Les ordres de grandeur sont bien différents, et pourtant, dans l’opinion publique américaine, flotte un parfum d’impopularité qui rappelle celui des années 1971 ou 2006. Certes, seuls 13 soldats américains sont morts en Iran depuis deux mois. Mais à en croire le dernier sondage Washington Post-ABC-Ipsos, la guerre en Iran est déjà aussi décriée que la guerre du Vietnam – 50 000 morts côté américain – sur sa fin dans les années 1970, ou que la guerre en Irak – 2 400 morts côté américain – à son pic en 2006.
En cause : la guerre pèse sur le pouvoir d’achat des Américains et amplifie leur sensation de vulnérabilité face à la menace terroriste, détaille le Washington Post. A tel point que 61 % d’entre eux analysent le recours à la force contre l’Iran comme « une erreur ». Et moins de deux Américains sur dix estiment que les actions des États-Unis en Iran ont été « couronnées de succès ».
Pouvoir d’achat et menace terroriste
Ces appréciations varient cependant selon l’affiliation politique. L’intervention militaire en Iran est ainsi jugée comme une erreur par 91 % des encartés au parti démocrate, contre seulement 19 % du côté des républicains. Preuve que malgré une large impopularité, le soutien reste élevé au sein de la droite américaine.
Autre enseignement de ce sondage : deux tiers des Américains ne croient pas qu’un accord empêchera l’Iran d’obtenir l’arme nucléaire. Mais partisans démocrates et républicains sont divisés sur le chemin à emprunter pour la suite. Les démocrates – et les indépendants – sont ainsi plus favorables à un accord, même s’il ne remplit pas tous les critères exigés par Washington, tandis que les républicains veulent majoritairement faire pression pour un « meilleur accord », même si cela implique de reprendre la guerre.
Guerre aussi impopulaire que le Vietnam ou l’Irak à leurs pics
Si ce sondage peut paraître banal, la comparaison avec les guerres d’Irak et du Vietnam montre qu’il reflète une moindre tolérance aux interventions étrangères au sein de l’opinion publique. Ainsi, si 61 % des Américains jugeaient la guerre au Vietnam comme une « erreur » en 1971 – une proportion qui s’élevait à 59 % en 2006 pour la guerre en Irak -, ces seuils d’impopularité ont été atteints beaucoup plus rapidement dans le cas du conflit actuel.
La fermeture du détroit d’Ormuz, d’une part, pèse déjà sur le pouvoir d’achat des Américains et fait craindre à 60 % d’entre eux un risque accru de récession. 40 % des sondés affirment déjà réduire leurs déplacements et leurs dépenses devant la hausse des prix de l’essence. Et les vidéos d’Américains désespérés par la hausse des prix à la pompe abondent sur les réseaux sociaux, à l’image d’une vidéo d’une jeune femme en pleurs à bord de sa voiture devenue virale. Peu d’Américains pensent aujourd’hui que les prix vont retrouver leur niveau d’avant crise ou se stabiliser, et 50 % pensent même qu’ils vont continuer d’augmenter. Et près d’un Américain sur quatre se dit en difficulté financière, contre 17 % avant le début de la guerre.
Pour Robert Kaufmann, professeur à l’université de Boston et spécialiste du secteur pétrolier, Donald Trump devrait s’inquiéter. « Le coût de l’essence est l’un des facteurs qui déterminent les comportements de vote. S’il est élevé, les électeurs auront tendance à sanctionner le parti au pouvoir car, en dehors des centres urbains dotés de moyens de transport, ils utilisent la voiture au quotidien, explique-t-il dans Mediapart. De plus, l’énergie a un effet inflationniste : quand son prix croît, tout augmente. »
Les républicains en mauvaise posture à l’approche des midterms
Mais les difficultés économiques rencontrées ne sont qu’un facteur explicatif de l’impopularité de cette guerre. Les Américains sont également très inquiets pour leur sécurité. 61 % pensent que le risque de terrorisme a augmenté depuis le début de l’offensive israélo-américaine en février dernier. Et 56 % estiment que les relations avec les alliés se détériorent, alors que Donald Trump multiplie les menaces envers ses partenaires de l’Otan, et vient d’annoncer le retrait de pas moins de 5 000 soldats américains d’Allemagne.
A l’approche des élections de mi-mandat en novembre, ce sondage a de quoi inquiéter au sein du parti républicain. D’autant que plusieurs voix s’élèvent aussi autour de la question du coût faramineux de cette guerre (estimé à 890 millions de dollars par jour selon le Centre pour les études stratégiques et internationales). Pour la première fois depuis des années, certains sondages indiquent que les électeurs font davantage confiance aux démocrates sur des questions essentielles comme l’inflation et le coût de la vie, ce qui élargit les perspectives du parti. « Ce qui a changé, c’est que l’on savait déjà que la Chambre des représentants serait un défi », confie au New York Times le stratège républicain Marc Short, qui a dirigé les affaires législatives de la Maison-Blanche lors du premier mandat de Donald Trump. « Désormais, beaucoup plus de gens pensent que le Sénat est également en jeu. »
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Publish date : 2026-05-03 11:40:00
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