Un complot fomenté sur une aire d’autoroute ? En mai 2021, la chaîne italienne Rai 3 se passionne pour une vidéo de Matteo Renzi, l’ancien premier ministre, aperçu sur un parking, à trente kilomètres au nord de Rome. Le sénateur, aux ambitions intactes, porte un masque chirurgical : la scène se déroule le 23 décembre 2020, en pleine épidémie de Covid. Reconnaissant l’élu, une enseignante de passage en voiture l’a filmé. Si les médias se déchainent, c’est en raison de l’identité de son interlocuteur, à la chevelure mi-longue argentée. Il s’agit de Marco Mancini, 60 ans, dirigeant de la coordination du renseignement (DIS). Un habitué des coups très tordus. Il est placé en retraite anticipée dans les semaines qui suivent.
Cinq ans plus tard, Marco Mancini est une petite star, un abonné des plateaux de la Rai, après une tournée triomphale de dédicaces de ses mémoires, Le regole del gioco, « les règles du jeu » en français. L’agent secret a joué avec toute sa vie, au point d’être emprisonné à deux reprises. A lui seul, il pourrait incarner les affres du renseignement italien : un mélange des genres avec la politique et une certaine propension à tester les limites des lois qu’il est censé protéger. « J’adore Marco mais c’est un combinard, sans cesse en train d’intriguer pour décrocher un poste », sourit un ex-agent de renseignement.
« Méthode Mancini »
Surnommé « Tortellino », du nom des pâtes emblématiques de la région de Ravenne, où il est né, Marco Mancini débute chez les carabiniers, la gendarmerie italienne, en 1979. Il a 19 ans. Il se spécialise dans l’antiterrorisme, à la section de Milan, puis rejoint le renseignement militaire, le Sismi, en 1984. Dans cet univers austère, éloigné des attributs souvent prêtés au tempérament italien, la « méthode Mancini », faite de séduction et de réseautage, se distingue.
Chargé du contre-espionnage soviétique, puis recruteur de sources, notamment au Moyen-Orient, le flamboyant fonctionnaire gravit les échelons, jusqu’à être nommé directeur de l’antiterrorisme et numéro deux officieux. Le 5 mars 2005, son visage apparaît en Une des médias. Vêtu d’un manteau de cuir, sur le tarmac de l’aéroport militaire de Campino, il soutient à bout de bras la journaliste Giuliana Sgrena, libérée après un mois aux mains de djihadistes irakiens.
Un an plus tard, la police débarque à son domicile. On l’accuse d’avoir prêté son concours à l’enlèvement d’un imam égyptien par la CIA à Milan, le 17 février 2003. Connu pour sa proximité du renseignement américain, celui qu’on surnomme également « Doppio Mike », double Mike, en référence à ses initiales, concentre les suspicions. Il est condamné à neuf ans de prison dans cette affaire… avant d’être innocenté en cassation, en 2014. Le 12 décembre 2006, nouvelle descente des enquêteurs. Marco Mancini est cette fois soupçonné d’avoir livré des informations secret-défense à un de ses amis, le détective privé Emanuele Cipriani. Le but ? Les transmettre à l’entreprise italienne Telecom, dont le chef de la sécurité est Giuliano Tavaroli… ex-collègue de « Dioppo Mike » à Milan. La multinationale a mis en place une collecte occulte de renseignements sur des concurrents ou des journalistes gênants.
Selon un employé de Cipriani, le détective rencontrait régulièrement un certain « Marco » sur une aire d’autoroute. « Tortellino » passe six mois en prison puis bénéficie d’un non-lieu, faute de preuves. Il reprend sa place au sein du service secret, à la consternation des agences européennes. « Le renseignement italien, c’est hélas folklorique, est pollué par la politique, la CIA, les acteurs économiques », jauge un ancien cadre de la DGSE.
En 2014, Mancini est placardisé au DIS, où il s’occupe surtout des finances. La rumeur prétend qu’il aurait voulu négocier un retour en grâce avec Matteo Renzi. Lui n’a jamais voulu révéler la teneur du rendez-vous de l’autoroute.
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Author : Etienne Girard
Publish date : 2026-07-31 06:30:00
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