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La famille Arnault va-t-elle sauver le foot français ? Les dessous d’une arrivée tonitruante


Derrière les exploits insolents du PSG, le football français meurt à petit feu. Il n’y a pas que la violence dans les stades, les débordements des entraîneurs, les batailles de chiffonniers des présidents de clubs. L’incendie est aussi financier. Et il ronge le système depuis des années. Dazn, le diffuseur des matchs, menace de ne plus verser à la Ligue de football professionnel (LFP) les millions promis. Et de moins en moins d’amateurs paient pour le championnat. Les pertes cumulées des clubs de Ligue 1 et de ligue 2 atteindraient 1,2 milliard d’euros en fin de saison, d’après les estimations de Jean-Marc Mickeler, le président de la DNCG, le gendarme de la gestion des clubs. Astronomique. Plusieurs clubs cherchent d’urgence un repreneur, sous peine de banqueroute. Pour survivre, le football français va devoir faire le deuil d’un certain train de vie. “Les clubs doivent prendre leurs responsabilités et accepter quelques années plus austères, tout en revoyant de fond en comble leur modèle et leur gouvernance”, cadre Marie Barsacq, la ministre des Sports, auprès de L’Express. Qui a tué le football français ? Les suspects sont nombreux et l’avenir incertain.

EPISODE 1 – Les guerres secrètes du foot français : la “croisade” de Vincent Bolloré, l’erreur d’Emmanuel Macron

EPISODE 2 – Le crash du foot français, entre complot et milliard envolé : “Sans le PSG, on est la Roumanie”

Chapitre 7 – La famille Arnault, chevalier blanc du foot tricolore

Les jours de match, le samedi après-midi, un parfum de glamour flotte sur les tribunes du stade Charléty, dans le sud de la capitale. Un discret changement depuis que la famille Arnault a pris le contrôle en novembre 2024 du Paris FC, un club de Ligue 2, propriété jusqu’alors de l’homme d’affaires Pierre Ferracci. On y croise Antoine, le fils aîné de Bernard, le propriétaire de LVMH, venu avec femme et enfants. Parfois, ses deux frères, Frédéric et Antoine sont de la partie, accompagnés de Xavier Niel, le compagnon de Delphine, la fille du milliardaire.

Les Arnault et le foot ? Le mariage du groupe de luxe avec le sport le plus populaire de la planète semble incongru. Avec le Paris FC, rien n’a fuité pendant des mois. Officiellement, c’est une aventure purement familiale. Antoine l’aurait proposé à ses frères et sœur avec l’objectif de construire ensemble autre chose que des projets d’acquisitions dans le luxe ou le vin. En coulisses, certains y voient aussi la volonté de la famille de “refranciser” le foot français : 60 % des clubs appartiennent déjà à des propriétaires étrangers.

Fin 2023, Pierre Ferracci se décide à céder le club qu’il pilote depuis des années. Mais le patron a posé ses conditions. Des acheteurs étrangers, pourquoi pas. Mais pas question de toper avec un fonds d’investissement. Deux acheteurs potentiels toquent à la porte du patron : un Américain et un Italien déjà propriétaires de l’Atalanta Bergame. Parallèlement, Antoine Arnault, lui, a mandaté deux limiers de la banque Rothschild afin de lui proposer des dossiers. Celui du club de Bordeaux arrive sur son bureau. Pourquoi pas, cela résonnerait avec le grand cru bordelais Cheval Blanc. Puis, c‘est Reims et le clin d’œil possible avec les grandes maisons de champagne de LVMH. Le dossier du Paris FC rebat les cartes. Impossible de passer à côté de ce petit club au logo bleu marine sur lequel apparaît une tour Eiffel stylisée. Lors d’un Grand Prix de formule 1, Frédéric Arnault, le PDG de la division montres du groupe, dont la marque TAG Heuer est l’une des pépites, pousse le dossier auprès de son partenaire Red Bull. Le groupe autrichien de boissons énergisantes mord à l’hameçon. Il est déjà propriétaire de deux clubs, ceux de Salzbourg et de Leipzig, et cela fait des mois qu’il lorgne le marché français.

Début avril 2024, les Arnault imposent deux conditions à Ferracci : être majoritaires et partir dans l’aventure avec Red Bull. Banco, l’affaire est définitivement signée fin novembre 2024. Agache Sport, la filiale de la holding personnelle des Arnault, prend 52,4 % du club, le groupe autrichien près de 11 %. D’après nos informations, le club serait valorisé près de 50 millions d’euros. Les Arnault auraient donc déboursé près de 25 millions d’euros pour mettre un pied dans le foot français. Avec pour objectif de monter à 85 % du capital du club d’ici trois ans.

