Il n’aura pas fallu beaucoup de temps pour que la course présidentielle, à peine lancée, provoque ses premières embardées médiatiques. Certains diront : ce ne sont que des propos de campagne. Mais précisément : la compétition électorale ne justifie pas tout, et certainement pas la dernière provocation de Philippe de Villiers, en roue libre au micro de son émission Face à Philippe de Villiers sur CNews. On voudrait croire que la sortie de celui qui se présente à l’écran comme « ancien ministre » est à mettre sur le compte d’un début de sénilité de la part du souverainiste, âgé de 77 ans.
Ce serait presque rassurant, tant ses propos inspirent le dégoût. « Il faut peut-être que l’on retire son titre de séjour » à Raphaël Glucksmann, avançait-il le 5 juin. Tout simplement parce que « Glucksmann », comme l’appelle le chroniqueur de la chaîne de Bolloré, est « pro-Zelensky », et donc un « agent de propagande ukrainien ».
Ce réquisitoire de Philippe de Villiers était en réalité destiné à prendre la défense de Xenia Fedorova, la sulfureuse journaliste de CNews, ancienne patronne de RT France avec laquelle il reconnaît au passage partager plusieurs analyses. C’est bien sûr son choix. Des idiots utiles du régime de Poutine, la France n’en manque pas, en particulier du côté de l’extrême gauche ou de l’extrême droite. Mais dans son émission, le Vendéen ne fait pas que voler au secours de sa collègue russe de CNews : par un raccourci douteux, il distille, à propos de Raphaël Glucksmann, de fausses informations qui rappellent, hélas, le climat de radicalisation et d’antisémitisme propagé par la droite nationaliste dans la France de l’entre-deux-guerres. En réalité, Philippe de Villiers n’est pas le premier à attaquer l’eurodéputé de Place publique : en février, Jean-Luc Mélenchon, au cours d’un meeting politique à Perpignan, s’était livré à une plaisanterie choquante sur la prononciation du nom de Glucksmann. Déjà en 2024, peu avant le scrutin des européennes, des affiches de campagnes de ce dernier avaient été recouvertes de croix gammées dans plusieurs villes.
Les propos sans filtre doivent être combattus sans relâche
A l’extrême droite ou l’extrême gauche, les clichés judéophobes perdurent. Pis : ils foisonnent, surtout depuis 2023. « La guerre à Gaza déclenchée par les massacres du 7-Octobre a provoqué la cristallisation en grand d’une image de l’Etat juif qui couvait depuis un moment et qui en fait une sorte de réincarnation du complot juif sous un nouveau visage », explique à L’Express l’historien et philosophe Marcel Gauchet.
Entre Gaza et l’Ukraine, les discours qui ressemblent à des odes poutinolâtres ou à des caricatures antisémites ne peuvent pas être passés sous silence. C’est une question d’hygiène démocratique, indispensable pour préserver la santé du débat public : les propos sans filtre doivent être combattus sans relâche. Surtout quand ils émanent d’anciens ministres radicalisés et prêts à tout pour continuer à occuper le terrain politico-médiatique.
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Author : Eric Chol
Publish date : 2026-06-10 09:30:00
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