Ceux qui, depuis des années, présentent l’Eurovision comme un « monument à la bêtise » sont, semble-t-il, allés un peu vite en besogne. Tel est le sentiment qui prédomine après la lecture de Géopolitique de l’Eurovision. La bande-son de la construction européenne (Bréal by Studyrama), récemment paru et signé par Cyrille Bret, chercheur à l’Institut Jacques Delors, et Florent Parmentier, docteur en géopolitique, tous deux enseignants à Sciences Po. L’événement, qui fête cette année ses soixante-dix ans et a été suivi l’an passé par plus de 166 millions de personnes dans le monde, représente, écrivent les deux auteurs, un « miroir déformant mais révélateur des tensions, des imaginaires et des reconfigurations de l’identité européenne ». Ce concours qui « n’est ni neutre politiquement, comme le soutient son règlement, ni un simple divertissement musical », met en lumière « une géographie sensible du continent, faite d’alliances implicites, de mémoires partagées, de rivalités plus ou moins feutrées et de solidarités culturelles », ajoutent-ils.
Dans un entretien accordé à L’Express, les deux chercheurs passent en revue les nouvelles « géographies affectives » à l’œuvre et analysent le « sentiment de déclassement » qui traverse les pays fondateurs de l’Europe de l’Ouest, lesquels courent désespérément après les fameux 12 points. En particulier la France. Alors que le conflit israélo-palestinien s’invite chaque année un peu plus dans le concours, révélant les fractures du Vieux Continent sur ce sujet, les auteurs évoquent enfin le futur du concours et les « turbulences » à venir.
L’Express : L’absence de victoire de la France depuis 1977, ainsi que ses résultats souvent décevants depuis lors, reflètent, selon vous, les « limites du soft power français face aux nouvelles géographies culturelles européennes ». Pourquoi ?
Cyrille Bret : Je ne crois pas que cela traduise un affaiblissement général du soft power français. Le problème est en réalité beaucoup plus spécifique à l’Eurovision lui-même. Car lorsqu’il bénéficie du relais de plateformes mondiales comme Netflix, Spotify ou Amazon, le soft power français fonctionne extrêmement bien. Nous avons des créateurs, des médias, une langue, des artistes et des influenceurs qui rayonnent partout dans le monde. Mais à l’Eurovision, l’influence française repose encore en partie sur une forme de persuasion condescendante qui ne fonctionne plus aujourd’hui. C’est, selon moi, à mettre sur le compte de la matrice de la diplomatie culturelle française officielle.
France Télévisions n’a jamais effectué l’aggiornamento marketing nécessaire, faute d’avoir réellement pris l’Eurovision au sérieux. Et l’on entre alors dans un cercle vicieux : puisque le groupe ne prend pas le concours au sérieux, il ne fait pas l’effort de se moderniser ; et comme il ne se modernise pas, il accumule les échecs. Résultat : il présente davantage des candidatures de témoignage que de véritables candidatures de victoire.
Concrètement, qu’est-ce que la France ne comprend toujours pas à l’Eurovision ?
C.B. : Derrière ces échecs récurrents se trouve d’abord une forme d’élitisme qui considère presque que l’expression « culture populaire » relève de l’oxymore. Cela tient aussi à la mauvaise gestion de l’événement par le groupe audiovisuel public qui en a la charge depuis 1956, et qui sous-exploite complètement ce rendez-vous : médiatiquement, publicitairement, en termes d’audience, de programmation, mais aussi d’action internationale.
Cela se manifeste de multiples façons. Notamment par l’absence totale de stratégie visant à mobiliser une base de fans francophones à l’extérieur (Belgique, Suisse, Maghreb, Afrique, etc.) autour d’événements intermédiaires. La francophonie constitue un atout extraordinaire que la France et son audiovisuel peinent à exploiter pleinement. C’est aussi visible dans le discours dominant, au sein du groupe audiovisuel français, sur les blocs de vote, c’est-à -dire ces votes de solidarité entre certains pays qui se donnent régulièrement des points : ils sont présentés de manière négative comme une concurrence déloyale, alors qu’on pourrait au contraire se réjouir d’une solidarité francophone ou d’un attachement partagé à la chanson française.
