Alors que la gauche italienne se prépare pour les élections législatives de 2027, les tensions sur la question ukrainienne, qui l’agitent de longue date, éclatent à nouveau au grand jour. Le chef du Mouvement 5 étoiles (M5S), et ancien président du Conseil, Giuseppe Conte, a réaffirmé cette semaine que son parti ne voterait pas de nouvelles aides militaires à Kiev. Dimanche 2 août, le leader de la deuxième force d’opposition italienne a estimé que la question de la politique étrangère de l’alliance que le M5S forme avec le Parti démocrate (PD) devait se régler « avec les primaires », de façon à laisser « les Italiens décider ». Le lendemain, dans un entretien accordé au journal local La Stampa, Giuseppe Conte a précisé sa position. Si le M5S avait précédemment soutenu l’Ukraine, en raison d’un « déséquilibre militaire manifeste par rapport à la Russie », le parti estime aujourd’hui que le pays dispose désormais « d’un arsenal militaire très bien équipé ». Aussi, plutôt que de voter en faveur de nouvelles livraisons d’armes, le groupe politique préfère pousser Volodymyr Zelensky et Vladimir Poutine vers la table des négociations.
Une « question non négociable »
Des déclarations immédiatement rejetées par le Parti démocrate, première force parlementaire de gauche en Italie. Deux jours après les déclarations de son allié, Lorenzo Guerini, l’un des leaders démocrates et ancienne figure du gouvernement, a averti le chef de file du Mouvement 5 étoiles. « S’il divise notre grande coalition, il en assumera la responsabilité. Nous soutenons l’Ukraine en lui envoyant des armes. Le Parti démocrate soutiendra Kiev », a-t-il tranché. Et d’insister : l’aide militaire à l’Ukraine est une « question non négociable. Point final ».
De son côté, la députée démocrate Elly Schlein a également tenté de couper court aux discussions. Pas question de débattre de l’aide à l’Ukraine à l’occasion des primaires : « Ça ne fonctionne pas comme ça », a-t-elle balayé. L’élue a ensuite précisé que l’accord de programme entre les forces de la coalition de gauche devait précéder ces échéances. Un appel à l’unité largement soutenu par la gauche italienne, y compris parmi les personnalités proches du M5S. Entre autres, les dirigeants de l’Alliance Verts-Gauche, Nicola Fratoianni et Angelo Bonelli, dont le parti avait également fait preuve de réserve sur l’aide militaire, ont demandé une clarification des règles de l’échéance et du programme minimal préalable à la primaire.
Ce n’est pas la première fois que la question ukrainienne s’annonce épineuse. Depuis 2022, date qui marque le début de l’invasion russe, mais aussi celle de la législature italienne en cours, les forces de gauche s’écharpent sur l’aide militaire. D’un côté, le Mouvement 5 étoiles et l’Alliance Verts-Gauche s’opposent à chaque texte visant à prolonger ce soutien à l’arsenal de Kiev. De l’autre, le Parti démocrate et Italia Viva ont systématiquement voté en faveur des prorogations. Exemple de ces divergences profondes au sein de la coalition : le parti Più Europa, également membre de l’alliance, avait porté en 2024 une résolution appelant à une « priorité maximale » aux aides militaires. Les récentes déclarations du leader du M5S n’ont donc pas manqué de faire réagir Benedetto Della Vedova, député Più Europa, qui n’a pas hésité à afficher sa colère. Accusant l’ancien président du Conseil de mener « un programme anti-Ukraine », il l’a averti sur une direction potentiellement « suicidaire » pour une future coalition.
Des divisions internes
Le sujet est d’autant plus périlleux que, malgré les sorties de Giuseppe Conte, le Mouvement 5 étoiles s’agite en interne sur l’aide à Kiev. Et ce, jusque dans ses plus hautes sphères. Sur son blog, le fondateur du mouvement, Beppe Grillo, multiplie les critiques contre le nouveau chef de file. Autre menace qui pèse sur les épaules de Giuseppe Conte : Alessandro Di Battista, ancien député du parti, serait en train de préparer sa propre liste dissidente. Une perspective d’autant plus dangereuse que, selon un baromètre Politico, le M5S et le Parti démocrate sont au coude à coude avec le bloc de droite dirigé par la présidente du Conseil, Giorgia Meloni.
De l’autre côté de l’échiquier, les discussions concernant l’aide à Kiev ne sont pas épargnées par les polémiques et les tensions. Récemment, certains membres de la coalition de droite au pouvoir, à commencer par ceux de la Ligue de Matteo Salvini, se sont montrés plus réticents à soutenir militairement l’Ukraine et à augmenter le budget de la défense. Pas de quoi empêcher le gouvernement de se saisir de l’occasion de critiquer ses rivaux. « Que la gauche italienne nous dise si elle se range du côté du peuple ukrainien ou de celui de Poutine. Si elle se range du côté de la démocratie ou de celui des dictatures », a fustigé le vice-Premier ministre et secrétaire de Forza Italia, Antonio Tajani.
Sur le fond, l’opinion italienne semble en tout cas moins partagée, et penche plutôt contre le soutien à l’Ukraine. En début d’année, un sondage YouGov montrait que seulement 32 % des Italiens se soucient de savoir si Kiev l’emporte ou non contre la Russie.
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Author : Asia Dayan
Publish date : 2026-08-07 13:17:00
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