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    Comment les lingots belges ont servi de monnaie d’échange entre Vichy et les nazis

    IntelliNewsBy IntelliNewsaoût 9, 2026Aucun commentaire8 Mins Read
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    L’invasion de la Pologne par Hitler le 1er septembre 1939, puis Staline le 17 septembre, plonge l’Europe – et bientôt le monde – dans un conflit sanglant. Pris de court par l’avancée irrésistible de la Wehrmacht, les gouvernements des pays vaincus s’efforcent de sauver en urgence ce qui peut l’être : leurs réserves d’or, convoitées par le Reich pour financer sa colossale machine de guerre. Une chasse au trésor haletante où le sens du devoir de quelques hommes, servis par une bonne dose de chance, a empêché les nazis de faire main basse sur une fortune qui aurait pu changer le cours de l’Histoire.

    Dans cette série de L’Express en cinq épisodes, François Valentin, consultant à London Politica, retrace l’incroyable destinée de l’or français, belge et polonais, entre le fracas des bombes et les conversations feutrées des chancelleries.

    Episode 1 > « Avez-vous des chambres fortes ? »

    Episode 2 > Dans l’enfer des bombes et de la paperasse

    Episode 3 > Des lingots transportés à la main, l’intervention de Roosevelt

    Episode 4 > Comment la Pologne a sauvé son or des griffes d’Hitler

    1940, Bruxelles

    Alors que la guerre gronde en Europe, les trois capitales les mieux pourvues en or du Vieux Continent s’appellent Paris, Londres et… Bruxelles ! Depuis 1920, la Belgique a vu ses réserves grimper de 70 à plus de 600 tonnes, le résultat combiné de la fuite des capitaux en France après l’arrivée au pouvoir du Front populaire en 1936, mais aussi de la politique monétaire prudente de la Banque nationale de Belgique, consciente qu’en cas de nouveau conflit, elle pourrait avoir besoin d’un tel matelas pour soutenir l’effort de guerre.

    En 1914, l’armée a été balayée par l’offensive allemande inspirée du plan Schlieffen. Malgré une courageuse résistance et le soutien des forces anglaises, la Belgique libre est réduite à une petite poche autour de la ville d’Ypres, près de Lille. Pour autant, dans le chaos ambiant, le gouvernement parvient à expédier loin de Bruxelles ses réserves d’or. Cette fois-ci, Hitler ne compte pas lui en laisser l’opportunité. A titre de comparaison, les réserves de Berlin atteignent péniblement les 250 tonnes en septembre 1939, la moitié venant du pillage des pays voisins.

    Après l’annexion de l’Autriche par l’Allemagne en mars 1938, la Belgique a toutefois pris les devants et transféré dans le plus grand secret les deux tiers de ses réserves à l’étranger. Soit 309 tonnes vers Londres et 118 tonnes vers New York. Mais avec l’invasion de la Pologne en septembre 1939, les convois maritimes se raréfient et les assureurs font payer des prix exorbitants pour couvrir le risque mortel que représentent les U-Boote. C’est donc assez naturellement qu’au début de 1940, le gouvernement d’Hubert Pierlot envoie l’or restant – soit 198 tonnes scellées dans près de 5 000 caisses de 40 kilos – vers son allié français qui l’entrepose du côté de Libourne et de Bordeaux. Les derniers lingots quittent Bruxelles le 6 mai, quatre jours avant le déclenchement de la Blitzkrieg.

    Quelques semaines plus tard, le magot belge se retrouve pris au piège. Face à la débâcle des Alliés, le ministre des Finances Camille Gutt demande d’évacuer l’or vers New York. Mais les autorités parisiennes, dépassées par les événements, naviguent à vue. Le 9 juin, alors que la Wehrmacht est déjà positionnée en Normandie, l’or quitte Libourne et Bordeaux en train. Direction le Morbihan. Le 14, il arrive dans l’arsenal de Lorient avant de prendre le large le 18 au petit matin à bord du cargo bananier Victor Schoelcher, transformé en croiseur auxiliaire, au côté de l’or polonais. Il était temps : les nazis ne sont qu’à 150 kilomètres de là.

    Contraint de longer la côte sous la menace des mines sous-marines allemandes, le navire vogue vers Royan avant de foncer vers Casablanca au Maroc. De là, il rejoint Dakar, au Sénégal, avant que l’or ne s’enfonce à l’intérieur du continent africain, jusqu’à Kayes, dans l’actuel Mali.

    Lorsque le gouverneur de la Banque nationale de Belgique Georges Janssen quitte Paris pour rentrer à Bruxelles en juillet 1940, il est cueilli par les autorités allemandes qui le somment de rapatrier le trésor. L’homme est bien dans l’embarras. Alors que l’or de Varsovie a été placé sous la surveillance constante de fonctionnaires polonais pendant la traversée du Victor Schoelcher jusqu’à Dakar, de manière assez déconcertante, la Belgique n’a envoyé personne pour accompagner le sien ! Le gouverneur n’est arrivé à Libourne que le 18 juin, au moment où le cargo était déjà parti de Lorient… Les Allemands ont beau le menacer, il ne sait pas où sont ses lingots.

