* . * . * .

Florentin Letissier, candidat pour diriger EELV : “Il faut prendre nos distances avec LFI”


La patronne des écologistes Marine Tondelier demeure une fidèle partisane du Nouveau Front populaire ? Son concurrent Florentin Letissier pense l’inverse. “Tout le monde voit que le NFP ne fonctionne plus”, clame celui qui fait figure d’ovni chez les Verts. Candidat du courant “Faire Gagner l’Écologie” – l’aile “réalo” inspirée des “Grünen” allemands – l’adjoint à la mairie de Paris prône l’union à bâbord sans les Insoumis. “Jean-Luc Mélenchon est devenu un boulet au pied de la gauche, qui la condamne à rester minoritaire”, dit-il à L’Express.

L’Express : Quel bilan dressez-vous du mandat de Marine Tondelier à la tête des Écologistes ?

Florentin Letissier : La première partie du mandat a été marquée par l’affaiblissement de notre formation politique, conclut par le score catastrophique aux élections européennes. Le second temps est plus réussi : Marine Tondelier a joué un rôle fondamental dans la création du Nouveau Front populaire. Mais force est de constater que le mouvement n’a pas progressé depuis 2010, quand j’y ai adhéré, et compte toujours moins de 20 000 adhérents – bien loin des 120 000 revendiqués par les Verts allemands par exemple.

Cette stagnation est liée à notre incapacité à nous positionner en tant que parti de gouvernement. Face à la crise géopolitique et climatique, nous devons porter des solutions ambitieuses. Sur le régalien, nous devons être solides. En ce moment est débattue à l’Assemblée une loi contre le narcotrafic, qui gangrène nos villes. Il faut donc parvenir à parler de sécurité, avoir un discours fort sur le répressif autant que le préventif pour démanteler les réseaux. Aujourd’hui, dans les sondages, nous ne sommes pas perçus comme un parti capable d’exercer les plus hautes responsabilités au plan national. Nous devons être crédibles sur tous les sujets.

Marine Tondelier et la direction écolo ne portent donc pas un discours crédible ?

Les gens ne savent plus ce que l’on pense ! À force de jouer les traits d’union, nous nous sommes effacés derrière La France insoumise et le Parti socialiste. Pour jouer les premiers rôles, il faut clarifier notre ligne politique puis réfléchir à l’union des gauches, pas le contraire. Tout le monde voit d’ailleurs que le NFP ne fonctionne plus. Si je suis élu secrétaire national, mon premier chantier sera celui du projet, l’affirmation de sujets non négociables… qui risquent de redessiner le périmètre des alliances à gauche. Par exemple, nous sommes profondément attachés à la construction européenne : le désengagement des États-Unis en Ukraine est une fenêtre historique pour concrétiser l’Europe de la Défense. Il est donc inconcevable de faire alliance avec des mouvements politiques qui ne sont pas en faveur de l’Union Européenne.

Lesquels ?

Il faut prendre nos distances avec La France insoumise au plan national. Ils brutalisent à outrance les débats, y compris avec leurs alliés. Souvenez-vous au moment du débat sur le budget 2025 quand l’ensemble des formations de gauche sont venues négocier de façon républicaine avec le ministre Lombard, et que Jean-Luc Mélenchon a qualifiées les négociations de “ridicules de servilité”… Par ailleurs, le fossé s’est creusé avec la direction de LFI sur des sujets géopolitiques et républicains. Jadis premier défenseur de l’universalisme, son leader est aujourd’hui perçu comme un repoussoir en la matière. L’épisode de l’affiche de Cyril Hanouna en est l’illustration récente. Les Insoumis ne sont pas antisémites, mais ils manquent franchement de clarté sur le sujet. Jean-Luc Mélenchon est devenu un boulet au pied de la gauche, qui la condamne à rester minoritaire.

En cas de législatives anticipées, Florentin Letissier secrétaire national des Écologistes ne scellera donc pas d’accord avec les Insoumis ?

Nous devrons être en capacité de mettre sur la table nos lignes rouges, et définir le périmètre de l’union en fonction de ces dernières. Il est notamment impossible pour moi de prôner l’union avec un parti qui défend faiblement l’Ukraine, et refuse notamment de saisir les avoirs russes pour financer la résistance ukrainienne. Si d’ici-là les Insoumis changent d’opinion – j’en doute – ils seront les bienvenus…

La proposition est audacieuse, tant vos électorats respectifs sont – en partie – poreux et tant les députés écolos ont, l’été dernier, bénéficié du NFP…

Peut-être, mais on ne fait pas alliance pour sauver des postes. On fait alliance pour défendre une ligne politique claire, qui puisse devenir majoritaire. Si l’on regarde du côté de l’opinion publique, la dynamique pouvant nous permettre d’élargir le socle électoral de la gauche et des écologistes est du côté de ce que je défends.

Les candidats aux prochaines municipales ont donc tort d’entamer des pourparlers avec LFI ? Certains, comme à Montpellier, envisagent de s’allier aux Insoumis dès le premier tour pour faire tomber des mairies socialistes.

Je me garderais de donner des consignes depuis Paris car chez les Ecologistes, le principe de subsidiarité prédomine pour les municipales. Mais si l’on me demande mon opinion personnelle, je ne m’engagerai pas dans ce type d’alliance. Nous avons un certain nombre de mairies écologistes où nous avons des socialistes dans la majorité municipale. Choisir l’autonomie écolo au premier tour là où c’est pertinent est une bonne chose. Mais les alliances de premier tour avec LFI qui obèrent la possibilité d’un large rassemblement gagnant de la gauche au second me semblent une mauvaise idée. Il faut faire attention à ne pas faire d’un côté ce que nous n’aimerions pas que l’on nous fasse en retour…

Pour 2027, faut-il deux candidatures à gauche ?

Oui car les Insoumis prennent la responsabilité de la désunion, en préparant une candidature coûte que coûte. Une candidature commune doit également se construire sur un socle programmatique clair, et départager les prétendants par une primaire. Il y a un périmètre à travailler, de François Ruffin à Raphaël Glucksmann, où les Ecologistes doivent jouer un rôle majeur.




Source

.. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ***. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . $ $ $ $ $ $ $ $ $ $ $ $ $ $ $ $ $ $ $ $ - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - . . . . .