On dirait du Bardella, c’est du Attal. « Cela ressemble à du plagiat, mais il n’y a pas de marque déposée », rigole-t-on dans l’entourage du président du Rassemblement national. Le lancement d’un livre reste un élément de stratégie politique majeur et l’ancien Premier ministre, qui voulait publier En homme libre (Editions de l’Observatoire) avant d’être officiellement candidat à l’Elysée, est en passe de le prouver. Des vidéos montrant des files d’attente aux séances de dédicace qui rappellent celles du leader du RN, une série de déplacements longue comme le bras (la fameuse librairie Lamartine dans le 16e arrondissement de Paris pour le premier jour, puis Biarritz, Lyon mardi soir, Deauville pendant le week-end du 1er mai, Bordeaux, Aix, Paris de nouveau, Strasbourg, Lille) et un démarrage réussi en termes de ventes : selon GFK, 3 576 lors de la première semaine écourtée, alors que Bruno Le Maire avec Le temps d’une décision paru le même jour chez Gallimard, compte 1 126 exemplaires écoulés – l’ancien ministre de l’Economie pourra se consoler en se disant que lui a trouvé un style. « Le chiffre clef, c’est celui de la deuxième semaine, pour voir la réalité au-delà de l’appel d’air », prévient un éditeur.
Dans le milieu politique, le phénomène Bardella a marqué les esprits. En 2024, il publie Ce que je cherche (Fayard) ; en 2025, Ce que veulent les Français. Le premier ouvrage se vendra à quelque 230 000 exemplaires, un rouleau compresseur s’appuyant sur la base militante. Au moment du second, Marine Le Pen a des doutes, qui confie au jeune auteur : « C’est très bien, mais ça n’intéressera pas, tu ne parles pas de toi. » Erreur : ses portraits intéresseront moins, mais attireront néanmoins 120 000 lecteurs. Le président du RN se rend dans les grandes villes pour son premier tour de France éditorial, dans des villes de moindre taille pour le second. La foule dans la commune bretonne de Saint-Malo, a priori peu réceptive – plus de 1 000 personnes un dimanche – impressionne jusqu’aux responsables du bloc central. Si, le 7 juillet, Jordan Bardella devenait le candidat du RN à la place de Marine Le Pen, il pourrait y avoir en librairie un épisode 3.
Il fut un temps – que même les moins de 60 ans n’ont pas connu, c’est dire – où l’écriture était une école de la patience. En mai 1964, de Gaulle est déjà de Gaulle, Mitterrand pas encore Mitterrand, il n’est pas le chef de l’opposition, simplement un adversaire de gauche parmi tant d’autres. La parution du Coup d’Etat permanent modifie le cours des choses et mettra l’homme de Jarnac en situation de succéder au général… vingt-sept ans plus tard ! Le livre connaîtra ensuite plusieurs vies. Aujourd’hui, l’éditeur historique Plon ne dispose plus des chiffres de vente de l’ouvrage parce qu’il ne dispose plus des droits. Epuisé l’année suivante, quand se déroule la première élection présidentielle au suffrage universel, dont le second tour oppose de Gaulle à Mitterrand, Le Coup d’Etat permanent est réédité en livre de poche chez 10/18. Mitterrand à l’Elysée, il est réimprimé par les éditions Julliard puis chez 10/18 une deuxième fois, enfin par Les Belles Lettres en 2010.
De Jacques Chirac, qui écrit dans le plus grand secret La France pour tous pour le publier à l’aube de sa campagne victorieuse de 1995 à Nicolas Sarkozy, dont les 332 pages de Libre, paru le 23 janvier 2001 et destiné à l’imposer à Matignon l’année suivante, deviendront un modèle pour beaucoup, jusqu’à Gabriel Attal qui en reprend même le mot.
En 2016, Emmanuel Macron est un homme pressé. Il publie Révolution une semaine après sa déclaration officielle de candidature à Bobigny et une semaine avant son meeting de la porte de Versailles. L’ouvrage, qui se vend à 70 000 exemplaires en l’espace d’un mois et demi, contribue à son ascension. Corinne Lhaïk dans Président cambrioleur (Fayard) raconte que certains interlocuteurs du candidat, au premier rang desquels l’avocat et écrivain académicien François Sureau, lui conseillent d’éditer le livre chez la prestigieuse maison Gallimard. Le futur président, lui, préférera la maison d’édition XO, plus jeune, plus populaire, et spécialiste des best-sellers.
La présidentielle 2027 n’échappe pas à la règle et autorise toutes les audaces. « Un jour, ma fille m’a dit : puisque par pudeur tu n’arrives jamais à parler de toi aux Français, alors écris un livre » : Nicolas Dupont-Aignan s’y essaie donc, avec 2027, la liberté ou la mort dont les premières ventes sont très poussives. L’année dernière, Edouard Philippe avec Le Prix de nos mensonges avait distancé Michel Barnier et son Ce que j’ai appris de vous – les deux livres étaient parus en même temps. Depuis, Xavier Bertrand et Marine Tondelier ont coché la case, avec Rien n’est jamais écrit et Demain si tout va bien.
Le 28 mai, ce sera au tour de Raphaël Glucksmann de publier un « récit » – il sait que s’il se contente de proposer des mesures, les lecteurs détourneront le regard – pour tenter de répondre à une question : est-ce que la France a encore envie d’un destin libre souverain dans une Europe souveraine ? Par les temps qui courent, qui dit Glucksmann dit Hollande : l’ancien président prépare un nouveau livre pour septembre, indiquait Le Parisien le 10 avril. Bruno Retailleau a aussi pris la plume et devrait être prêt pour la rentrée, Sarah Knafo est annoncée chez Fayard pour septembre selon le JDD.
Lui a sa technique, éprouvée avant la présidentielle de 2017 comme de 2022 : publier son programme pour seulement trois euros. Les deux fois, Jean-Luc Mélenchon avait explosé les compteurs, entre 150 000 et 250 000 ventes. L’insoumis se montrera-t-il conservateur en 2027 ?
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Author : Eric Mandonnet
Publish date : 2026-04-29 15:21:00
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