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    Un week-end à Londres : Constable et Turner, l’eau et le feu à la Tate Britain

    IntelliNewsBy IntelliNewsjanvier 4, 2026Aucun commentaire4 Mins Read
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    A l’été 1831, l’association de deux tableaux sur les cimaises de la Royal Academy de Londres faisait le buzz. D’un côté, était accroché Caligula’s Palace and Bridge de Turner. De l’autre, Salisbury Cathedral from the Meadows signé Constable. Il n’en a pas fallu davantage pour susciter un raz-de-marée comparatif entre la chaleur du soleil italien restituée par le premier et l’humidité nuageuse de la Grande-Bretagne rendue par le second. « Le feu et l’eau » : c’est ainsi qu’un critique résuma alors le contraste saisissant entre les deux géants de la peinture de paysage, un registre auquel ils ont, par des approches radicalement différentes, donné un souffle novateur.

    Aujourd’hui, à l’occasion du 250e anniversaire de leur naissance, une exposition événement à la Tate Britain décrypte leurs approches concurrentes et met en lumière les rouages de leur rivalité. 170 œuvres sont ainsi réunies, dont certaines n’avaient pas été montrées au public d’outre-Manche depuis plusieurs décennies, la plus notable, The Burning of the Houses of Lords and Commons (Turner, 1835), prêté par le Cleveland Museum of Art, retrouvant le sol britannique après un siècle d’exil.

    Rien pourtant ne prédisposait les deux artistes à partager le haut de l’affiche, tant leurs origines et leurs trajectoires divergent. Né en 1775, J.M.W. Turner grandit dans le salon de coiffure paternel à Covent Garden, au cœur du quartier commercial de la métropole londonienne. Fils d’un exploitant agricole prospère, qui fait figure de châtelain local, John Constable voit le jour un an plus tard dans un village du Suffolk. Leurs débuts en tant que peintres ne sont pas plus accordés : tandis que l’autodidacte Constable se cherche encore et n’exposera à la Royal Academy qu’à partir de 1802, son contemporain est déjà, à peine sorti de l’adolescence, considéré comme une star montante, qui lui vaudra d’être nommé académicien à seulement 27 ans. Un point les réunit cependant : ils choisissent de se consacrer au paysage et de faire évoluer le genre, puisant dans la nature toutes les ressources d’inspiration qu’elle peut offrir.

    John Constable, « Dedham Vale », 1828.

    Tardivement acquise, si on la met en regard avec l’ascension fulgurante de son pair, la notoriété de Constable repose sur l’interprétation des paysages de son enfance passée dans le Suffolk : les vues de Deham Vale et de l’estuaire Stour, qu’il peint à l’envi, les études complexes de nuages, qui reflètent son goût pour les grandes compositions célestes, récurrentes dans son corpus. Il en est convaincu : de l’observation du ciel naît la puissance émotionnelle. Turner, lui, a la bougeotte. Il trimbale sa boîte de couleurs à travers la Grande-Bretagne et l’Europe, remplit ses carnets d’études rapidement esquissées au crayon ou à la plume, avant de créer ses compositions, auxquelles il confère une luminosité audacieuse, grâce aux techniques qu’il développe, comme celle de la décolorisation par grattage.

    Dès la fin des années 1820, ces approches divergentes poussent les critiques à opposer les deux artistes présentés comme des rivaux. En 1829, un chroniqueur souligne qu’il ne peut y avoir de « plus fort contraste » qu’entre ces deux-là. Les intéressés n’hésitent d’ailleurs pas à en jouer : Constable accroche son tableau au côté de celui de Turner, lors de la fameuse confrontation de 1831 et Turner ajoute, l’année suivante, une touche de rouge à son paysage marin Helvoetsluys pour intensifier la concurrence. Ainsi, cette « rivalité », créée de toutes pièces par des chroniqueurs en quête de sensationnalisme, a-t-elle finalement impulsé une dynamique audacieuse à la quête picturale des deux maîtres. Jusqu’à annoncer l’impressionnisme et l’art moderne, et à faire de leurs chefs-d’œuvre des pièces inégalées de l’histoire de l’art britannique.

    Turner and Constable. Rivals and originals. A la Tate Britain, Londres, Royaume Uni, jusqu’au 12 avril 2026.



    Source link : https://www.lexpress.fr/culture/art/un-week-end-a-londres-constable-et-turner-leau-et-le-feu-a-la-tate-britain-CY6Q67NM7REPPKLVYMEUM3CNUQ/

    Author : Letizia Dannery

    Publish date : 2026-01-03 08:30:00

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