A en croire les professionnels – banquiers, gérants, assureurs… -, les Français manqueraient cruellement de culture financière. Si le constat n’est pas totalement erroné, il est parfois utilisé comme un mantra pour alimenter les intérêts des sociétés financières davantage que ceux des épargnants. Le Français n’est peut-être pas très féru d’intérêts composés mais il dispose d’un certain bon sens. Après s’être vu vendre des supports bilanciels pour renforcer les fonds propres des banques, des produits structurés frelatés pour doper les commissions des conseillers ou encore des assurances-vie ultra-chargées pour faire vivre les banques privées, il ne sait plus à quel sein se vouer. A défaut, il préfère se reporter sur le livret A, fiable et sans (mauvaise) surprise à défaut d’être performant. L’éducation financière se fera par un discours de vérité, des pratiques professionnelles et des placements de qualité, ou ne se fera pas.
Dix ans après le lancement de la stratégie Educfi de la Banque de France, sa directrice de l’éducation financière, Marguerite Collignan, évoque les défis des prochaines années.
L’Express : Quel est le rôle de la Banque de France en matière d’éducation financière ?
Marguerite Collignan : Il y a dix ans, la Banque de France a été désignée par l’Etat comme opérateur national de la stratégie d’éducation économique, budgétaire et financière (« Educfi »), dans le cadre des recommandations de l’OCDE. L’objectif est de donner à chacun les clés pour comprendre et gérer son argent de façon autonome. Elle couvre trois domaines : les finances personnelles, la pédagogie économique et, depuis 2019, la gestion financière des entreprises.
Pour cela, la Banque de France anime un réseau d’une trentaine de partenaires (ministères, associations, fédérations, régulateur…) qui produisent et diffusent des contenus variés : ateliers, ressources en ligne, podcasts, infographies… Ces contenus labellisés Educfi doivent respecter quatre principes : neutralité, gratuité, fiabilité et accessibilité. Ils excluent tout conseil commercial ou incitation à un produit financier.
Les Français ont-ils un aussi piètre niveau qu’on le dit ?
Nous mesurons tous les deux ans le niveau de culture financière des Français. La dernière évaluation montre une progression régulière : la France obtient une note moyenne de 12,82/20, contre 12,45 deux ans plus tôt et 12,17 quatre ans auparavant. Cela reste néanmoins en deçà de l’objectif de l’OCDE fixé à 14/20.
Constat encourageant, le niveau des jeunes progresse plus rapidement (+ 4,9 % contre + 3 % pour l’ensemble) et l’écart entre les hommes et les femmes se réduit chez les jeunes générations.
A l’occasion des dix ans de la stratégie nationale en faveur de l’éducation financière, un nouveau plan d’action a été établi. Quels en sont les grandes lignes ?
Initialement centrée sur l’inclusion et la lutte contre la précarité, la stratégie s’élargit désormais à tous les sujets financiers, y compris l’épargne et l’investissement. Cette évolution s’inscrit dans un mouvement international, avec une priorité donnée à l’éducation financière par le G20 et l’Union européenne. La France, pionnière sur le sujet, y défend une approche fondée sur la neutralité et l’absence de fléchage de l’épargne.
Le plan prévoit notamment la généralisation du « passeport Educfi » : dès la rentrée 2026, cette formation sera dispensée à toutes les classes de quatrième (environ 800 000 élèves) et une version approfondie concernera, dans un premier temps, toutes les secondes professionnelles. Le label Educfi doit aussi gagner en visibilité pour aider le public à identifier les contenus de qualité.
Allez-vous désormais certifier des contenus émanant d’acteurs privés ?
Oui. Le secteur privé joue un rôle important dans la diffusion de contenus et permet de toucher un public plus large. Face à une offre très abondante et inégale, notre label va permettre de distinguer les contenus fiables des contenus à visée commerciale.
Comment percevez-vous la « mode » autour de l’éducation financière ?
Il existe une réelle opportunité de démocratisation, dans une société où l’argent a longtemps été tabou. Ce mouvement est porté par les jeunes générations et les réseaux sociaux, avec une influence de la culture anglo-saxonne, ainsi que par de nouveaux acteurs qui simplifient l’accès à l’investissement. Le défi consiste à encadrer cette dynamique et à renforcer l’esprit critique. L’intelligence artificielle constitue un autre enjeu majeur : 17 % des Français de plus de 18 ans l’utilisent pour des conseils budgétaires ou financiers, et 45 % chez les 18-25 ans. Nous allons réfléchir aux bons usages à faire de cet outil.
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Author : Aurélie Fardeau
Publish date : 2026-06-19 08:00:00
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