L’immense base aérienne flottante tricolore — 261 mètres de long, près de 2 000 marins et aviateurs à bord — évolue actuellement en mer Rouge. Le porte-avions français Charles-de-Gaulle et son escorte ont franchi, mercredi 6 mai, le canal de Suez en direction du golfe d’Aden, avec un objectif clair : montrer que les États membres de la coalition maritime montée par la France sont prêts à sécuriser le détroit d’Ormuz, a annoncé le ministère des Armées. Cette démonstration de force intervient quelques jours après l’attaque au missile d’un porte-conteneurs de l’armateur français CMA CGM, même si Paris se garde bien de présenter cet incident comme le motif direct de ce déploiement.
La France tente de jouer un délicat numéro d’équilibriste dans la région. Lors d’un entretien téléphonique avec son homologue iranien Massoud Pezeshkian, le président français Emmanuel Macron a assuré que « le pré-positionnement » du groupe aéronaval s’inscrivait dans le cadre du dispositif de surveillance du détroit porté par Paris et Londres, avec le soutien d’une quarantaine de pays et des États riverains. « Toutes les parties doivent lever le blocus du détroit, sans délai et sans conditions. Il faut revenir durablement au régime de pleine liberté de navigation qui prévalait avant le conflit « , a-t-il écrit sur le réseau X.
Un « sujet d’intérêt commun »
Le ministère français des Armées a précisé dans un communiqué que le mouvement du groupe aéronaval était « distinct des opérations militaires initiées dans la région » et venait « compléter le dispositif sécuritaire ». « Les armées françaises agissent depuis le 28 février dans une posture défensive et ont travaillé aux côtés des Britanniques, avec leurs partenaires, à une initiative multinationale visant à contribuer au rétablissement de la navigation dans le détroit d’Ormuz, en coordination avec les États riverains », souligne le ministère. Emmanuel Macron a ajouté sur X avoir invité le président iranien Massoud Pezeshkian à « en saisir l’opportunité » et indiqué qu’il comptait en parler à Donald Trump.
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« Le retour du calme dans le détroit aidera à avancer dans les négociations sur le nucléaire, le balistique et la situation régionale », estime le président français. Alors que la guerre entre les Etats-Unis et l’Iran bloque de facto le détroit d’Ormuz, par où transitent environ 20 % des exportations mondiales de pétrole, Paris invite les belligérants à traiter à « part » ce sujet « d’intérêt commun ». « Il faut distinguer la question de la liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz de tout le reste », dit la présidence française. Vu de l’étranger, l’intervention d’Emmanuel Macron témoigne selon le New York Times « de la frustration croissante des dirigeants européens et asiatiques face aux conséquences économiques du blocage du détroit ».
Un porte-conteneurs français attaqué
De son côté, Washington avait lancé, lundi 5 mai, une mission de sécurisation de la navigation commerciale aux contours flous, baptisée « Projet liberté », et suspendue dès le lendemain par Donald Trump, son efficacité restant à démontrer. Mardi soir, un porte-conteneurs du groupe français CMA CGM battant pavillon maltais a ainsi été visé par des tirs dans le détroit. Plusieurs membres d’équipage ont été blessés, selon la compagnie maritime.
Paris tente toutefois de calmer le jeu. « Ce n’est en aucun cas la France qui a été visée », a assuré Emmanuel Macron en conseil des ministres, selon la porte-parole du gouvernement Maud Bregeon. « Cet incident grave, dans le contexte actuel, illustre une nouvelle fois la pertinence de la démarche que nous avons engagée », a ajouté l’Élysée, évoquant « un besoin urgent de mettre tous les bateaux, quel que soit leur pavillon, à l’abri des tensions entre l’Iran et les États-Unis ».
Emmanuel Macron avait annoncé, dès le 3 mars, le redéploiement du Charles-de-Gaulle en Méditerranée, au début de la guerre entre l’Iran et les États-Unis, en défendant la posture « strictement défensive » de la France dans un conflit désormais entré dans son troisième mois. Alors disposé dans l’Atlantique Nord, le groupe aéronaval devait permettre « d’évaluer l’environnement opérationnel régional » avant le lancement de l’initiative internationale de sécurisation du détroit d’Ormuz, coordonnée avec les États riverains et soutenue par une quarantaine de pays, selon le ministère des Armées. Paris estime aussi que la présence du Charles-de-Gaulle offre « des options supplémentaires de sortie de crise » et contribue à rassurer les acteurs du commerce maritime.
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Author : Audrey Parmentier
Publish date : 2026-05-07 05:57:00
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