Un autre signe frappant réside dans le contraste entre le prestige international de la variété française, de la pop, de la musique électro ou du rap francophone, et la faiblesse de la mobilisation suscitée depuis plusieurs décennies par les candidats de France Télévisions. C’est un immense paradoxe : la France dispose, avec sa gastronomie, son cinéma, ses artistes contemporains, d’un soft power considérable, tout en continuant à mépriser l’Eurovision. Et la manifestation ultime de ce désintérêt, c’est l’absence de victoire depuis des décennies. Car il ne nous manque rien pour réussir : nous avons les scènes, les compositeurs, les artistes, les codes LGBTQ+, des « cartes postales » à vendre, etc. Nous disposons également d’un groupe audiovisuel rompu aux techniques d’organisation et de promotion, mais qui refuse de les appliquer à fond à l’Eurovision. C’est donc un choix, et avant tout un choix de l’audiovisuel public. Il ne suffit pas d’avoir un excellent audiovisuel public et des candidats brillants : il faut les promouvoir sur le long terme auprès de tous les publics.
N’êtes-vous pas un peu sévère ? La France n’a pas connu que des échecs ces dernières années. Barbara Pravi, par exemple, a terminé à la deuxième place en 2021…
Florent Parmentier : Bien sûr, et parfois, tout se joue à très peu de choses. Il y a aussi une part de chance et de circonstances. En 1991 déjà , la France termine deuxième à égalité de points avec la Suède. En 2021 également, cela aurait objectivement pu basculer d’un côté comme de l’autre. Je pense d’ailleurs que Barbara Pravi, si elle avait participé en 2018 ou en 2019, aurait peut-être remporté le concours, tant le contexte et les dynamiques de vote comptent dans le classement final.
La carte affective de l’Europe se redessine en permanence
Peut-être aussi que tous les ressorts de l’identité française et ses atouts n’ont pas encore été pleinement explorés. Ce qui frappe d’abord, c’est que l’image de marque nationale mise en avant repose très souvent sur Paris. Et cette année encore, la candidate reprend en partie ces références, un peu comme en 2017 lorsque Alma proposait déjà une mise en scène très tournée vers Paris. On a parfois l’impression que l’identité française se résume à cela.
Or, il existe encore de nombreuses ressources culturelles et symboliques insuffisamment exploitées. Cela me paraît assez évident. Le meilleur exemple à suivre est sans doute celui du Portugal. Pendant des décennies, les Portugais ont obtenu de très mauvais résultats, pas des deuxièmes ou troisièmes places, mais de véritables échecs répétés. Pourtant, ils ont continué à chanter en portugais, en assumant pleinement l’existence d’une base lusophone internationale et en considérant qu’ils étaient avant tout là pour se représenter eux-mêmes, plutôt que pour chercher la victoire à tout prix. Et finalement, en 2017, cette stratégie a fini par payer avec la victoire de Salvador Sobral.
Au-delà des affinités musicales, les mauvais résultats de la France traduisent-ils aussi une forme de désamour européen à notre égard ?
F.P. : Si l’on raisonne en termes de « vote de bloc », la France ne bénéficie pas, en effet, d’une géographie affective de proximité avec ses voisins européens. Autrement dit : reçoit-on régulièrement les 12 points de la Belgique ? Parfois même un simple point ? Non. Il arrive même que la France obtienne zéro point de certains pays voisins. Lorsqu’on regarde l’ensemble de notre environnement régional, c’est assez frappant : il n’existe pas ce soutien automatique dont bénéficient d’autres pays. Évidemment, lorsque la France présente une très bonne candidate comme Barbara Pravi, les votes suivent davantage. Mais il faut aussi reconnaître qu’elle était probablement la meilleure représentante française de ces dernières années, ce qui explique en partie ce résultat.
A côté de cela, on observe aussi des logiques de vote plus surprenantes. La régularité, par exemple, des votes arméniens en faveur de la France renvoie à une autre forme de proximité. L’Albanie, par exemple, attribue souvent des points à la France, tout comme la Roumanie à certaines occasions. Cela montre bien que d’autres géographies affectives existent, même si la France n’y occupe pas toujours une position centrale. Et il n’existe pas non plus de diaspora française suffisamment importante en Europe pour influencer significativement les votes.