Leur ambition ? “Monter en Ligue 1, y rester et grimper marche après marche”, résume un proche de la famille. Michel Denisot, l’ancien président du PSG, est arrivé au conseil d’administration du Paris FC. Et dès la saison prochaine, les crampons des joueurs vont labourer la pelouse du stade Jean-Bouin, juste en face du parc des Princes. L’avant-goût d’une future confrontation entre les deux clubs parisiens ? Toutes les grandes villes européennes, Londres, Milan, Madrid ou Barcelone, abritent plusieurs clubs. Reste à savoir si l’arrivée des Arnault va servir de modèle à d’autres actionnaires français aux poches profondes. Laurent Lairy, le président de Laval, rêve de voir la famille Besnier, propriétaire de Lactalis, monter au capital. Certains poussent les Saadé à s’investir davantage à l’Olympique de Marseille. Hasard ou pas, François Pinault, le fondateur de Kering, a massivement réinvesti ces derniers mois dans le club de Rennes dont il est propriétaire. Une autre façon de relancer la bataille entre les deux tycoons du luxe hexagonal.

Chapitre 8 – Et maintenant…

Un abonnement au football français pour tout achat d’un Big Mac. La dernière offre de Dazn, en partenariat avec McDonald’s, est spectaculaire. Depuis le 17 mars, pour la commande d’un menu Golden sur Internet, un pass pour suivre la Ligue 1 jusqu’à la fin de la saison est offert. Le diffuseur manque de rentrées, son point d’équilibre est à 1,5 million d’abonnés, il en compte trois fois moins.

Le dialogue avec la LFP s’est durci, plusieurs procédures judiciaires ont été lancées, notamment pour “tromperie sur la marchandise”. La plateforme pointe le piratage, une législation dépassée. Une proposition de loi des sénateurs Michel Savin et Laurent Lafon vise à déléguer prochainement aux diffuseurs le pouvoir de bloquer directement les canaux de diffusion illicite des matchs. Une clause de sortie existe dans le contrat entre Dazn et la LFP, à la fin de la saison 2025-2026. Son activation est une hypothèse sérieuse.

Les clubs n’ont jamais été aussi aux abois. BeIN n’a jamais versé les 20 millions d’euros du sponsoring, devant les refus de certains clubs d’afficher le Qatar dans leur stade. A Angers, le président Saïd Chabane a payé en retard 60 % des salaires en janvier. A Nantes, Waldemar Kita annonce en privé qu’il devra sortir 45 millions d’euros de sa poche en fin de saison. A Montpellier, Laurent Nicollin a passé un appel public aux repreneurs.

Qui pour les sauver ? CVC pourrait remettre au pot, mais les financiers exigent de choisir d’abord le nom du directeur général de LFP Media. Amélie Oudéa-Castéra a été approchée, mais les conflits d’intérêts avec sa précédente fonction de ministre l’empêchent de candidater. Stéphane Richard, l’ancien directeur général d’Orange, aurait donné son accord… seulement s’il n’évolue pas sous la direction de Vincent Labrune. Faute de consensus, les financiers se seraient tournés vers un autre profil, un professionnel des médias et du sports.

Devant les vaches maigres annoncées, deux stratégies s’opposent. Il y a le plan Labrune. Il rêve que la Ligue 1 attire davantage de milliardaires comme la famille Arnault. Les liquidités injectées permettront d’obtenir des résultats sur le continent et même de concurrencer le PSG, donc de relancer le suspense. Face à ce projet axé sur les “locomotives”, une petite musique se fait entendre, portée par des présidents “à l’ancienne”. Celle d’une plus grande équité, à l’anglaise, où la répartition des droits TV se fait selon une échelle de 1 à 3 entre les premiers et les derniers, contre 1 à 9 en France.

“Je fais partie des derniers des Mohicans. Bon nombre d’entre nous ont lâché l’affaire. Je me fais le porte-parole d’un football sain, qui n’oublie pas la genèse des clubs, qui est de donner une bonne image de notre territoire”, avance Laurent Lairy, le président de Laval. A Strasbourg, les supporters poursuivent depuis le début de saison une grève des applaudissements jusqu’à la 15e minute, pour protester contre le rachat par BlueCo, un fonds d’investissement américain. Sur le terrain, l’équipe alsacienne est septième, à quatre points de la Ligue des champions. Une de ses meilleures saisons depuis quarante ans. Les paradoxes du foot moderne.




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