Les décroissants partent d’un sophisme : produire plus, c’est émettre davantage de carbone. C’est faux. Depuis 2005, une trentaine de pays riches – dont la France, les Etats scandinaves, le Royaume-Uni, les États-Unis… – l’ont démenti. Leur PIB a progressé alors que leurs émissions ont reculé. Un constat qui reste valable lorsqu’on réintègre les importations que reçoivent ces pays. Le découplage, considéré comme impossible par ceux qui se prétendent écologistes, est donc la réalité de notre monde.
On peut toujours se moquer des techno-optimistes ou techno-solutionnistes, peu importe comment on les appelle, ce sont eux qui ont empiriquement raison. Si l’on prend un peu de recul, le techno-optimisme est l’autre nom de l’humanisme. Comme l’a montré le philosophe espagnol Fernando Savater, rien n’est plus humain que la technologie, rien n’est donc plus naturel à l’humanité que l’innovation et la croissance. Opposer l’innovation à la défense de la nature est un contresens total.
Revenons à nos préoccupations caniculaires. Les rejets de carbone sont le produit de trois facteurs : la population, le revenu par habitant, les émissions par unité produite. La décroissance n’agit que sur un seul, le revenu, en appauvrissant les gens. L’innovation agit de façon autrement puissante et cohérente puisqu’elle décarbone en améliorant les revenus. Il y a mieux. Le coût des technologies propres ne baisse pas par décret : il baisse parce qu’on en produit davantage. Chaque doublement de la capacité solaire installée fait reculer les coûts d’environ 25 %. Résultat : selon l’Irena, l’Agence internationale pour les énergies renouvelables, le solaire à grande échelle revient désormais à 0,043 dollar le kilowattheure, soit 40 % de moins que l’option fossile la moins chère.
Cette dynamique des économies d’échelle réfute la prétendue efficacité de la décroissance. Produire moins, c’est amortir les investissements plus lentement et apprendre moins vite, ce qui revient à renchérir et retarder la transition. La décroissance ne sauve pas le climat, elle sabote l’outil qui le protège.
Les entrepreneurs l’ont compris tout autant, sinon mieux, que les activistes et les politiques. En 2025, l’investissement mondial dans les technologies bas-carbone a atteint 2 200 milliards de dollars, le double de celui des énergies fossiles. Le solaire, à lui seul, est devenu le premier poste d’investissement énergétique de la planète. Ces déploiements évitent déjà 2,6 milliards de tonnes de CO2 par an, sans la moindre récession.
Il existe, certes, une poignée de secteurs particulièrement difficiles à décarboner. C’est le cas du ciment, de l’acier, de la chimie ou des vols d’avions long-courrier. Pour ces activités, seule la captation de carbone semble pouvoir offrir un jour des perspectives d’émission proches de zéro. De cette analyse découle le fait que l’écologie est une question de richesse, c’est-à -dire, une fois de plus, de croissance.
La science économique le montre depuis longtemps. La capacité à dépolluer est en effet fonction de la richesse et de la qualité des institutions. La courbe de Kuznets environnementale le résume : passé un seuil de développement, l’air, l’eau et les sols s’améliorent au lieu de continuer à se dégrader. Mais la croissance ne suffit pas. Les économies les plus propres sont celles qui marient ouverture des marchés, droits de propriété solides, État de droit et prix du carbone. En tête des classements environnementaux, on trouve non pas des pays socialistes mais des économies de marché qui ont su tarifer la pollution et libérer l’innovation, soit l’inverse de la décroissance. Bien sûr, le découplage n’est pas encore assez rapide au regard de ce qu’il faudrait faire pour maîtriser le réchauffement. Mais justement, cet état de fait plaide pour accélérer l’innovation.
La décroissance bute enfin sur un mur que ses promoteurs n’évoquent jamais : l’absence de précédent. Aucune société n’a jamais réduit volontairement et durablement sa production sans s’effondrer. Les seules baisses d’émissions par décroissance économique, en 2009 et 2020, furent temporaires et payées par les plus modestes. L’écologie sérieuse n’est pas le procès du progrès. On ne sauvera pas l’humanité en produisant moins, mais en produisant mieux. La décroissance, c’est la démission devant une difficulté. La croissance, c’est la confiance dans la capacité des humains à trouver des solutions aux défis qui se dressent devant eux.
Source link : https://www.lexpress.fr/economie/politique-economique/rechauffement-climatique-la-decroissance-nest-pas-la-solution-par-nicolas-bouzou-F5XUP3K2UZE5BLANH437OI4G44/
Author :
Publish date : 2026-07-02 06:30:00
Copyright for syndicated content belongs to the linked Source.
