Les manuels scolaires ont retenu le mardi 29 octobre 1929 comme point de départ de la Grande Dépression. Une récession XXL, partie des Etats-Unis et amplifiée par la guerre commerciale consécutive à la loi Hawley-Smoot du 17 juin 1930, qui a instauré des surtaxes douanières sur plus de 20 000 marchandises fabriquées dans le monde entier. Ironie de l’histoire, c’est la salve de surtaxes douanières annoncées le 2 avril, baptisé « Liberation Day » par Donald Trump, qui a provoqué le séisme boursier des derniers jours.
Depuis mercredi, toutes les bourses mondiales ont dévissé, atteignant souvent leur pire niveau depuis le début de la pandémie au printemps 2020 : – 7,9 % en trois jours pour le CAC40 à Paris, – 8,3 % pour le Dax 30 allemand, ou encore – 5,3 % pour le Nikkei japonais. Outre-Atlantique, plus de 1 000 milliards de dollars de capitalisation boursière se sont envolés sur l’indice Nasdaq 100 qui regroupe les plus belles entreprises de la tech américaine. La valorisation d’Apple a fondu de plus de 311 milliards de dollars, celle de Nvidia, le fabricant de puces, de 210 milliards tandis qu’Amazon maigrissait de 187 milliards.
La Bourse américaine, qui a plébiscité l’arrivée du roi Trump à la Maison-Blanche à l’automne dernier, peut-elle le défaire aujourd’hui ? La question est loin d’être anodine tant les yo-yo des marchés actions rythment la vie économique et même sociale aux Etats-Unis. Près de 25 millions d’Américains possèdent un compte sur la plateforme de trading en temps réel Robinhood. Et la plupart des ménages scrutent quotidiennement l’évolution de leurs avoirs, placés dans des fonds de pension, qui constitueront l’essentiel de leur retraite. Des effets de richesse non négligeables sur le moteur essentiel de la locomotive américaine : la consommation des ménages.
En 2019, trois économistes – Gabriel Chodorow-Reich de l’Université Harvard, Alp Simsek, du Massachusetts Institute of Technology, et Plamen Nenov de la BI Norwegian Business School – ont estimé qu’un dollar de richesse supplémentaire augmentait les dépenses de consommation d’un peu plus de trois cents dans l’année qui suivait. La société de services financiers, Visa, estime, elle, que cet effet de richesse serait en réalité bien plus élevé, proche de 24 cents en 2024 ! Un impact bien plus élevé outre-Atlantique qu’en Europe, notamment.
Le spectre de la récession
L’équipe Trump l’a-t-elle réellement sous-estimé avant de lancer son offensive protectionniste ? Le 16 mars dernier, le secrétaire d’Etat au Trésor, Scott Bessent, pourtant un vieux loup de Wall Street, expliquait sereinement : « Je peux vous dire que les corrections sont saines, elles sont normales ». Hier encore, il banalisait l’effondrement de la Bourse, affirmant que la dégringolade était surtout concentrée sur les valeurs technologiques et les fameux « Sept Magnifiques ».
Les plus optimistes diront que l’envolée des valeurs boursières ces dernières années compense en grande partie le coup de mou de ces derniers jours. Ainsi, d’après les calculs de l’économiste Philippe Crevel, le président du Cercle de l’épargne, la valeur du patrimoine boursier des ménages américains a explosé ces six dernières années, avec un bond de 128 %. Au total, ces avoirs représentent désormais 1,7 fois le revenu disponible des ménages, soit plus du double de la moyenne historique et proche du niveau le plus élevé depuis 1947, décortique cet expert. Il y aurait donc de la marge !
D’autant que le patrimoine boursier est très concentré. Ainsi, toujours d’après Philippe Crevel, les 20 % des ménages les plus riches détiendraient environ 80 % des actions et des parts de fonds communs de placement, contre seulement 57 % du patrimoine immobilier. L’électorat populaire de Trump serait donc moins touché par cette débâcle boursière. L’effet sur la croissance pourrait se révéler, en bout de course, plus limité que redouté. A un grand bémol près : ce sont les achats de ces 20 % les plus fortunés qui ont représenté la quasi-totalité de la croissance des dépenses de consommation aux Etats-Unis l’an passé. « S’ils arrêtent de consommer en raison de pertes en bourse trop importantes, la croissance risque de caler », conclut l’économiste.
Si l’on ajoute l’effet négatif du dérapage probable de l’inflation sur le pouvoir d’achat des ménages, quel que soit leur niveau de revenu, la récession pourrait bien frapper à la porte de l’Amérique en 2025. Métamorphosant Trump en pompier pyromane de son propre royaume.
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Author : Béatrice Mathieu
Publish date : 2025-04-04 17:01:00
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