bruno Retailleau nourrit lui-même un bruit médiatique autour des divisions internes de la droite, à quelques jours de son premier meeting de la présidentielle.
Après tout, Gabriel Attal ne prête guère d’attention aux réserves internes sur sa candidature – Elisabeth Borne ou Aurore Bergé ne sont pas avares de critiques sur l’ancien Premier ministre – et contient la force de nuisance de ces oppositions. « Il faut rassembler au lieu d’exclure, analyse un soutien du président de LR. Mais il veut taper du poing sur la table pour réaffirmer son autorité vis-à -vis des militants. Il doit s’affirmer comme un chef sans pour autant s’aliéner ses détracteurs. » Ces injonctions contradictoires assaillent Bruno Retailleau.
Le 20 avril, Bruno Retailleau était désigné candidat à l’Elysée par les adhérents LR. L’ancien ministre doit transformer sa légitimité statutaire en autorité. Cette exigence étreint particulièrement ce candidat à la peine dans les sondages – il oscille entre 8 % et 10 % d’intentions de vote – en proie aux doutes internes. Mais sa faiblesse dans l’opinion prive justement le candidat d’autorité sur les siens. Ainsi, la direction du parti ne compte pas exclure Jean-François Copé. Pas plus qu’elle ne l’a fait avec les ministres du gouvernement Lecornu, seulement suspendus. En 2022, Valérie Pécresse avait, elle aussi, renoncé à entrer en conflit avec Nicolas Sarkozy, auteur de propos peu amènes sur sa campagne. « D’autres en auraient profité pour partir », glisse-t-elle en privé.
« Elargir l’électorat, mais pas les proches »
Se taire, quitte à paraître faible. Hausser le ton, au risque d’avoir l’air fébrile. Bruno Retailleau est face à la quadrature du cercle. « On ne rassemble pas par la menace, mais par l’approche et l’affectivité », raille un ministre LR. « Ouvrir » et « rassembler ». Combien de fois Bruno Retailleau a-t-il entendu ce conseil, en apparence frappé du sceau de l’évidence ? Qui conseillerait à un candidat de se barricader ?
Cette tâche n’est guère aisée. Le président de LR est en butte à l’hostilité de plusieurs ténors LR, aux ambitions concurrentes. Xavier Bertrand et David Lisnard – qui vient de quitter le parti – ont faim d’Elysée. Laurent Wauquiez, lui, ne fera aucun cadeau à son rival. « On ne peut pas rassembler des gens qui veulent vous tuer », confie un lieutenant du candidat. Il y a enfin ces soutiens, comme Gérard Larcher ou Valérie Pécresse, qui assortissent leur ode à Bruno Retailleau d’un appel à une candidature commune de la droite et du centre. Le prétendant lui-même, vacciné par la campagne de 2022, promet de ne pas « reproduire les armées mexicaines » chères à la droite. « Il faut élargir l’électorat, pas le cercle des proches », théorise-t-il. Mais quand l’autorité du candidat ne s’émousse pas dans un organigramme touffu, elle peut être la victime des ennemis de l’extérieur.
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Author : Paul Chaulet
Publish date : 2026-06-06 14:00:00
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