L’Europe doit s’attendre à une poursuite du retrait des forces conventionnelles américaines du continent mais à l’inverse, la posture de dissuasion nucléaire de l’Otan va être rehaussée face à la Russie : tel est le message délivré ce jeudi 18 juin à Bruxelles par le secrétaire américain à la guerre, Pete Hegseth, à trois semaines du sommet annuel de l’Alliance atlantique à Ankara.
L’Otan va « continuer à améliorer sa mission de dissuasion nucléaire et, pour ce faire, de moderniser ses capacités nucléaires, de renforcer sa capacité de planification nucléaire et de procéder à des adaptations servant ses intérêts de sécurité », indique un communiqué des ministres du Groupe des plans nucléaires de l’Otan, une structure politique de l’Alliance à laquelle tous les alliés participent sauf la France, en raison de l’indépendance de sa propre force de dissuasion. Les communiqués du GPN sont rarissimes : le précédent remontait à 2007.
Le texte ne précise pas quelle forme pourrait prendre cet engagement renouvelé mais on sait que certains pays alliés, la Pologne notamment, ont manifesté leur intérêt pour participer aux arrangements de partage nucléaire de l’Otan en accueillant sur leur sol des armes américaines. La Finlande, membre de l’Alliance depuis 2023, a quant à elle décidé cette semaine de lever son interdiction de longue date du stationnement d’armes atomiques sur son territoire. Le secrétaire général de l’Otan, Mark Rutte, a salué jeudi ce vote « vraiment historique » du Parlement finlandais.
Des bombes atomiques américaines en Europe de type B61 sont stationnées aujourd’hui en Allemagne, aux Pays-Bas, en Belgique, en Italie et en Turquie (à côté du Royaume-Uni qui a, comme la France, sa propre dissuasion nucléaire). En cas d’agression d’une puissance extérieure contre un pays allié, les B61 seraient si nécessaire mises en œuvre par des avions de l’Otan F-35 ou F-16 sous un système de « double clé » avec les Etats-Unis.
« Nous avons été clairs »
Le communiqué du GPN ne mentionne aucun pays mais il est clair que le message s’adresse prioritairement à la Russie, qui prétend qu’elle est agressée par l’Otan et qui a agité le spectre nucléaire à plusieurs reprises depuis son invasion de l’Ukraine en 2022. Pas plus tard que le mois dernier, du 19 au 21 mai 2026, la Russie a organisé un exercice de ses forces nucléaires stratégiques qu’elle n’a annoncé qu’à très court terme. Elle a appuyé le message le 24 mai en bombardant Kiev et sa région avec plusieurs missiles capables d’emporter des charges nucléaires. Ces frappes ont coïncidé avec des difficultés croissantes auxquelles se heurtent les forces d’invasion russe en Ukraine. Depuis trois mois, elles ne progressent plus sur le terrain. Elles enregistrent des pertes que l’Otan estime à environ 30 000 à 35 000 hommes par mois. Des experts craignent que le Kremlin ne soit tenté d’intensifier ses intimidations nucléaires dans les mois qui viennent en cas de nouveaux revers russes sur le front.
Le message est aussi destiné à rassurer les alliés européens qui doutent de plus en plus de la solidité de l’engagement américain à leurs côtés en cas de coup dur. Washington a annoncé récemment l’annulation du déploiement en Allemagne de systèmes de feux dans la profondeur. En outre, les Etats-Unis ont élagué sévèrement leurs forces susceptibles d’être mobilisées à court terme par l’Otan en cas de conflit en Europe. Ces coupes incluent un tiers des 150 chasseurs F-16 et F-15 américains destinés à l’Otan, ainsi que des avions de ravitaillement et de reconnaissance, des bombardiers stratégiques, des drones. Un sous-marin capable de lancer des missiles de croisière est également retiré de même que l’un des deux groupes aéronavals.
Le ministre américain Pete Hegseth n’a pas caché que ces retraits (il reste environ 80 000 militaires américains en Europe) risquaient fort de se poursuivre, d’autant que Washington a très mal pris le manque de soutien des alliés de l’Otan aux opérations militaires américaines contre l’Iran ces derniers mois. Hegseth a annoncé que l’ensemble des avoirs militaires américains sur le Vieux continent allaient être passés en revue dans les six mois qui viennent. Et il a maintenu la pression sur les alliés en affirmant que l’intensité de l’engagement américain dépendait du respect par les Européens de leur promesse d’augmenter leurs dépenses de défense. « Nous avons été clairs aussi bien en public qu’en privé », a déclaré Hegseth aux journalistes. « Nos engagements dans l’Otan sont conditionnés au respect de leurs objectifs par les autres pays ».
Les Européens dépendants des décisions prises à Washington
Le secrétaire général, Mark Rutte, a appuyé son propos : « Il y a toujours quelques pays individuels qui doivent faire plus », a-t-il dit même si, collectivement, les investissements dans la défense n’ont jamais été aussi élevés depuis la fin de la guerre froide. Rien qu’en 2025, les dépenses des pays alliés (hors Etats-Unis) pour leur défense ont augmenté de 139 milliards de dollars en termes nominaux, a indiqué l’ancien Premier ministre néerlandais.
Mais dans l’ensemble, les Européens restent dépendants de décisions prises à Washington sur lesquelles ils n’ont guère de prise. Le ministre allemand de la Défense, Boris Pistorius, a regretté que les Américains n’accordent pas plus de temps aux Européens pour s’adapter. « Il est dangereux pour la sécurité de la zone de l’Otan en Europe que des capacités soient soustraites très rapidement, sans qu’on sache clairement par quoi elles vont être compensées », a déploré Pistorius. Pour les Européens, la pilule est amère.
Source link : https://www.lexpress.fr/monde/europe/face-aux-menaces-russes-lotan-intensifie-sa-dissuasion-nucleaire-CC5CLR3CBVFNNP7CE33N3HO7QM/
Author : Luc de Barochez
Publish date : 2026-06-18 14:55:00
Copyright for syndicated content belongs to the linked Source.