Inspecteur Derrick », « Borgen », « Zora la rousse », « La Casa de papel »… Ces séries cultes ont fait un tabac tout en nous faisant mieux connaître la vie (et les névroses) de nos voisins. Cet été, L’Express vous raconte comment la fiction cathodique a, autant que le marché commun ou la monnaie unique, contribué à la construction européenne.
EPISODE 1 > Derrick, l’inspecteur qui raconte le mieux les névroses de l’Allemagne
EPISODE 2 > La Casa de papel : comment Netflix a braqué le monde avec une série ratée
EPISODE 3 > Zora la rousse, l’utopie communiste à l’heure du goûter
Le Bureau des Légendes, Versailles, Marseille… Le producteur Pascal Breton est à l’origine de plusieurs des séries françaises les plus emblématiques de ces dernières années. Pourtant, son plus grand succès reste une fiction à laquelle TF1 croyait peu lors de son lancement : Sous le soleil. Initialement intitulée « Saint-Tropez », la série suscite le scepticisme de la direction de TF1, qui estime que le sujet ne parlera qu’à quelques Parisiens un peu snobs. Mais le feu vert est donné, à la condition toutefois d’en changer le nom. Lorsque la série débute le 13 mars 1996 sur la première chaîne française, le succès est immédiat. Diffusée d’abord le mercredi, puis le samedi après-midi, elle réunit jusqu’à quatre millions de téléspectateurs. Des scores habituellement réservés à un prime time.
Son rayonnement dépasse rapidement les frontières. Narrant les aventures amicales, amoureuses et professionnelles de trois amies – Caroline (Adeline Blondieau), Laure (Bénédicte Delmas) et Jessica (Tonya Kinzinger) – dans la station balnéaire la plus prisée de la Côte d’Azur, Sous le soleil, rebaptisée « Saint-Tropez » à l’international, est alors distribuée dans quelque 135 pays. Du jamais vu pour une fiction française. Son générique, signé Pascal Obispo, résonne des plages du Brésil aux côtes indonésiennes, en passant par l’Allemagne (sur la chaîne Vox), l’Italie (sur Rete 4, la chaîne de Silvio Berlusconi qui diffuse également Les Feux de l’amour), le Danemark ou encore le Royaume-Uni. Outre-Manche, raconte Pascal Breton auprès de L’Express, la BBC ira même jusqu’à acquérir Sous le soleil afin de l’utiliser comme support d’apprentissage du français.
Mais c’est surtout en Russie et en Europe de l’Est que la série, aujourd’hui disponible sur Netflix, déclenche un véritable engouement. Avec des conséquences parfois inattendues : « Une organisation patronale russe avait demandé à la chaîne qui diffusait la série de repousser son horaire de programmation, car elle provoquait trop d’absentéisme dans les entreprises », se remémore Pascal Breton, aujourd’hui à la tête de Federation Entertainment, qui a notamment coproduit la série En thérapie…
« Dans les années 2000, la série a remis sous les feux des projecteurs notre village et a contribué à exporter le mythe Saint-Tropez », commentait pour sa part la maire, Sylvie Siri, en 2023. Mais comment expliquer le succès de ce soap à la française, diffusé à un rythme hebdomadaire de 1996 à 2008, qui, avec ses 480 épisodes, a même dépassé la mythique Dallas et ses 357 épisodes ?
D’abord, Sous le soleil s’inscrit dans un imaginaire déjà mondialement connu : celui de Saint-Tropez et de Brigitte Bardot. Bien avant la série, le petit port varois était devenu un symbole de liberté et de glamour grâce à l’actrice. Le bar tenu par le personnage de Jessica se trouve dans la baie des Canoubiers, à proximité de la propriété de « BB ». C’est également dans les environs que Roger Vadim tourna en 1956 Et Dieu… créa la femme, le film qui révéla l’actrice au monde entier et contribua à la renommée internationale de Saint-Tropez.
Les parallèles entre les deux œuvres ne s’arrêtent pas au décor. Dans le film de Vadim, Juliette, incarnée par Bardot, se retrouve au cœur d’un triangle amoureux entre deux frères. Dans Sous le soleil, Laure est elle aussi tiraillée entre deux hommes. Mais là où le film de Vadim conduit Juliette vers le mariage, l’héroïne de TF1 plante son futur époux dès le deuxième épisode, le jour même de la cérémonie et plonge dans la mer, toujours vêtue de sa robe de mariée, pour tenter de rejoindre Grégory, son amour de jeunesse, navigateur prêt à prendre le large. La série exploite pleinement le mythe Bardot jusque dans sa bande-son : le premier épisode se conclut sur la chanson Harley Davidson, l’un de ses titres les plus célèbres.
« Saint-Tropez, c’était un microcosme du rêve français des années 1960 : une certaine joie de vivre, des Français qui commençaient à s’autoriser le bonheur, un côté légèrement sexy, le village de Bardot », résume Pascal Breton. Avec son associé Olivier Brémond, fils du fondateur de Pierre & Vacances, le producteur a bâti la série autour de cette idée d’un « paradis perdu ». Une France « un peu trop parfaite, trop belle », selon Pascal Breton, mais qui a marqué les imaginaires et séduit les téléspectateurs étrangers.
« De belles personnes avec de beaux problèmes »
Au-delà du décor, la série séduit aussi par ses intrigues où l’on parle avant tout d’amour, de relations sentimentales et de problèmes de couple à une époque où la société « restait encore relativement pudique. » Inspirée et lancée au moment où des séries américaines comme Beverly Hills et Melrose Place étaient très populaires auprès du public européen, Sous le soleil, c’était la Côte d’Azur, la Californie française, « l’un des plus beaux décors d’Europe ». La vraie vie racontée dans un décor extraordinaire, avec plus ou moins de réalisme. On se lève le matin pour prendre son petit-déjeuner au bord d’une piscine avec vue sur la mer alors qu’on est gérante d’un bar ou jeune interne en médecine.
A l’international, cette vision correspondait aussi à une certaine image de la France, « un pays avec une très bonne qualité de vie, la patrie de l’amour, du sentimental et du relationnel, là où, dans les séries télé françaises, à l’époque, il n’y avait que du policier », explique Pascal Breton, ce natif du nord-est de la France que la grand-mère emmenait une fois par an à Saint-Tropez dans les années 1960, « un endroit merveilleux ».
Trente ans après le lancement de Sous le soleil, d’anciens forums ukrainiens, allemands, italiens ou danois conservent encore les traces de discussions nostalgiques autour de la série. Des internautes saluent « la beauté de la côte méditerranéenne », une fiction où « tout est beau et élégant » et des intrigues prenantes sans « le côté excessivement mélodramatique » des productions américaines d’Aaron Spelling. En somme : « de belles personnes avec de beaux problèmes. »
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Author : Laurent Berbon
Publish date : 2026-07-25 14:00:00
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