Il s’appelait Nasser Bakerzadeh, il avait 26 ans, et le régime iranien l’a pendu au début du mois de mai. Accusé d’espionnage au profit d’Israël – une accusation qu’il a toujours fermement démentie – le jeune homme compte parmi les 45 personnes, au moins, exécutées par Téhéran pour des motifs politiques depuis le début de l’année.
Car malgré les négociations actuellement engagées entre l’Iran et les Etats-Unis, les exécutions n’ont pas ralenti dans la théocratie. Bien au contraire : la plupart de ces condamnations à mort ont été exécutées au cours des trois derniers mois, rapporte le Wall Street Journal. Une accélération qui intervient quelques mois après les manifestations de janvier, réprimées avec violence par le régime iranien. Une partie des personnes exécutées ces dernières semaines avaient été arrêtées à cette occasion.
Nasser Bakerzadeh, quant à lui, avait participé aux manifestations nationales de 2022, initialement déclenchées en faveur des droits des femmes avant de se transformer en un mouvement de contestation plus large du régime. Arrêté en 2023, il avait été accusé de collaboration avec le Mossad, les services de renseignement israéliens, avant d’être condamné à mort. Jusqu’à son exécution, il a toujours clamé son innocence. De nombreuses personnes arrêtées lors de ces mouvements de protestation demeurent aujourd’hui emprisonnées.
Internet et espionnage
Fin avril, le chef du pouvoir judiciaire iranien, Gholam Hossein Mohseni-Ejei, s’était engagé à ce que les affaires impliquant une collaboration présumée avec des « régimes agresseurs » soient traitées selon des procédures accélérées et « avec fermeté et sans indulgence conformément à la loi ».
Ces accusations d’espionnage, qui ont mené Nasser Bakerzadeh à la potence, sont de plus en plus utilisées contre les opposants politiques, dénoncent les organisations de défense des droits humains. D’autres chefs d’accusation passibles de la peine capitale, définis de manière très large, sont également employés contre les dissidents, notamment « l’inimitié envers Dieu », la « corruption sur terre », ou encore se connecter à Internet, rapporte Amnesty International. En réaction aux manifestations, Téhéran avait imposé pendant 88 jours, une coupure nationale sans précédent de l’accès au web.
Si la connexion a officiellement été rétablie le 26 mai, l’ONG indique avoir reçu « des informations faisant état de restrictions persistantes, notamment concernant l’accès aux réseaux sociaux et la mise en place de filtres ». De plus, « un système discriminatoire d’accès différencié à Internet a été mis en place par les autorités : il permettait uniquement à un petit nombre d’utilisateurs pré-approuvés, notamment ceux liés aux institutions de l’État et à certains secteurs professionnels agréés, d’accéder à un Internet mondial moins restreint via les services Internet Pro, tout en privant le reste de la population de l’accès à Internet et de la possibilité de communiquer entre eux et avec le monde extérieur », indique Amnesty International.
Des emprisonnements par milliers
Outre les exécutions, les autorités iraniennes ont procédé à des milliers d’arrestations pour des soupçons de trahison ou d’espionnage au cours des derniers mois, selon les autorités iraniennes. Selon Amnesty International, « les autorités iraniennes ont arrêté arbitrairement plus de 6 000 personnes, notamment des manifestants, des journalistes, des avocats, des défenseurs des droits humains, des dissidents et des membres de minorités ethniques et religieuses ».
Le 13 juin, le Conseil de coordination des syndicats d’enseignants iraniens, dont des membres ont été emprisonnés, a publié un communiqué condamnant cette nouvelle vague de répression massive. Ces actions constituent « une stratégie claire et organisée visant à affaiblir les syndicats d’enseignants indépendants et à faire taire la voix des revendications de la société », indique l’organisation.
Les craintes d’un régime fragilisé
Pour Mahmood Amiry-Moghaddam, directeur de l’association Iran Human Rights, ces exécutions témoignent de la fragilité du régime iranien. Alors que Téhéran cherche à obtenir un allègement des sanctions américaines dans le cadre des négociations en cours avec Washington, les dirigeants iraniens restent confrontés à un profond mécontentement populaire et à une situation économique très dégradée. « Ils n’ont aucune légitimité auprès du peuple. L’économie est dans un état catastrophique », estime le responsable de l’organisation basée à Oslo. « Le seul moyen pour eux de se maintenir au pouvoir est de semer la peur. »
D’autant plus que, lorsque les premières bombes américaines sont tombées sur Téhéran, le 28 février, Donald Trump s’était adressé, face caméra, au « grand et fier peuple iranien ». « Prenez le contrôle de votre gouvernement. Il ne vous restera plus qu’à le saisir. Ce sera probablement votre seule chance avant des générations », avait-il alors scandé, espérant souffler sur les braises des manifestations et ainsi impulser un soulèvement populaire. Cette chance, les Iraniens ne l’ont pas eue. Quant à la Maison-Blanche, elle-même mise à l’épreuve par l’inflation, elle ne semble plus se soucier du sort des Iraniens. « En ce qui concerne le changement de régime, cela ne m’a jamais intéressé », avait prétendu Donald Trump auprès du Wall Street Journal quelques heures après avoir annoncé l’accord de paix avec Téhéran, le 14 juin.
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Author : Asia Dayan
Publish date : 2026-06-22 16:28:00
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