Un simple “pépin”, un “journaliste sournois” colportant “des canulars”… L’équipe de Donald Trump, à l’unisson avec les médias acquis à sa cause, a sorti les rames mardi pour tenter de minimiser la fuite de plans militaires divulgués par erreur à Jeffrey Goldberg, le rédacteur en chef de The Atlantic, qui a révélé l’affaire dans un article lundi 24 mars.
Le président américain lui-même a contre-attaqué de manière agressive lors d’un appel téléphonique avec la chaîne NBC, assurant qu’il s’agissait du “seul pépin en deux mois, et au final sans gravité”. Il a ensuite déclaré que Jeffrey Goldberg était un “tordu”, et a assuré que “tout le monde se fiche” de ce que publie The Atlantic.
Jeffrey Goldberg a révélé avoir été ajouté par erreur à un groupe de discussions des plus hauts responsables américains, où il a eu accès à un projet détaillé concernant des attaques au Yémen, avec des informations sur les cibles et le déroulé de l’opération. Il a aussi reproduit certains échanges hostiles envers les Européens, qualifiés de “profiteurs” au comportement “pathétique” par le ministre de la Défense américain, et accusés par J.D. Vance de profiter de ces opérations militaires américaines.
“Personne n’a envoyé de plans de guerre”
“Je ne suis pas sûr que cela nécessite une attention particulière”, a commenté le chef des Républicains à la Chambre des représentants, Mike Johnson, d’après le New York Times.
“Vous parlez d’un soi-disant journaliste sournois et très discrédité qui a fait profession de colporter des canulars à maintes reprises”, a aussi déclaré dès lundi à des journalistes le ministre de la Défense, Pete Hegseth. “Personne n’a envoyé de plans de guerre et c’est tout ce que j’ai à dire à ce sujet”, a-t-il ajouté. “C’est un mensonge. Il envoyait des plans de guerre par SMS. Il envoyait des plans d’attaque par SMS”, a aussitôt réfuté Jeffrey Goldberg, interviewé sur la chaîne américaine CNN.
La directrice du renseignement, Tulsi Gabbard, assaillie de questions par les élus démocrates pendant une audition prévue de longue date au Sénat, a de son côté affirmé qu'”il n’y avait pas d’informations classifiées partagées”, tout en refusant de confirmer qu’elle était bien l’une des participantes de très haut niveau du groupe de discussion sur Signal.
Le patron de la CIA, John Ratcliffe, auditionné en même temps que Tulsi Gabbard, a lui admis avoir participé à cette boucle de messages consacrée aux préparatifs d’attaques aériennes contre les rebelles houthis, menées finalement le 15 mars. Il a toutefois défendu un usage “autorisé et légal” selon lui de cette application pour ces échanges entre le vice-président, J.D. Vance, le ministre de la Défense Pete Hegseth et le chef de la diplomatie, Marco Rubio, parmi d’autres.
Pour le sénateur indépendant Angus King, “il est dur à croire que les cibles et le calendrier (des frappes) et les armes n’aient pas été classifiées”. “Les plans de guerre ne devraient jamais être discutés sur une application de messagerie non classifiée […] Appelons cela par son nom : une faille de sécurité”, a-t-il dénoncé sur X.
War plans should never be discussed on an unclassified text app — and our top intelligence officials can’t agree on whether the information being discussed was classified or not. It’s unacceptable.
Let’s call this what it was: a breach of security. pic.twitter.com/z0b9FRmuzY
— Senator Angus King (@SenAngusKing) March 25, 2025
Mike Waltz assume son “erreur”
Donald Trump a toutefois tenu à défendre son conseiller à la sécurité nationale, Mike Waltz, assurant qu’il “fait de son mieux” et que “c’est un homme très bien”, jugeant, pendant un échange avec la presse à la Maison-Blanche, que ce dernier n’avait pas à s’excuser. Le républicain de 78 ans a seulement concédé que son conseiller allait “probablement” s’abstenir “dans l’immédiat” d’utiliser à nouveau la messagerie privée Signal, au cœur de cette affaire.
Dans la soirée, le président a ajouté lors d’une interview sur la chaîne Newsmax que c’était peut-être “quelqu’un qui travaille pour Mike Waltz” qui avait le numéro de Jeffrey Goldberg et serait responsable de son ajout dans la boucle Signal.
Interviewé de son côté sur Fox News, le conseiller à la sécurité nationale de Donald Trump a dit assumer son “entière responsabilité” après cette “erreur”. “On a les meilleures équipes techniques qui essaient de comprendre comment cela a pu se produire”, a ajouté Mike Waltz, suggérant qu’il avait pu avoir le numéro du journaliste enregistré sur son téléphone en pensant que c’était celui de quelqu’un d’autre. “Je ne connais pas ce type, je ne le connais que de réputation, et elle est horrible […] mais je ne lui écris pas”, a-t-il insisté.
Le sénateur démocrate Mark Warner a fustigé “l’attitude négligente, imprudente, incompétente” des lieutenants du président républicain. “Le manque de volonté des individus de ce panel qui étaient dans la discussion de même s’excuser ou de reconnaître à quel point c’est un foirage monumental, en dit beaucoup”, a-t-il conclu.
De nombreuses figures médiatiques pro-Trump ont par ailleurs elles aussi minimisé l’importance de l’affaire, voire s’en sont moquées, comme le souligne CNN, Elon Musk faisant des blagues sur X à ce sujet. Lundi soir, sur Fox News, le commentateur Sean Hannity s’est agacé d’une prétendue “hystérie médiatique”, tandis que, rapporte CNN, le commentateur et présentateur Jesse Watters a déclaré dans son émission, “Nous avons tous déjà envoyé un texto à la mauvaise personne”. Mardi matin, l’animatrice invitée Kayleigh McEnany a aussi déclaré qu’il s’agissait d’une “erreur manifeste”, avant d’affirmer que Jeffrey Goldberg n’était “pas un journaliste crédible”, alors même que l’administration Trump elle-même avait déjà confirmé l’authenticité des messages. L’article de Jeffrey Goldberg, quant à lui, est selon la chaîne américaine l’article le plus lu sur le site de The Atlantic.
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