L’Estonie fait barrage aux soldats russes. Même après la fin de la guerre en Ukraine, Tallinn entend leur fermer durablement la porte. D’après le ministère estonien des Affaires étrangères, environ 1 300 militaires russes ayant pris part au conflit auraient déjà été empêchés d’entrer sur le territoire du pays depuis le début de l’année. L’Estonie définit les anciens combattants au sens large, englobant toute personne impliquée dans l’effort de guerre russe, des troupes régulières aux forces supplétives comme le groupe de mercenaires Wagner. Pays frontalier de Moscou, cet Etat balte est aussi l’un des soutiens les plus actifs de Kiev. Rapporté à la richesse nationale, il s’agit du deuxième plus fort engagement parmi les pays donateurs, derrière le Danemark.
Au-delà de ses propres frontières, le gouvernement va plus loin encore. Pour le Premier ministre Kristen Michal, ces soldats ayant participé à l’invasion à grande échelle de l’Ukraine devraient être exclus à vie de l’espace Schengen, a-t-il affirmé dans un entretien à Euronews. Il pousse désormais Bruxelles à bannir les anciens soldats russes de l’Union européenne, bien après la fin des combats, et à inscrire cette interdiction dans une règle commune.
Selon Tallinn, la montée en puissance de la mobilisation russe pour soutenir son offensive et compenser ses pertes fait peser un risque durable : celui de voir, même après la guerre, d’anciens combattants susceptibles de représenter une menace pour la sécurité de l’UE. « On ne peut pas permettre à ces individus qui commettent des crimes, qui violent des femmes, qui tuent des enfants et des civils sur le champ de bataille, de venir en Europe (…) Il ne s’agit pas de la question de l’Estonie, il s’agit de la sécurité européenne », a renchéri le ministre estonien de la Défense, Hanno Pevkur, à Politico.
Une initiative soutenue par « de nombreux Etats membres »
L’Estonie a donc mis cette proposition sur la table pour la première fois en janvier, lors d’une réunion des ministres des Affaires étrangères de l’UE. L’idée d’une interdiction large suscite toutefois des réticences, plusieurs États membres estimant qu’elle pourrait aussi concerner des conscrits envoyés de force au front ou des déserteurs. Au moins 18 341 condamnations ont été prononcées par les tribunaux militaires russes pour des faits de désertion ou d’abandon de poste, selon le média indépendant russe The Insider.
« Avant de rejoindre l’armée russe, ils ont la possibilité de fuir », balaye Hanno Pevkur, ministre de la Défense estonien à Politico. Quoi qu’il en soit, ces réserves n’ont pas empêché le texte de recevoir le soutien de Kaja Kallas, haute représentante de l’UE pour les affaires étrangères et ancienne Première ministre estonienne, qui a évoqué dès janvier l’appui de « nombreux États membres ».
Fin mars, les dirigeants européens ont demandé à la Commission d’explorer les différentes options possibles. Kallas s’est, de son côté, engagée à présenter des propositions concrètes avant le sommet de juin. En parallèle, la Lituanie a confirmé qu’elle conserverait une liste noire, venant s’ajouter à des restrictions d’entrée déjà très strictes qui s’apparentent, dans les faits, à une quasi-interdiction pour les ressortissants russes. Et comment ça se passe au niveau européen ? Nos confrères d’Euronews expliquent qu’il appartient à chaque pays de l’UE de décider qui peut obtenir un visa d’entrée et à quelles conditions. La Commission définit des règles communes afin de garantir l’uniformité des pratiques, car une fois le visa délivré, son titulaire a le droit de circuler librement dans l’espace Schengen.
Si les autorités estoniennes sont si inquiètes, elles alertent également sur un risque de recrutement de ces anciens militaires par les services de sécurité russes, dans des opérations de sabotage ou d’espionnage sur le sol européen. « Je suis certain que Poutine les enverra vers l’Europe », déclarait en janvier le ministre estonien des Affaires étrangères, Margus Tsahkna, devant la presse, selon Politico. « Nous faisons déjà face à des attaques hybrides, mais imaginez des centaines de milliers d’anciens combattants, ces criminels, arrivant ici. » Et tant pis, aussi, pour les soldats russes mobilisés sous la contrainte, estimés à environ 300 000 hommes par plusieurs journalistes et experts indépendants.
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Author : Audrey Parmentier
Publish date : 2026-05-01 12:51:00
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