L’hantavirus serait un effet secondaire des vaccins anticovid. Il ferait rétrécir le pénis. Il faudrait craindre de nouveaux confinements et campagnes de vaccination forcée. L’hydroxychloroquine permettrait de traiter efficacement ce microbe. L’ivermectine aussi, d’ailleurs. Cette crise ne serait qu’une « opération spéciale » destinée à « alimenter la peur créée par un cartel épidémique » autour de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et de laboratoires pharmaceutiques pour vendre des vaccins. Et, bien sûr, « Hanta » serait un mot hébreu qui signifierait « arnaque »…
Si l’hantavirus des Andes qui a déclenché un cluster de cas sur le bateau de croisière MV Hondius semble pour l’instant contenu grâce à un traçage et à un contrôle drastique des malades et de leurs contacts, il n’en va pas de même avec la vague de fausses informations qui a aussitôt envahi les réseaux sociaux et les plateformes de vidéos en ligne. Depuis le 3 mai, toute la complosphère bruisse de rumeurs plus farfelues les unes que les autres. Faut-il le rappeler ? Il n’existe à ce jour ni vaccin, ni traitement contre ce microbe, il n’a pas d’effet sur les organes génitaux, il circule de façon endémique chez certains rongeurs sud-américains qui infectent régulièrement des humains, et l’OMS n’y est pour rien, pas plus que la communauté juive, les laboratoires pharmaceutiques ou la Fondation Gates, traditionnels boucs émissaires des complotistes en tout genre.
Ce flot de désinformation s’avère pourtant en tout point similaire à celui enregistré pendant le Covid. Un peu partout, les personnages à l’origine de ces rumeurs s’avèrent d’ailleurs plus ou moins les mêmes que ceux qui s’étaient fait connaître lors de la crise sanitaire. En France, on a ainsi pu voir des figures de la complosphère – Christian Perronne, Louis Fouché, Alexandra Henrion-Caude… – se saisir de cette actualité. Aux Etats-Unis aussi, avec la figure d’extrême droite Alex Jones, pour qui l’hantavirus serait une « plandemic » (pandémie planifiée), ou la Dr Mary Talley Bowden, qui promouvait déjà l’ivermectine voilà six ans, relayée cette fois encore par Marjorie Taylor Greene, une parlementaire trumpiste un temps bannie de Twitter pendant la pandémie.
L’intelligence artificielle facilite la désinformation
« Il n’y a rien de nouveau, on prend les mêmes et on recommence. Le problème, c’est que l’on n’a encore rien fait de très concret contre la désinformation », s’agace le Pr Mathieu Molimard, coauteur avec Dominique Costagliola et Hervé Maisonneuve du rapport L’information en santé, remis en début d’année à la ministre Stéphanie Rist. L’épisode actuel vient pourtant le rappeler avec force : en l’absence de mesures énergiques pour contrer ce phénomène, il pourrait s’avérer délicat d’obtenir l’adhésion de la population à de nouvelles mesures sanitaires en cas de future crise de grande ampleur. Une situation d’autant plus inquiétante que, depuis le Covid, les outils d’intelligence artificielle ont fait des bonds de géant. Ils permettent aujourd’hui de créer très facilement des images, des audios et des vidéos aptes à rendre les fausses informations toujours plus crédibles pour un public non averti.
Il aurait fallu profiter des failles mises en lumière lors de la pandémie, et notamment des difficultés liées aux algorithmes des réseaux sociaux, qui tendent à exposer davantage les contenus les plus racoleurs. C’est tout le contraire qui s’est passé. Pendant la crise sanitaire de 2020, Twitter avait chassé de nombreux comptes antivax. Facebook avertissait ses lecteurs quand certains posts véhiculaient des fake news, et Mark Zuckerberg finançait un programme de fact-checking. Mais depuis la dernière élection de Donald Trump, ces mesures ont été stoppées. En France comme en Europe, toutes les tentatives d’encadrer sérieusement les publications sur ces plateformes, mais aussi sur YouTube ou TikTok, ont fait long feu. Ainsi, selon les données de l’outil de veille sur les réseaux sociaux Visibrain analysées par l’Agence de vérification de Radio France, la désinformation reste particulièrement visible sur Facebook : en début de semaine, huit des dix publications les plus partagées provenaient de mouvances complotistes. La plus republiée était une interview de Christian Perronne, ex-chef de service d’infectiologie de l’hôpital de Garches, démis de ses fonctions en 2020.
Les réponses sont connues
Interrogée mercredi 13 mai par le sénateur Bernard Jomier sur les mesures prises par les pouvoirs publics pour endiguer ce phénomène, la ministre Stéphanie Rist a rappelé sa volonté de constituer un observatoire de la désinformation en santé. « Nous avons annoncé une stratégie pour lutter contre les fausses informations avec le dispositif d’info-vigilance sur lequel nous travaillons, pour que nous puissions construire une sorte de task force efficace d’experts scientifiques, a-t-elle expliqué. Dès qu’ils verront une fausse information, ils pourront agir très vite et de façon coordonnée, de manière massive, pour l’arrêter. »
Indispensable – mais insuffisant, selon le Pr Mathieu Molimard. « C’est un peu comme vider l’océan à la petite cuillère, s’agace-t-il. Il faut travailler en amont, en donnant davantage de visibilité à l’information de qualité produite par les universités, l’INSERM, le CNRS, les instituts, Santé publique France, les CHU, les Collèges d’enseignants, les sociétés savantes, les fact chekers… » Il faut aussi rendre la désinformation moins attractive financièrement. « Aujourd’hui, les désinformateurs dont les contenus circulent beaucoup sur les réseaux touchent de l’argent en fonction de leur audience et du trafic qu’ils génèrent. Et quand ils adossent leurs publications à une association, ils peuvent même bénéficier d’avantages fiscaux », rappelle le pharmacologue.
Un renforcement de la protection des scientifiques qui s’opposent aux complotistes reste également nécessaire. La transposition de la directive européenne de lutte contre les procédures bâillons aurait pu en être l’occasion. Mais le gouvernement n’est pas allé aussi loin qu’il aurait pu, en refusant d’étendre les dispositions de ce texte aux procès relevant du pénal, comme les poursuites en diffamation. La lutte contre la désinformation mérite mieux…
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Author : Stéphanie Benz
Publish date : 2026-05-16 15:00:00
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