Entre Varsovie et Kiev, les crispations s’aggravent. Preuve des tensions actuelles, le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, a annoncé ce mardi 23 juin qu’il ne participerait pas à la conférence sur la reconstruction de l’Ukraine, organisée en Pologne jeudi et vendredi. A la place, la délégation de Kiev sera dirigée par la Première ministre, Ioulia Svyrydenko. Le président polonais d’extrême droite sera également absent, a-t-on appris la veille. Karol Nawrocki n’a pas décliné l’invitation : son Premier ministre et rival politique, Donald Tusk, ne l’a tout simplement pas convié. Une version corroborée par Kiev. « C’est une affaire interne à la Pologne », a assuré un conseiller présidentiel, Dmytro Lytvyn, le 22 juin.
A l’occasion d’une conférence de presse donnée le même jour, un conseiller de Karol Nawrocki n’a pas caché son amertume, déclarant qu’il espérait que, lors de la réunion pour l’Ukraine organisée à Gdansk, Donald Tusk se concentrerait sur « les intérêts de la Pologne, plutôt que de se contenter de lever des fonds pour Volodymyr Zelensky ».
Volodymyr Zelensky déchu de sa médaille polonaise
Difficile de ne pas faire le rapprochement avec l’incident survenu quelques jours plus tôt. Le 19 juin, le président polonais a déchu son homologue ukrainien de l’Ordre de l’Aigle blanc, la plus haute distinction du pays. Cet insigne avait été remis à Volodymyr Zelensky par le président conservateur précédent, Andrzej Duda, en avril 2023, un an après l’invasion russe de l’Ukraine, pour « sa contribution exceptionnelle à l’approfondissement des relations d’amitié (…) entre la Pologne et l’Ukraine ». En réaction, plusieurs anciens présidents ukrainiens, dont Leonid Koutchma, Viktor Iouchtchenko et Petro Porochenko, ont rendu leurs médailles à Varsovie.
Comme Karol Nawrocki l’a lui-même précisé, sa décision n’a rien à voir avec la guerre en Ukraine, la Pologne n’ayant jamais failli dans son soutien à Kiev, mais plutôt avec la décision prise par le président ukrainien, le 26 mai dernier, de rebaptiser une des unités de forces spéciale de son pays en hommage aux « héros de l’armée insurrectionnelle ukrainienne », l’UPA. Le geste a rouvert des cicatrices laissées par l’histoire tragique qui unit les deux pays : celle des milices bandéristes. Nées en 1929, celles-ci regroupent diverses organisations d’extrême droite antisémites ukrainiennes. A Kiev, l’homme qui leur a donné son nom, Stepan Bandera, incarne la lutte de l’Ukraine pour se libérer des jougs successifs de la Pologne et de l’Union soviétique, et ce malgré sa collaboration avec le régime nazi. A Varsovie, il rappelle le douloureux souvenir du massacre de Volhynie commis par son armée insurrectionnelle en 1943, lors duquel au moins 50 000 civils polonais sont morts.
Un conflit qui « réjouit Poutine »
La décision de Volodymyr Zelensky est d’autant plus surprenante que ce dernier s’était, jusqu’à présent, montré particulièrement prudent sur ces groupes fascistes. Quelques jours plus tard, malgré les condamnations de son homologue polonais, le chef d’Etat ukrainien a maintenu sa décision. Dans un poste sur X, il s’en est justifié : « Nous défendons la Pologne et l’Europe en ce moment même. Nos combattants meurent. Nos militaires choisissent eux-mêmes un nom héroïque pour leur unité, et en tant que président et commandant en chef suprême, je me dois de les soutenir. »
Face à la colère suscitée par son geste, Volodymyr Zelensky a tout de même joué le jeu de la diplomatie. « Nous et les Polonais ne pouvons être que des partenaires et des amis, car nous sommes voisins. La haine au sein de la société ne fera que renforcer la popularité de certains acteurs politiques. Il s’agit d’une lutte politique qui pourrait déboucher sur une escalade très dangereuse », a-t-il souligné sur X.
We and the Poles cannot be anything but partners and friends because we are neighbors. Hatred within society will only boost certain political ratings. This is a political struggle that could end in very dangerous escalation. Political dividends must not be gained from hatred.… pic.twitter.com/4fel9Lmfs0
— Volodymyr Zelenskyy / Володимир Зеленський (@ZelenskyyUa) June 21, 2026
De leur côté, les journalistes polonais et ukrainiens espèrent contribuer à désamorcer les tensions. Mardi, six médias originaires des deux pays ont lancé un appel conjoint à l’apaisement, avertissant que l’escalade des tensions entre Kiev et Varsovie risquait de faire le jeu de la Russie en l’aidant à « semer la discorde entre Polonais et Ukrainiens ».
Même son de cloche du côté de Donald Tusk qui, appelant à l’accalmie, a qualifié la discorde entre Kiev et Varsovie d’ »erreur stratégique ». Sur X, le Premier ministre a estimé que « le conflit entre la Pologne et l’Ukraine réjouit Poutine et choque nos alliés. La mission des présidents Zelensky et Nawrocki est d’apaiser les esprits, pas d’attiser les tensions. La ligne de front se situe ailleurs. »
A un an des élections législatives, les discours anti-ukrainiens sont de plus en plus omniprésents dans le paysage politique polonais. Les comportements haineux se sont également démultipliés sur les réseaux sociaux. Une situation qui pourrait bénéficier au camp conservateur, rival de Donald Tusk.
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Author : Asia Dayan
Publish date : 2026-06-24 11:55:00
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