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Guerre en Ukraine : le film catastrophe auquel nous risquons d’assister, par Christophe Donner


La critique cinéma, si elle ne nourrit pas son homme, offre quelques privilèges, notamment celui d’être courtisé par des producteurs qui, ne sachant trop comment assurer un minimum de promo à leurs WTF movies (films de tordus) et comptant, en dernier ressort, sur l’impact faiblement prescripteur de mes Ultimatum, m’envoient en exclusivité, par lien codé, la vidéo de leur dernier cauchemar. Elle était ce jour-là accompagnée d’un petit mot encourageant et flatteur : “Le talent avec lequel vous avez parlé de ses précédents films vous désigne d’office comme le seul chroniqueur de ce pays à saisir la grandeur cachée de ce chef-d’œuvre. Comme vous l’apprendrez, il sera le dernier de cet immense génie. De profundis.”

Pour ceux qui n’auraient pas vu ses précédents films, et pas lu les chroniques successives que je leur ai consacrées, je résume.

Né le 25 janvier 1978 à Kyvyï en République soviétique d’Ukraine, le petit Volodymyr Zelensky commence sa carrière d’acteur en remportant un concours de comédie à la télévision nationale en 2001. Le succès ne l’abandonnera plus. En 2015, alors que le pays est en guerre contre la Russie qui, un an plus tôt, a annexé la Crimée, Volodymyr incarne le rôle de Vassili Petrovitch Goloborodko, un professeur d’histoire rebelle, filmé à son insu par un de ses élèves, lequel diffuse sur YouTube la vidéo qui le rend aussitôt célèbre au point d’être poussé par la population unanime à se présenter à l’élection présidentielle, qu’il remporte. Cette série télé intitulée Serviteur du peuple pulvérise tous les records d’audience. Une seconde saison est aussitôt mise en chantier, puis un film de long métrage, puis une troisième saison qui va servir à la propagande du réalisateur-acteur Zelensky pour sa campagne en vue de devenir président de la République et ainsi faire passer son héros de la fiction à une sorte d’irréalité qui se réalise et le voit élu président de la République, en 2019, avec 73 % des voix au second tour.

Comment avons-nous pu laisser faire ça ?

Le film que j’ai pu visionner en avant-première commence par l’histoire que vous connaissez tous et que vous avez pu suivre en direct dans la presse depuis trois ans, elle se continue avec la conférence de Munich du 14 février dernier, qui a vu renaître des cendres que l’on croyait éteintes l’esprit de Munich 1936, qui avait permis à Hitler d’entamer sa conquête de l’Europe. Quatre-vingt-huit ans plus tard, les mêmes pays vassalisés par les Etats-Unis de Trump laissaient implicitement à la Russie de Poutine le droit de finir d’envahir l’Ukraine, le film montrant très bien comment le reste du château de cartes européen s’effondre en quelques semaines, de la mer Noire à l’Atlantique.

Il y a ce moment pathétique et cinématographiquement unique où le réalisateur-acteur-président Zelensky se fait filmer derrière son bureau du palais Maryinsky, la résidence officielle de la présidence ukrainienne, dans une mise en scène qui rappelle évidemment l’attaque du général Pinochet contre le palais de la Moneda à Santiago du Chili. Sauf que Zelensky, contrairement à Salvador Allende, ne se suicide pas, et quand les soldats russes fracassent la porte du bureau, il se lève, il les regarde, ils sont tellement surpris de le voir sourire qu’ils restent une fraction de seconde figés avant de tirer sur le héros du peuple ukrainien qui s’effondre en martyre du dernier rêve européen.

Les caméras tournent toujours quand les soldats mitraillent tous les membres de l’équipe, elles basculent au sol, ne filment plus que les bottes qui passent, n’enregistrent que les cris joyeux des soldats où les “saloperies de nazis” et les “sales juifs de merde” se confondent dans un canon absurde. Un film magnifique, porté par des acteurs exceptionnels qui auront sacrifié leur vie pour leur art, et auront porté notre indignation aux limites du supportable. Avec cette question lancinante : comment avons-nous pu laisser faire ça ? Je ne vous raconte pas la fin du film puisque c’est vous, c’est nous qui la faisons.




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