Les Suédois, sept victoires au compteur dont trois depuis 2012, ne disposent pas non plus d’une immense diaspora à travers l’Europe…
Certes, mais ils possèdent un savoir-faire spécifique. Ils savent capter l’air du temps et trouver la bonne formule artistique et scénique. L’Italie non plus ne bénéficie pas d’un vote de bloc, d’ailleurs, même si Maneskin a remporté le concours face à Barbara Pravi. Donc si le vote de proximité peut aider, il ne fait pas tout. Dans le cas français, deux éléments se combinent : d’une part, la France ne tente pas tout sur le plan musical ; d’autre part, elle n’est pas particulièrement favorisée par son environnement de vote.
Selon vos calculs, « près des deux tiers des votes échappent aux seules préférences musicales individuelles ». Pourtant, vous affirmez dans le même temps que les accusations récurrentes de « politisation » du concours relèvent d’un contresens. Comment expliquez-vous ce paradoxe ?
F.P. : Ce concours, comme beaucoup de très grands événements internationaux, vit dans le paradoxe, dans une tension permanente. Il ne cesse de se présenter comme apolitique, fédérateur, pacificateur, rassembleur, et pourtant, il ne cesse aussi d’exclure, de mettre en scène des tensions et de nourrir sa propre visibilité à travers les conflits, les polémiques ou les appels au boycott. C’est ce décalage qui est intéressant : l’écart entre ce que l’Eurovision affirme être, ce qu’il prétend continuer à représenter, et ce qui fait son succès. Selon la « légende dorée » du concours, l’Eurovision fonctionnerait parce qu’il serait consensuel, kitsch, sans conflictualité, rassembleur et pacificateur. Or, dans les faits, c’est presque l’inverse.
Pour des pays comme la France, le concours alimente un sentiment de déclassement
S’il attire autant, c’est parce qu’il est traversé par des conflits et des rapports de force. Et parce que les tensions qui apparaissent sur scène sont aussi celles que chacun expérimente dans sa propre vie : les questions d’identité linguistique, culturelle, nationale, de genre, etc. Le concours met en scène, sur un mode ludique, médiatique et festif – presque comme une tragédie grecque contemporaine – des tensions souvent impossibles à résoudre. Oui, tout y est politique, même si rien ne devrait l’être. Oui, tout est censé rassembler, alors qu’en réalité personne ne se rassemble totalement. Oui, la musique devrait triompher, alors qu’en pratique comptent aussi l’identité, la tradition, les habitudes, la mise en scène, la technique, etc.
C’est ce qui rend la réflexion sur la politisation de l’Eurovision si intéressante, comme d’ailleurs pour beaucoup d’autres grands événements internationaux, qu’ils soient sportifs, culturels ou artistiques : ce paradoxe vivant se répète année après année. Cela fait soixante-dix ans qu’on nous explique que ce concours n’est pas politique, et cela fait soixante-dix ans que l’on ne s’intéresse qu’à cela. Et au fond, c’est aussi ce qui fait tout le sel de l’Eurovision.
Vous écrivez que l’Eurovision met en avant des « géographies affectives », révélatrices de « nouvelles cartographies de l’appartenance européenne qui ne coïncident plus avec les découpages politiques traditionnels. » A quoi pensez-vous exactement ?
C.B. : La tendance la plus spectaculaire aujourd’hui, c’est cet élan de solidarité massif en faveur des candidats ukrainiens. Et cela montre, s’il le fallait encore, la puissance mais aussi l’évolutivité complète de ce concours. Il y a une douzaine d’années encore, les téléspectateurs russes votaient pour les candidats ukrainiens, et inversement. Certains artistes russes chantaient même en partiellement ukrainien sans que cela ne suscite la moindre polémique. Désormais, ce sont des Espagnols, des Scandinaves ou d’autres publics européens qui votent en masse pour les candidats ukrainiens au nom de la défense d’un certain modèle européen. Cette géographie mouvante dans la tectonique des plaques de l’Eurovision est fascinante. La carte affective de l’Europe se redessine en permanence. Et aujourd’hui, les candidats ukrainiens apparaissent symboliquement plus proches du cœur émotionnel de l’Europe que Bruxelles elle-même ou certains pays comme l’Irlande.
« L’entrée d’Israël à l’Eurovision en 1973 marque un tournant géopolitique majeur pour l’évolution du concours », soulignez-vous. Pour Israël, ce concours a-t-il été une forme de bouffée d’air frais, lui permettant de s’extraire de son isolement au Moyen-Orient ?
F.P. : Il y a en effet, après 1973, un appel à la normalisation. Nous sommes alors un an après les Jeux olympiques de Munich et les attentats contre les athlètes israéliens. Et nous sommes quelques années après la victoire israélienne de la Guerre des Six Jours qui a accentué l’isolement régional de l’État hébreu. Il existait donc très certainement une volonté, de ce point de vue, d’inscrire Israël dans une forme de poussée vers l’Europe après environ vingt-cinq ans d’existence de l’Etat d’Israël. Cela a fonctionné avec une certaine efficacité puisque Israël a remporté quatre fois le concours. Mais on voit aussi que ce modèle commence progressivement à s’éroder.
e concours pourrait entrer dans une forte zone de turbulences
En 2019, lorsque l’Eurovision est organisée à Tel-Aviv après la victoire israélienne de 2018, apparaissent déjà certaines critiques, au niveau européen, concernant la politique israélienne dans les territoires occupés. Et à partir de 2024, on observe un phénomène double. D’un côté, les groupes audiovisuels publics européens, les diplomaties et les chancelleries souhaitent majoritairement maintenir Israël dans le concours. De l’autre, certains États prennent une position inverse : cinq ont d’ailleurs décidé cette année de boycotter le concours (NDLR : l’Espagne, l’Irlande, la Slovénie, l’Islande et les Pays-Bas). Peut-être seront-ils plus nombreux l’an prochain. Et si tel était le cas, soit le concours sera amené à évoluer, soit l’UER trouverait peut-être, dans son fonctionnement, un autre motif – qui ne serait pas directement lié à Gaza, mais par exemple à la question de l’indépendance des audiovisuels publics – pour justifier une forme d’exclusion d’Israël. Ce sont des scénarios qui auraient semblé improbables il y a encore quelques années, mais qui apparaissent désormais possibles.
Ce type de conflits, qui divisent profondément les Européens, ainsi que le contexte géopolitique plus général, peuvent-ils, à terme, menacer l’existence même du concours ?
F.P. : Cinq États boycottent aujourd’hui le concours, et cela fragilise déjà l’événement, d’autant que parmi eux figure L’Espagne, un membre du « Big Five » (NDLR : les cinq plus grands pays contributeurs financiers à l’Eurovision). L’Espagne, d’une certaine manière, laisse aujourd’hui la facture politique – et financière) à d’autres. Dès lors, la question devient la suivante : que se passerait-il si deux ou trois autres pays décidaient à leur tour de boycotter l’Eurovision ? Je pense qu’on assisterait alors à un affaiblissement du concours. Car il ne s’agit pas seulement de pays qui cesseraient de participer – et donc de verser leur quote-part – mais aussi de pays dans lesquels le concours ne serait plus forcément diffusé. Si l’on additionne tous ces paramètres, on peut considérer qu’en 2026, l’Eurovision n’est pas encore directement menacée. Mais si l’on passait de cinq à dix États boycotteurs, alors le concours entrerait probablement dans une zone de turbulence qui l’obligerait, sans doute, à faire des choix douloureux.
Vous expliquez que, « pour les pays fondateurs de l’Eurovision, issus de l’Europe de l’Ouest, souvent désavantagés par ces dynamiques de solidarité régionale, cette situation nourrit un sentiment de déclassement géopolitique et culturel. »
C.B. : Cette idée de déclassement résonne parce qu’elle permet, par effet de halo, de mêler plusieurs critiques – celles du pays, de la civilisation, de l’économie, etc. – à cette perception répétée de défaites successives. Et encore une fois, terminer deuxième ou vingt-cinquième, ce n’est évidemment pas la même chose. Mais, ce que l’on retient à la fin, c’est simplement que la France n’a pas gagné.
