Alors que l’Allemagne ambitionne de se doter d’une flotte d’avions de combat sans pilote afin de répondre à une exigence stratégique fixée par l’Otan, des divergences secouent le ministère allemand de la Défense, comme l’a rapporté Politico le 22 juillet. Au sein de l’administration, les partisans de l’achat d’un drone australien s’opposent en effet à ceux qui souhaitent attendre le développement de solutions européennes, ce qui risque de compromettre l’objectif de Berlin de disposer d’une première flotte opérationnelle dès 2029.
Face notamment à la menace russe, l’Alliance atlantique attend de l’Allemagne qu’elle soit en mesure de fournir, à l’horizon 2035, des drones de combat à réaction, réutilisables et capables de pénétrer des espaces aériens fortement protégés, tout en emportant différentes charges utiles comme des armements, des capteurs ou des équipements de guerre électronique. Contrairement aux petits drones peu coûteux et souvent à usage unique massivement employés en Ukraine, ces appareils sont conçus pour être utilisés de manière répétée et, à terme, pour accompagner des avions de chasse pilotés tels que l’Eurofighter ou le F-35.
Mais Berlin, de son côté, s’est fixé un calendrier plus ambitieux en visant le déploiement d’une première flotte limitée dès 2029. Le but : permettre à la Luftwaffe, l’armée de l’air allemande, d’acquérir une expérience opérationnelle avant l’échéance fixée par l’Otan. Pourtant, cet objectif ne pourra plus être tenu, si l’on en croit une note finale interne obtenue par Politico, rédigée par les équipes de planification du ministère à l’attention du secrétaire d’État chargé de l’armement, Jens Plötner, avant sa décision sur la suite du programme. Le document recommande donc de repousser cette échéance.
Un changement de stratégie
Initialement, le ministère de la Défense souhaitait acquérir 12 drones MQ-28 Ghost Bat de Boeing Australia comme capacité provisoire, tout en évaluant en parallèle des appareils concurrents, afin de laisser aux solutions allemandes et européennes davantage de temps pour atteindre un niveau de maturité suffisant. Problème : une analyse interne du ministère a conclu qu’aucun des appareils actuellement disponibles ne répondait entièrement aux exigences allemandes. Le MQ-28, notamment, nécessiterait des modifications importantes pour pouvoir remplir la mission d’attaque au sol recherchée par Berlin. Le responsable de l’agence allemande chargée des achats militaires s’est également interrogé sur la possibilité d’achever ces transformations dans les délais impartis pour une mise en service en 2029, tandis que les projets portés par des acteurs allemands ou européens n’étaient pas encore suffisamment avancés.
Dans cette perspective, plutôt que d’acquérir immédiatement le MQ-28 Ghost Bat, le ministère recommande désormais de lancer d’abord une compétition avant de choisir un appareil, une approche qui pourrait lui permettre de conserver une plus grande maîtrise sur les logiciels sensibles liés aux missions militaires. Cette nouvelle stratégie présente toutefois un inconvénient majeur : le calendrier. La compétition ne devant pas débuter avant 2027, les responsables du ministère estiment qu’il serait impossible de sélectionner un vainqueur, d’adapter l’appareil choisi puis de le mettre en service avant 2029. Berlin maintiendrait néanmoins son objectif de répondre à l’exigence fixée par l’Otan pour 2035.
Un sous-investissement
Cette situation reflète une difficulté plus large à laquelle Berlin est confronté dans son effort de reconstruction militaire après plusieurs décennies de sous-investissement : choisir entre l’achat rapide de matériels étrangers déjà avancés technologiquement, capables d’être déployés rapidement, ou attendre que les industriels allemands et européens rattrapent leur retard afin de préserver davantage de capacités de production, de savoir-faire et de technologies sensibles sur le continent.
Pour réduire temporairement le retard capacitaire, les responsables allemands envisagent de s’appuyer en partie sur des missiles de croisière à partir de 2027. Mais ces armes ne constituent pas un véritable équivalent aux drones de combat réutilisables : une fois lancés, les missiles sont détruits et ne peuvent pas accomplir la même diversité de missions. Les deux options doivent désormais être examinées par Jens Plötner, qui devra trancher sur l’avenir du programme et déterminer quelle stratégie Berlin souhaite privilégier.
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Publish date : 2026-07-25 15:05:00
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