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    De Bridget Jones à Bill Clinton : les bienfaits insoupçonnés de la procrastination

    IntelliNewsBy IntelliNewsaoût 13, 2026Aucun commentaire6 Mins Read
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    Avec ses bonnes résolutions en carton-pâte, son génie pour multiplier les « dernières » cigarettes (et les jarres de Chardonnay), sa propension à ajourner tout choix professionnel, sans compter cette incapacité signature à choisir entre le séduisant Daniel Cleaver et le tendre Mark Darcy, le personnage de Bridget Jones ferait figure de sainte patronne des procrastinateurs. Son emblème ? Le chaos. Car à trop tergiverser, la trentenaire s’en trouve réduite à chanter « All by myself » seule dans son salon un soir de nouvel an, avec pour seule compagnie une bouteille de vin rouge.

    A première vue, on déconseillerait donc aux quelque 85 % de Français concernés par ce « vice », selon un sondage Odoxa réalisé en 2019, de poursuivre dans cette voie. De même que l’on ne saurait trop pousser nos voisins britanniques à se désolidariser de cette habitude – d’après une étude menée par l’assureur Legal & General, plus de la moitié d’entre eux estiment en avoir pâti au cours de leur vie. A moins que cet art de remettre les choses au lendemain ne soit précisément l’ingrédient secret du happy ending de la comédie romantique ; celui qui pousse Bridget Jones à s’élancer une nuit enneigée dans les rues de Londres, culotte léopard et gilet beige layette, à la poursuite de son véritable amour…

    La procrastination, une bonne conseillère ? C’est en tout cas ce que l’on pourrait déduire du temps que L’Express et Frank Partnoy, professeur de droit à l’université de Californie (Berkeley) et auteur de Wait : the art and science of delay (non-traduit) ont pris pour répondre aux e-mails et caler un rendez-vous en vue d’une interview. « Je crois que votre retard et le mien illustrent bien le sujet. Nous avons procrastiné juste ce qu’il fallait », plaisante-t-il. Car selon cet ancien trader et banquier d’investissement, procrastiner peut en réalité se révéler très utile, tant pour préparer au mieux ses réponses à une interview que dans le cadre du travail… « Pour prendre une décision éclairée, tout l’enjeu est d’évaluer le délai maximum dont nous disposons, et d’attendre aussi longtemps que possible pour agir. Les meilleurs professionnels sont ceux qui adoptent cette méthode », assure-t-il. Frank Partnoy cite le cas des sportifs de haut niveau, pilotes de chasse ou encore chirurgiens. « Leur capacité à retarder une action jusqu’au dernier moment, même de quelques millisecondes, fait toute la différence. Car c’est ce laps de temps qui leur permet de prendre en compte le plus d’informations possible et donc de réaliser une tâche de façon optimale », détaille l’auteur.

    Créativité

    Les perfectionnistes maladifs et indécis chroniques ne le savent que trop bien : repousser une tâche peut parfois nuire à la productivité. Pas de quoi effrayer June*, artiste peintre et adepte du lâcher-prise. « Si je sens que mon projet n’est pas abouti ou que je n’arrive pas à avancer comme je le souhaitais, j’aime autant le laisser de côté pour y revenir l’esprit frais et avec de meilleures idées. Quitte à prendre du retard sur mes commandes », dit-elle à L’Express. June sera d’autant plus confortée dans cette direction que selon Jihae Shin, aujourd’hui enseignante au sein de la Yale School of Management, procrastiner de façon modérée pourrait en réalité doper la créativité. Dans une expérience menée par ses soins dans les années 2010, un groupe d’individus devait proposer des idées d’entreprises. Résultat : ceux qui avaient reporté cette tâche de cinq minutes avaient formulé des idées jugées 28 % plus créatives que celles des participants qui s’y étaient attelés dans l’immédiat.