    Commence alors une véritable chasse au trésor entre l’Allemagne et les Alliés, qui remportent le premier round, en juillet. Lors d’une traversée entre Gibraltar et Liverpool, deux militaires belges, le lieutenant G.J. Truffaut et le sous-lieutenant Ides Floor, apprennent par hasard, grâce à des officiers polonais, que l’or a été déposé à Dakar. Une fois à Londres, ils en informent l’ex-ministre des Finances Gutt, qui leur confie dans la foulée la mission de le récupérer. Le gouvernement polonais en exil se joint à l’opération.

    Un commando réunissant des soldats des deux pays débarque fin août en Gambie, petite colonie anglaise inconfortablement enclavée à l’intérieur du Sénégal vichyste. Après une première prise de contact infructueuse avec le gouverneur local, la petite troupe est aux premières loges pour voir les Forces françaises libres se casser les dents sur Dakar en septembre 1940. Les Belges essayent de motiver le général de Gaulle de lancer un nouvel assaut. Sans succès.

    Les Allemands gagnent ensuite la seconde manche. Le gouverneur de la Banque de France Yves Bréart de Boisanger leur crache le morceau en septembre sur la localisation de l’or. Sous pression, Janssen noie le poisson avec diverses arguties juridiques. Face au louvoiement du Belge, les Allemands se tournent alors vers la France. Pierre Laval, le bras droit de Pétain, ordonne en novembre 1940 le retour de l’or, espérant obtenir en échange la libération des prisonniers de guerre français. Janssen, mortellement malade, a été court-circuité. Pour Vichy, c’est une concession diplomatique à peu de frais.

    Un périple parmi les plus fous de l’Histoire

    Les autorités belges à Londres mettent en demeure la Banque de France et intentent à New York, en février 1941, un procès qui s’éternisera, du fait notamment de la difficulté à faire venir des témoins aux Etats-Unis. C’est donc sur le terrain africain que l’affaire va se jouer. Vichy pose une condition : il faut que les nazis aillent chercher eux-mêmes les quelque 5 000 caisses belges. Or, la domination de la Royal Navy dans l’Atlantique fait de tout convoi maritime une mission suicide. Dès 1940, quelques caisses sont transportées par avion, mais la surveillance aérienne britannique rend le procédé trop risqué au vu de la valeur de la cargaison.

    En 1941, la décision est prise : l’or devra rallier Berlin en traversant l’Afrique. Un périple de 5 000 kilomètres parmi les plus fous de l’Histoire. Les lingots sont d’abord acheminés en train de Kayes jusqu’au fleuve Niger avant de remonter le courant en pirogue sur 1 200 kilomètres, au gré des basses eaux, vers le sud algérien. Dans la chaleur suffocante de l’été saharien, ils sont ensuite chargés dans des camions, quand ce n’est à dos de chameau, et transportés à travers les dunes sur 2 000 kilomètres jusqu’à la ville de Colomb-Béchar où se trouve la gare ferroviaire la plus méridionale construite par les Français en Algérie. De là, la cargaison parcourt de nouveau 1 000 kilomètres en train. Direction Alger, au nord du pays. Pas moins de 231 liaisons aériennes seront ensuite nécessaires pour que le métal jaune traverse la mer Méditerranée jusqu’à Marseille avant d’être acheminé en train jusqu’à Berlin.

    Ce n’est qu’en mai 1942, soit un an après le début des opérations, que les dernières caisses atteignent l’Europe. Un exploit logistique au crédit du régime nazi qui s’empressera de puiser dans ces réserves pour soutenir son effort de guerre. A titre de dédommagement, Hitler propose de régler la Belgique en Reichsmarks mais impose que l’argent soit utilisé pour acheter des biens allemands. Sans compter une retenue censée couvrir… les frais de livraison !

    En octobre 1944, la Banque de France rembourse la Belgique pour sa perte. Lors de leur marche vers Berlin quelques mois plus tard, les Américains retrouvent une petite partie de l’or belge, caché dans une mine de sel en Thuringe, au centre de l’Allemagne. Le gros du magot a été fondu et remodelé pour ressembler à de l’or allemand, afin de transiter plus discrètement par la Suisse ou la Suède. Près de 150 tonnes ont été identifiées dans les coffres des banques helvétiques. Mais les Suisses n’en rendront qu’un tiers au titre des réparations. Quant aux 309 tonnes d’or stockées avant-guerre à Londres par la Belgique, le ministre Gutt les prêtera au Royaume-Uni en 1941. Un prêt gagé sur la production aurifère sud-africaine, qui sera remboursé dès 1943.



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    Publish date : 2026-08-09 06:45:00

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