A Venise, il suffit parfois de traverser le Grand Canal pour changer d’époque. D’un côté, l’élégance patricienne du Palazzo Grassi ; de l’autre, la silhouette triangulaire de Punta della Dogana à la pointe de Dorsoduro. Deux lieux, un même destin : celui d’avoir été réinventés pour faire dialoguer l’histoire et l’art contemporain. Le premier, édifié au XVIIIe siècle pour la puissante famille Grassi, fut longtemps un symbole de richesse marchande. Avec sa façade blanche et régulière, il tranche dans le paysage gothique vénitien. D’abord acquis par le groupe Fiat en 1983, le site connaît une véritable renaissance au début du IIIe millénaire avec son rachat, en 2005, par l’homme d’affaire et collectionneur français François Pinault, puis sa transformation en centre d’art contemporain signée Tadao Ando. L’architecte japonais introduit béton lisse et lignes épurées dans une rénovation sobre, lumineuse, respectueuse des volumes d’origine. Le passé y reste lisible, mais le regard est résolument tourné vers le présent.
Quelques années plus tard, en 2009, Pinault étend son empreinte avec la réhabilitation de la Punta della Dogana, un ancien poste de contrôle pour les marchandises entrant dans la Sérénissime au Moyen Age, devenu bâtiment des douanes au XVIIe siècle. Là encore, Tadao Ando reconvertit l’espace brut en un lieu d’exposition spectaculaire, tout en en préservant les éléments historiques, comme la tour surmontée de la célèbre sphère dorée portée par la statue de la Fortune attribuée à Giuseppe Benoni. Entre ses murs de brique et ses structures industrielles, la lumière filtre différemment, presque méditative. L’endroit devient rapidement un contrepoint essentiel au Palazzo Grassi : moins palatial, plus expérimental.
Michael Armitage, « Untitled », 2024.
Au printemps 2026, les deux institutions confirment leur rôle central sur la scène artistique internationale. Chez Grassi, le Kenyan-Britannique Michael Armitage déploie une peinture vibrante, où mythologies africaines et réalités politiques contemporaines s’entrelacent, tandis que l’Indien Amar Kanwar déroule un parcours immersif d’installations documentaires autour de la violence et de la résistance. A la Punta della Dogana, la programmation se fait plus introspective, avec les œuvres de l’Américaine Lorna Simpson et du Brésilien Paulo Nazareth, tous deux explorant la mémoire, l’identité, la circulation des corps. Des thèmes de migration et de passage qui prennent une résonance particulière dans cet édifice fendant la lagune telle une proue.
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Author : Letizia Dannery
Publish date : 2026-05-02 08:30:00
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