Et concernant la France, ce sentiment de déclassement est aussi le pendant du dénigrement du concours : soit vous êtes obligé de dire que le concours est mauvais, soit c’est vous qui êtes mauvais puisque le concours, lui, est bon. Ce relatif déclassement peut alors être traité par le mépris et le dénigrement, ou bien de manière plus intellectuelle, en appliquant en quelque sorte un schéma décliniste à l’Eurovision. C’est-à -dire « la France s’effondre » et se repaît de son propre déclinisme. Et il faut reconnaître que le déclinisme est un créneau porteur : dès que vous annoncez que la France va mal ou qu’elle est en train de s’effondrer, vous pouvez vendre des dizaines de milliers d’exemplaires. Mais au-delà de cette galéjade, lorsque l’on répète que « la France n’a plus gagné depuis Marie Myriam », on sous-entend forcément qu’il y a quelque chose qui ne fonctionne plus dans le pays.
Et si l’on regarde les années où la France gagnait régulièrement, on constate que quatre victoires sur cinq ont eu lieu sous le général de Gaulle. Il y a donc aussi une forme de gaullo-centrisme dans cette analyse du déclin, presque existentielle. Ainsi, lorsqu’on participe à un événement censé être festif, mais que l’on vous rappelle constamment vos défaites depuis cinquante ans – Emmanuel Macron étant par exemple le seul président de la République à n’avoir jamais connu de victoire française à l’Eurovision – cela finit forcément par devenir un élément symboliquement marquant.
Après le retrait décidé par le gouvernement de Viktor Orbán en 2019, Péter Magyar, le nouveau Premier ministre hongrois, a demandé le retour de son pays à l’Eurovision. Malgré tout, la montée des populismes en Europe ces dernières années constitue-t-elle, elle aussi, un facteur susceptible de fragiliser le concours ?
C.B. : Ces mouvements populistes peuvent affecter le concours, mais paradoxalement, ils renforcent sa visibilité. Ces mouvements, parfois homophobes, nourrissent leur popularité en critiquant l’Eurovision. Et le concours, lui, nourrit aussi sa propre popularité en s’affirmant et en provoquant. La provocation est devenue l’un des carburants de la visibilité et du succès de l’Eurovision. Le scandale, la rupture, le rejet, les critiques des populistes, mais aussi le défi lancé à ces mêmes populistes, font désormais partie du moteur même du concours. Nous avons changé d’époque depuis soixante-dix ans. Aujourd’hui, on devient influent parce qu’on est scandaleux, parce qu’on est clivant. C’est aussi toute la force des États-Unis : tout le monde se positionne par rapport à eux, y compris lorsqu’ils provoquent ou choquent. C’est ce qui fonde leur centralité.
Et c’est aussi pour cela qu’il faut comprendre que l’Eurovision constitue l’un des grands atouts de l’Europe sur la scène mondiale. Si le concours attire autant, c’est justement parce qu’il est perçu comme légèrement scandaleux et sulfureux. C’est là que le regard des pays dits « centraux » (les fondateurs de l’Eurovision) et celui des « outsiders » (les nouveaux venus non Européens) diffèrent profondément. Pour les marges de l’Europe, l’Eurovision représente un véritable enjeu symbolique. Ce fut le cas pour l’Azerbaïdjan, l’ex-Yougoslavie, la Finlande ou encore Israël. Mais nous, pays centraux, avons tendance à considérer tout cela comme acquis. Nous réduisons souvent l’Eurovision à un simple folklore, alors qu’il n’en est rien. C’est ce qui explique le sous-investissement des membres historiques du concours. Et cela explique aussi pourquoi les Allemands ou les Français n’ont jamais véritablement développé de stratégie pour utiliser l’Eurovision, à la fois à l’intérieur et à l’extérieur de l’Europe.
Mais la conscience géopolitique française évolue : nous prenons collectivement conscience de la nécessité de peser davantage dans la « guerre des narratifs » actuellement en cours.
Source link : https://www.lexpress.fr/idees-et-debats/eurovision-pour-des-pays-comme-la-france-le-concours-alimente-un-sentiment-de-declassement-QP36ZWQJFBEVNGQCU7IYQB6JMQ/
Author : Laurent Berbon
Publish date : 2026-05-13 16:00:00
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