Ce fut une soirée inoubliable, j’irais même jusqu’à dire historique. Toutes ces stars françaises, et l’étrangère Roberts, la fraîcheur inaltérable de l’éternellement neuve Catherine Dorléac. Mais surtout l’ambiance alcoolisée après deux heures passées au Fouquet’s à noyer son trac – « Est-ce que je vais l’avoir, ce putain de césar » – ou ses rancœurs – « Regarde-moi ces connards qui m’ont pas nommé ». Soirée d’emblée rassurante quand on a compris, avec la présentation de Jean-Pascal Zadi, que la grand-messe du cinéma national pouvait être animée par un acteur noir des cités. Est-ce que c’est parce qu’il était là qu’il n’était pas drôle, ou parce qu’il n’était pas drôle qu’il était là ? A contrario, ça gênait un peu de trouver le « mâle alpha » du cinéma franchouillard devenir l’exclu, le minoritaire visible de la corpo, jusqu’à ce que, dans le rôle tragique du loser suppliant : « Je signale à l’Académie que j’ai joué dans des comédies qui n’étaient pas drôles », Franck Dubosc manque de nous faire mourir de rire.
Le clou de la soirée était ailleurs. Car pour ne rien vous cacher, je goûte aussi peu cette fête du cinéma que celle du théâtre. Et pour tout vous dire, les fêtes de quoi que ce soit m’insupportent depuis toujours, je trouve presque chaque fois une bonne excuse pour les éviter. L’ennui est une torture. Rester au lit pendant la Fête de la musique, aller au cinéma le soir de la remise des césars, c’est ma règle.
Il arrive pourtant que je me retrouve coincé. Soit parce que Dora me demande de lui masser-caresser le pied pendant qu’elle kiffe Scarlett Johansson avec Tarantino, ce qui me permet, quel soulagement, de tourner le dos à l’écran. Soit, comme ce fut le cas cette année, parce que ma nièce y concourait pour le césar du meilleur court-métrage documentaire, le strapontin de la soirée. C’est elle, ma nièce, qui m’a dit qu’ils allaient d’abord s’alcooliser au Fouquet’s. Mais pas fichue de me dire à quelle heure, forcément tardive, elle allait passer et peut-être monter sur scène pour recevoir son trophée.
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Allais-je devoir, pour de basses raisons familiales, supporter le défilé des congratulations lénifiantes et des remerciements chevrotants ? Eh bien non, quand c’est insupportable, je ne supporte pas.
Assis à mon bureau, devant mon écran d’ordinateur, et sachant Volodymyr Zelensky en plein tournage de la dernière saison de sa série autobiographique intitulée Poutine m’a tuer, j’ai cliqué sur l’onglet BFMTV.
Je suis tombé au milieu de ce qui devait déjà être le centième passage de la séquence que vous connaissez. J’ai mis un certain temps à réaliser ce qui se passait :
– Vous pensez que si vous parlez très fort vous allez…
– Il ne parle pas fort. Votre pays est en grande difficulté.
– Je peux parler ?
– Non non, vous avez beaucoup parlé. Votre pays est en grande difficulté.
– Je sais !
– Vous ne gagnez pas. Vous avez une sacrée bonne chance de pouvoir vous en sortir, grâce à nous !
Je crois que j’ai eu peur, ou alors c’était un sentiment d’humiliation, une tristesse profonde, tout ça à la fois. Une suffocation. Jusqu’à ce que la colère remette en marche ma respiration. Je n’ai pas besoin de vous dire que la surannée bamboula ne faisait pas le poids, médiatiquement parlant, à côté des chefs d’Etat en train de se crêper le chignon dans le bureau Ovale. Ça relativisait la déception de ma nièce qui n’était pas si profonde : « J’ai vu comment ça marchait. » N’empêche que le manque de réactivité de Canal + est consternant. Comment n’ont-ils pas profité de ce « grand moment de télé » pour lancer avec la Maison-Blanche le plus sensationnel duplex de l’histoire de la Soirée des Césars !
Source link : https://www.lexpress.fr/culture/cinema/donald-trump-volodymyr-zelensky-et-les-cesars-le-duplex-qui-aurait-tout-change-QPROXFJOFFHOFL76ZLQRK4YH6U/
Author : Christophe Donner
Publish date : 2025-03-03 17:30:00
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