Des enfants qui défient l’objectif dans les rues de la Grosse Pomme, des foules compactes happées par les enseignes lumineuses, des mannequins transformés en créatures insolentes. Chez William Klein, le monde n’est jamais sage, jamais ordonné, jamais à distance. Tout déborde du cadre. Tout bouscule le regard. A l’occasion du centenaire de sa naissance, les Rencontres d’Arles lui consacrent une rétrospective à l’intitulé ironique – This Way to Heaven (« Par ici le paradis ») –, qui révèle toute la force critique d’une Å“uvre restée d’une étonnante modernité.
Né à New York en 1926 dans une famille d’immigrés juifs hongrois, le photographe grandit dans l’effervescence de la métropole américaine. Après la Seconde Guerre mondiale, il prend pourtant ses distances avec son pays natal, optant en 1947 pour la France, où il s’installe durablement. Paris devient son refuge, son atelier, sa base arrière. Il y passera l’essentiel de sa vie avant de s’y éteindre en 2022 à l’âge de 96 ans. Entre temps, William Klein aura profondément transformé le langage véhiculé par la petite boîte noire.
Collage pour le film « Mister Freedom », vers 1967.
Dès les années 1950, il rompt avec les conventions esthétiques de son temps par des cadrages audacieux, des flous assumés, des mouvements saisis sur le vif, des contrastes violents. Mais derrière cette révolution formelle se cache un regard profondément critique sur les mécanismes du pouvoir, de la consommation et des mass médias pour montrer les rouages d’un monde saturé de représentations. C’est cette dimension politique que la commissaire Raphaëlle Stopin met ici en lumière.
« Wings of The Hawk », 42e rue, New York, 1955.
Le parcours revient notamment sur son retour aux Etats-Unis en 1954, lorsqu’il réalise son fameux portrait de New York. Loin des visions idéalisées de l’American dream, Klein y pointe la célébration du dieu dollar, la frénésie consumériste, l’omniprésence de la publicité. Cette réflexion se prolonge dans ses films emblématiques des années 1960, où apparaissent des personnages aussi différents que Mohamed Ali, Polly Maggoo ou le super-héros satirique Mister Freedom. Tous incarnent, à leur manière, les contradictions d’une Amérique fascinée par sa propre mise en scène. Aujourd’hui, plus de vingt ans après avoir cessé de photographier et quatre ans après sa mort, cet observateur aussi lucide qu’irrévérencieux fait figure de visionnaire avec un corpus qui reste, à l’ère des réseaux sociaux, de la circulation instantanée des images, un précieux antidote à la fascination aveugle.
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Author : Letizia Dannery
Publish date : 2026-07-12 08:30:00
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