Si l’on se fie au premier semestre, 2026 sera un grand cru pour les start-up européennes. A peine quelques semaines après avoir annoncé un tour de table de 100 millions d’euros, Alan remet une pièce dans la machine. Le néoassureur santé français vient d’annoncer ce 25 juin une levée de 480 millions d’euros, menée par le fonds néerlandais Prosus avec la participation des actionnaires historiques Teacher’s Venture Growth et Index Ventures, ainsi que du nouvel entrant Dara Holdings.
L’opération porte la valorisation d’Alan à 5,5 milliards d’euros. Un montant qui confirme le statut particulier de cette licorne française, fondée il y a dix ans par Jean-Charles Samuelian-Werve et Charles Gorintin. Des levées de cette ampleur restent en effet rares sur le Vieux Continent. La forte coloration IA de cette licorne, membre du Next40, y est sans doute pour quelque chose.
Les deux fondateurs ont contribué en 2023 au lancement du champion français Mistral AI et siègent depuis à son conseil d’administration. Ce n’est pas un hasard. Chez Alan, le duo exploite depuis longtemps toutes les possibilités de l’intelligence artificielle pour industrialiser son activité et réduire ses coûts. Les factures reçues chaque mois ne sont plus traitées manuellement, mais analysées automatiquement par l’IA. Celle-ci aide aussi à détecter les comportements frauduleux, accélérer la gestion des dossiers et améliorer le service client. Mo, son assistant médical dopé à l’IA, répond ainsi aux questions des assurés et les aide à réserver des rendez-vous médicaux.
Ringardiser l’assurance traditionnelle
Les chiffres témoignent de cette dynamique. Alan revendique plus de 800 millions d’euros de revenu annuel récurrent au premier trimestre 2026, en croissance de 53 % sur un an. L’entreprise est désormais rentable en France, son marché principal, et maintient son objectif de rentabilité à l’échelle du groupe à l’horizon 2027. Elle a récemment convaincu Kylian Mbappé d’entrer au capital et d’être l’ambassadeur de la marque. Son portefeuille de clients compte aujourd’hui 37 000 entreprises et organismes publics, notamment Intersport, Etam, Cultura mais aussi le ministère de l’Economie et des Finances ou la Cour des comptes. Des prises qui prouvent sa capacité à rivaliser sur des appels d’offres complexes.
Le tour de table de 480 millions est une « étape majeure pour l’entreprise et reflète la conviction croissante que la santé doit passer d’un système centré sur le traitement des maladies à un modèle bâti autour de la prévention, du soin continu, et des bénéfices de santé à long terme », indique-t-elle. Pour devenir un acteur de premier plan, Alan doit relever plusieurs défis. D’abord, une concurrence toujours forte des acteurs traditionnels de l’assurance qui ont pour eux des décennies de données, une connaissance fine des risques et des relations bien établies avec leurs clients. La scale-up a bousculé le secteur avec ses interfaces numériques modernes, au moment où les fintech taillaient des croupières aux banques classiques. Mais dans les deux cas, les acteurs historiques ont depuis compris l’enjeu et investissent massivement dans le numérique et l’IA.
Le pari de la prévention santé
Reste ensuite à convaincre les clients que le positionnement hybride d’Alan leur bénéficie. Investir le champ de la prévention a du sens à l’heure de l’essor des maladies chroniques et du vieillissement de la population. Les intérêts d’un assureur et ceux d’une plateforme santé ne sont pas pour autant identiques, même s’ils se rejoignent à certains endroits – un assuré en bonne santé coûte moins cher.
Cette levée de 480 millions d’euros doit permettre à Alan de se renforcer sur les marchés où elle est présente (France, Belgique, Espagne, Canada) et d’en explorer de nouveaux. Mais la santé n’est pas le streaming, ni le cloud. Le secteur est fragmenté, chaque pays ayant ses propres systèmes de remboursement et ses habitudes médicales. Les cofondateurs d’Alan pensent pouvoir mutualiser une large partie de leurs briques technologiques, de l’outil de gestion des fraudes à celui des sinistres en passant par la tarification. La longue expérience du néerlandais Prosus dans les plateformes numériques et l’e-commerce devrait l’orienter dans la bonne direction.
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Author : Anne Cagan
Publish date : 2026-06-25 15:41:00
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