L’Europe brûle sous nos yeux, de la France à l’Espagne, en passant par l’Italie et la Grèce. Mais derrière les images de forêts ravagées et de villages évacués se dessine une autre réalité, moins spectaculaire : celle d’une facture économique qui s’alourdit. « Le réchauffement climatique, et non la politique climatique, nuit aux entreprises », alertait récemment Politico. Les phénomènes extrêmes de cet été en donnent une illustration particulièrement concrète.
La première facture sera celle de la reconstruction. En France, le ministère de la Transition écologique estime que la restauration d’un hectare de forêt incendié peut coûter jusqu’à 10 000 euros. Or, fin juillet, 465 000 hectares avaient déjà brûlé dans l’Union européenne, alors que la saison des incendies était loin d’être terminée. Selon la RTS, près de 500 000 hectares ont été détruits en seulement deux mois en France, en Espagne, au Portugal, en Grèce et en Roumanie. Pour ces cinq pays, et en ne prenant en compte que la restauration des terres, l’Union européenne estime les dommages à près de 2,5 milliards d’euros par an. Le Financial Times estime pour sa part que la facture a d’ores et déjà dépassé trois milliards d’euros.
Mais ces chiffres ne racontent pas tout. Les incendies entraînent aussi des pertes d’activité, des fermetures d’entreprises et des perturbations dans les chaînes de production. En Gironde, particulièrement touchée, des milliers d’entreprises ont dû fermer leurs portes tandis que les touristes quittaient la région. Le ministre français Roland Lescure a évoqué un « coup de tonnerre économique » pour un territoire qui n’en avait pas besoin.
Tourisme, vignoble, industrie…De nombreuses pertes en Gironde
Le Financial Times souligne notamment le poids industriel de la Gironde, où sont implantés des acteurs majeurs de la défense et de l’aérospatiale. Les incendies ont contraint Safran, Dassault Aviation et ArianeGroup à suspendre leur production et à évacuer leurs salariés. Le secteur viticole, autre pilier économique du département, est lui aussi exposé : si les grands vignobles bordelais ont été largement épargnés jusqu’à présent, les effets éventuels de la fumée sur la qualité des récoltes restent incertains. L’ostréiculture du bassin d’Arcachon a également été touchée, tandis que le tourisme, qui représente 7 % du PIB départemental, continue de subir les perturbations.
En Espagne, les dégâts sont eux aussi considérables. Les incendies se sont approchés à seulement 50 kilomètres de Madrid, détruisant habitations, commerces et véhicules dans des localités rurales. L’Union de Pequeos Agricultores y Ganaderos, qui représente les petits exploitants, évaluait provisoirement les pertes à 18 500 hectares de terres « utiles », principalement des pâturages. L’agriculture constitue d’ailleurs l’une des premières victimes économiques du réchauffement. Selon Coceral, association européenne du commerce des grains européen, la vague de chaleur de juin a à elle seule anéanti neuf millions de tonnes de céréales en Europe, pour une perte de revenus estimée à deux milliards d’euros pour les agriculteurs.
Des dépenses énergétiques et une baisse de la productivité
À cela s’ajoutent des coûts moins visibles. La chaleur réduit la productivité des travailleurs : celle-ci peut diminuer de 2 à 3 % pour chaque degré supplémentaire au-delà d’un certain seuil, selon les Nations unies. Dans le même temps, la demande de climatisation fait grimper les dépenses énergétiques des entreprises. Allianz estime que cette combinaison pourrait entraîner une perte cumulée de PIB pouvant atteindre 7 % entre 2026 et 2030, soit 240 milliards de dollars pour la France, 147 milliards pour l’Italie, 131 milliards pour l’Allemagne et 120 milliards pour l’Espagne, rapporte Politico.
Les cours d’eau ajoutent enfin une autre source de tension. Le niveau exceptionnellement bas du Rhin perturbe le transport du charbon et des produits chimiques : les péniches doivent parfois réduire leur chargement jusqu’à 80 %, ce qui renchérit les coûts et perturbe les chaînes d’approvisionnement. La reconstruction des forêts ne sera donc qu’une partie de la facture. Agriculture, industrie, tourisme, énergie et chaînes logistiques : à mesure que les épisodes extrêmes se multiplient, de plus en plus de secteurs se retrouvent exposés.
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Author : Audrey Parmentier
Publish date : 2026-08-08 15:12:00
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