Vous avez aimé Juste une illusion, la comédie eighties de Nakache et Toledano ? Peut-être apprécierez-vous le remake de l’émission politique phare des années 80, L’Heure de vérité, annoncé pour septembre sur France 2. Ah, la musique du générique, Live and let die, de Paul McCartney and Wings ! L’exquise courtoisie de François-Henri de Virieu ! L’ironie d’Albert du Roy ! Ce programme que les moins de 30 ans, biberonnés aux réseaux sociaux, à Youtube à l’intelligence artificielle, ne peuvent pas connaître, leur donnera-t-il le goût de la politique ? Voire…
L’invitation de Jean-Marie Le Pen, le 13 février 1984, avait suscité une controverse. Quelques mois plus tôt, le président du Front national avait écrit au président de la République, François Mitterrand, pour se plaindre du traitement réservé à sa formation par la télévision d’Etat.
Son ami de la Corpo, Guy Penne, conseiller à l’Elysée, avait transmis la missive au chef de l’Etat. « Il est regrettable qu’un parti politique soit ignoré par la radiotélévision », avait répondu ce dernier à Le Pen. La consigne avait été passée au ministre de la Communication, lequel l’avait répercutée auprès des patrons de chaînes publiques.
La démarche de François Mitterrand était évidemment très intéressée. En stimulant la montée du Front National, il pouvait diviser la droite. Mais, comme le dira Jean Glavany à Philippe Cohen et Pierre Péan dans leur biographie du leader nationaliste, « Mitterrand a la conviction profonde que la République doit permettre l’expression de tous les courants d’idées, même les plus minoritaires. »
Quarante ans plus tard, L’Heure de vérité déclenche encore des cris d’orfraie. Le choix de recruter parmi les éditorialistes la journaliste du Figaro, Eugénie Bastié, aux côtés de Benjamin Duhamel et de Marc-Olivier Fogiel, est contesté au sein de France Télévisions. Dans un communiqué, la Société des journalistes (SDJ) de la rédaction nationale du groupe public s’insurge contre la présence au casting de « cette polémiste, identifiée pour ses idées très conservatrices et souverainistes ».
« Polémiste » ! L’adhésion aux idées de gauche serait-elle un prérequis pour prétendre à la carte de presse ? Cette réaction sectaire donne du grain à moudre aux contempteurs de l’audiovisuel public, au premier rang desquels le député ciottiste Charles Alloncle, dont le rapport a été rendu public la semaine dernière. Puissent les concepteurs du projet de nouvelle Heure de vérité résister aux censeurs.
Le pluralisme a mauvaise presse. Aux yeux d’une certaine gauche, qui dénonce comme fasciste tout ce qui n’est pas elle. Mais aussi à droite. CNews a fait de la liberté d’expression son credo. Mais ces dernières semaines, des voix dissonantes et de fortes personnalités ont disparu de ses plateaux. Toute nuance vaudrait-elle désormais trahison ? L’effet se fait sentir sur les audiences. Ces deux derniers mois, BFMTV a repris la tête des chaînes d’information et, en avril, LCI a décroché la deuxième place devant CNews. Tournant ou simple crise de croissance ?
La polarisation du débat public conforte les rentes idéologiques et la bunkérisation. Et tend à transformer les médias en safe spaces (espaces sûrs) où la pensée unique règne.
Le 23 juin prochain, Marc Bloch entrera au Panthéon. « Que chacun dise franchement ce qu’il a à dire, la vérité naîtra de ces sincérités divergentes », exhortait-il dans L’étrange défaite. Faisons en sorte que le pluralisme en 2026 ne soit pas juste une illusion et ne vire à une défaite étrange.
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Author : Sébastien Le Fol
Publish date : 2026-05-11 10:00:00
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