Vladimir Poutine est plutôt du genre à apparaître comme sûr de lui en toutes circonstances. Dimanche 28 juin, pourtant, il a reconnu dans un discours publié par le Kremlin que les frappes ukrainiennes « contre [les] infrastructures [russes] créent des problèmes ». Un aveu inédit pour Vladimir Poutine, qui fait référence aux avancées de l’Ukraine en matière de drones, qui lui permettent désormais de frapper la Russie en restant à plusieurs dizaines, voire centaines de kilomètres de distance.
Les infrastructures énergétiques sont les premières visées. Parmi les plus grands producteurs d’énergie au monde, les réserves de carburant sont vitales pour la Russie et son économie. Le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, a confirmé dimanche que deux raffineries avaient été touchées à Iaroslav et Krasnodar, deux régions éloignées de la frontière avec l’Ukraine. Il a écrit sur Telegram : « Chaque frappe représente une réduction des ressources qui alimentent la machine de guerre russe, et un pas de plus vers la paix. »
« La situation n’est pas critique »
Ces attaques interviennent alors que l’avancée des troupes russes en Ukraine est au point mort. Lors de son discours, Vladimir Poutine a assuré que ses troupes se trouvaient à une dizaine de kilomètres de Soumy, « capitale » du nord de l’Ukraine. Mais selon le Financial Times, des observateurs indépendants qui suivent l’armée russe à partir d’images du front indiquent que les troupes n’ont pas bougé et sont toujours à plus de vingt kilomètres de cette ville. Vladimir Poutine a revendiqué d’autres avancées territoriales impossibles ou très difficiles à vérifier. Ces arguments alimentent un contre-récit proposé par le président russe, qui a affirmé, comme pour mieux s’en convaincre : « Nous constatons actuellement une certaine pénurie, mais la situation n’est pas critique. »
De fait, une région en particulier symbolise les difficultés russes : la Crimée. Annexée par la Russie depuis 2014, cette partie du territoire ukrainien comprend notamment le Pont de Crimée, long de dix-neuf kilomètres et axe stratégique pour les livraisons de carburant depuis la Russie. Sa position centrale dans la mer Noire permet aussi à la Russie de menacer en permanence le trafic maritime de l’Ukraine. En 2022 déjà , l’armée ukrainienne avait endommagé cette route. Il y a quelques jours, elle a détruit les défenses antiaériennes qui protègent le pont, et comptent récidiver, si l’on en croit le ministre de la Défense, Mykhaïlo Fedorov : « La Crimée est en train d’être isolée par des drones. Dans un avenir proche, la péninsule deviendra une île », a-t-il déclaré sur YouTube le 17 juin.
Des pénuries de carburant et d’électricité
Pour la population locale, les pénuries se font sentir. « Il n’y a jamais eu une chose pareille », déclarait à l’AFP, vendredi dernier, un habitant de la Crimée. D’autres régions sont aussi touchées. Le Guardian rapporte par exemple qu’un gouverneur de Sibérie a annoncé que les automobilistes ne peuvent désormais s’approvisionner que de cinquante litres d’essence par véhicule et par jour, et ce jusqu’à nouvel ordre. En réaction, Vladimir Poutine a annoncé, toujours lors de son discours, renforcer l’approvisionnement dans les raffineries et en particulier en Crimée. Depuis trois jours, les autorités russes locales ont déclaré « l’état d’urgence » après des frappes ukrainiennes qui ont provoqué des coupures d’électricité massives pour les habitants.
Dans la bataille rhétorique qui entoure les affrontements militaires entre les deux pays, Vladimir Poutine a dégainé un second argument. Selon lui, les attaques ukrainiennes viseraient à « détourner notre attention et nos forces de la réalisation de la tâche principale qui nous incombe : la libération finale du Donbass et de la Novorossiya (sic) ». Le terme de Novorossiya n’a pas été choisi au hasard. Il renvoie à l’époque des tsars de Russie – le dernier, Nicolas II (1868-1918), a été exécuté par les bolcheviques lors de la Révolution russe. Novorossiya recouvre d’anciens territoires de l’Empire russe qui appartiennent aujourd’hui à l’Ukraine. Citons Kherson ou Zaporijia, que la Russie contrôle partiellement, ou encore Odessa, au sud de l’Ukraine, dont l’armée russe n’a pu que s’approcher depuis le début de la guerre.
Un terme qui marque une évolution, du moins sur le papier, des ambitions territoriales de Vladimir Poutine par rapport au sommet en Alaska l’an dernier, où il s’était entretenu avec Donald Trump. À son sujet, il s’est montré beaucoup plus conciliant. Les Etats-Unis prévoient, selon la Russie, de reprendre les négociations pour un cessez-le-feu une fois un accord obtenu au Moyen-Orient ; Vladimir Poutine, lui, compte plutôt poursuivre son offensive et atteindre ses objectifs à tout prix.
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Publish date : 2026-06-29 10:41:00
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