    Une autre étude intitulée « Quand la procrastination porte ses fruits : le rôle de la capacité à partager ses connaissances, de la motivation autonome et de l’implication dans la tâche sur la créativité des employés » (Heliyon, 2023) converge vers les mêmes conclusions : si une faible ou très forte procrastination est moins propice à l’émergence d’idées originales, la créativité atteint des niveaux importants lorsque l’on retarde modérément la réalisation d’une tâche. Mais à condition d’être intrinsèquement motivé, et fortement impliqué dans ladite tâche. Sans quoi, le risque est de se laisser déborder, donc se rabattre sur l’idée la plus rapide à mettre en œuvre.

    Loin de remettre en cause la thèse de Jihae Shin (qui fut sa doctorante), Adam Grant, professeur à la Wharton School de l’université de Pennsylvanie spécialisé dans la psychologie du travail et des organisations, va même plus loin dans les colonnes du New York Times : en plus de doper la créativité, la procrastination serait même parfois un excellent moteur pour les réalisations les plus « monumentales ». En témoigne, selon lui, le cas de Steve Jobs, fondateur d’Apple et éternel tergiversateur, ou encore Bill Clinton, qui révisait ses discours à la dernière minute. Sans oublier Leonard de Vinci, qui a passé 16 ans à revenir par intermittence à la Joconde…

    Efficacité

    Certains esprits malicieux en déduiront peut-être que ces célèbres procrastinateurs sont aussi de célèbres feignants. Ce serait méconnaître la thèse de John Perry, professeur de philosophie émérite à la prestigieuse faculté de Stanford et auteur d’un essai devenu culte intitulé « Structured Procrastination » (1996). Lequel défend l’efficacité du procrastinateur, plus productif qu’il n’y paraît. Car pour John Perry, qui a par ailleurs reçu pour sa théorie le Ig Nobel Prize (une récompense parodiant le véritable prix Nobel pour des recherches qui font « d’abord rire, puis réfléchir »), le procrastinateur ne fuit pas le travail. Au contraire : s’il évite une tâche précise, il s’attellera potentiellement dans le même temps à d’autres tâches utiles pour retarder la première. Après tout, qui ne s’est jamais retrouvé à charger sa to do list de « lessives », « ménage », « courses » pour ne surtout pas se pencher sur la case « impôts » ? De quoi se retrouver bien vite dans un écrin fleurant bon le propre…

    On ne convaincra pas Jérôme*, journaliste indépendant, et procrastinateur pathologique. « L’ennui, c’est que je me sens un peu soumis à mes élans de procrastination. Parfois, ça me réussit, mais à d’autres moments, c’est la recette pour un naufrage », se désole-t-il. On lui suggère la lecture d’un article publié en 2021 par Arthur C. Brooks, chroniqueur et spécialiste du bonheur à The Atlantic, qui dévoile ses conseils pour remettre les choses à plus tard de la meilleure des manières. D’abord, l’autodiagnostic. Suis-je un procrastinateur chronique ou non ? Si Jérôme répond par la positive, alors il convient d’y travailler en se focalisant sur le moment présent – et non en pensant à l’avenir – afin de développer une meilleure attention aux tâches à accomplir et donc de réduire cette tendance à les remettre à demain. Ensuite, déployer sa procrastination de façon stratégique (« Je note mon idée, j’y réfléchis, je dors dessus, je vais me promener, puis je commence »), tout en ne gâchant pas ce temps dégagé, notamment en scrollant jusqu’à plus soif sur Instagram. Autrement dit : utiliser ce temps dégagé pour laisser mûrir ses idées, mais aussi pour recharger les batteries. Enfin, laisser les projets « inachevés mais pas bloqués », en s’arrêtant par exemple à un moment où l’on a envie de reprendre. Sur les conseils de ce professionnel, L’Express s’en va donc procrastiner… mais de façon stratégique.

    *Les prénoms ont été changés.



    Source link : https://www.lexpress.fr/idees-et-debats/de-bridget-jones-a-bill-clinton-les-bienfaits-insoupconnes-de-la-procrastination-QEXMV7QJMNFMRPIZU6ICYW7GRE/

    Author : Alix L’Hospital

    Publish date : 2026-08-13 16:00:00

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