C’est un nouvel épisode dans la saga de la cavale de l’ex-ministre polonais de la justice, Zbigniew Ziobro. Selon les informations de Reuters, le secrétaire d’Etat adjoint des Etats-Unis et numéro deux de la diplomatie, Christopher Landau, aurait ordonné à des hauts responsables du département d’Etat de faciliter et d’approuver la demande de visa de l’homme politique. Le but : permettre à l’ancien du gouvernement conservateur (PiS) de fuir la justice polonaise qui l’accuse d’abus de pouvoir et d’association de malfaiteurs.
Pour échapper à ses convocations devant la justice, Zbigniew Ziobro a demandé l' »asile » en Hongrie. Requête approuvée par Viktor Orbán qui a accueilli le fugitif sur son territoire en janvier 2026. Puis, le Premier ministre nationaliste a perdu les élections. Son remplaçant, Péter Magyar, élu sur la base de son programme anticorruption, a promis de ne plus offrir refuge à des personnes recherchées par la justice internationale. De quoi faire espérer à Varsovie que l’ancien ministre soit extradé et traduit en justice. Il n’en a rien été.
« Une question de sécurité nationale »
Depuis son retour à la Maison-Blanche, Donald Trump et son administration ont ouvertement – mais aussi par le biais d’ingérences – Å“uvré pour l’essor des idées conservatrices en Europe. Toutefois, en octroyant un visa à un homme politique poursuivi par un pays allié, Washington franchit un nouveau seuil.
Le cas de Zbigniew Ziobro aurait directement été rapporté à Christopher Landau par l’ambassadeur des États-Unis à Varsovie, Tom Rose, persuadé que le Polonais était victime d’une injustice. Une prise de position ancrée dans la ligne de Washington. Depuis son retour au pouvoir, l’administration Trump a souvent accusé le Vieux Continent de mener une « guerre juridique » contre les conservateurs européens.
Alors que l’étau se resserrait sur l’ancien ministre de la justice, Christopher Landau a exigé de son département qu’il ordonne à l’ambassade des États-Unis à Budapest de lui délivrer un visa en urgence. Une source a précisé à Reuters que l’ex ministre avait bénéficié d’un visa de journaliste. L’intervention américaine a permis à Zbigniew Ziobro d’obtenir son laissez-passer avant que Péter Magyar ne prête serment. De son côté, le numéro deux de la diplomatie américaine a justifié le piston en présentant l’affaire comme « une question de sécurité nationale ».
« Personne ne doit s’attendre à ce que nous abandonnions »
Des révélations sur lesquelles s’est exprimé le Premier ministre polonais Donald Tusk ce mardi 19 mai. Avant une réunion du Conseil des ministres, il a assuré que la Pologne fera preuve « d’une grande détermination, et personne ne doit s’attendre à ce que nous abandonnions » la volonté de traduire Zbigniew Ziobro devant la justice.
De son côté, l’actuel garde des sceaux polonais, Waldemar Zurek, a verbalisé sa surprise au micro de la chaîne TVP : « Si une personnalité occupant un poste important aux États-Unis estime que Zbigniew Ziobro est indispensable à la sécurité nationale… s’il s’est effectivement vu accorder une sorte de statut exceptionnel, alors j’aimerais que notre allié nous en parle et examine les preuves que nous avons rassemblées dans l’affaire du ministre Ziobro, car elles sont vraiment très solides ». L’homme d’Etat a ensuite ajouté que les procureurs avaient préparé une demande d’extradition, mais que Varsovie réfléchissait encore au moment le plus opportun pour l’envoyer. « Nous ferons tout pour traduire Monsieur Ziobro en justice en Pologne », a-t-il assuré. Et Waldemar Zurek qui se désole du silence radio de Washington de cingler : « cela pourrait constituer un sérieux handicap pour l’administration de Donald Trump ».
La semaine dernière déjà , un porte-parole du ministère polonais des Affaires étrangères a déclaré à Reuters que Varsovie demanderait à Washington et à Budapest « les fondements juridiques et factuels » sur lesquels Ziobro s’était appuyé pour quitter la Hongrie puisque le gouvernement polonais avait déjà bloqué ses passeports.
A l’occasion d’une conférence de presse ce mardi, le Premier ministre hongrois, Péter Magyar, a assuré que Zbigniew Ziobro ne s’était pas rendu directement aux États-Unis depuis son territoire. « Je ne sais pas s’il est parti de Vienne, de Paris ou de Bruxelles, mais il n’a pas quitté la Hongrie pour les États-Unis », a-t-il déclaré.
Jusqu’Ã 25 ans de prison
Zbigniew Ziobro qui fait l’objet de 26 chefs d’accusation risque jusqu’à 25 ans de prison. Il est notamment suspecté d’avoir détourné de l’argent issu d’un fonds destiné à soutenir les victimes de crimes. Ces malversations auraient, entre autres, permis l’achat illégal du logiciel espion israélien, Pegasus, dans le but de surveiller ses opposants politiques. Des accusations que réfute l’ancien ministre qui assure être la victime d’une « chasse aux sorcières » contre les conservateurs et orchestrée par le gouvernement centriste. En novembre 2025, les députés polonais ont voté la levée de son immunité parlementaire et autorisé son placement en détention provisoire. Depuis son arrivée aux Etats-Unis, le 10 mai, Zbigniew Ziobro est devenu éditorialiste pour la chaîne conservatrice polonaise Republika.
Interrogé par Reuters, Christopher Landau a refusé de commenter. Même son de cloche du côté du porte-parolat du Département et la Maison-Blanche. L’implication directe du président des Etats-Unis ou de son chef de la diplomatie, Marco Rubio, reste pour l’heure inconnue. Quant à Zbigniew Ziobro, les journalistes de l’agence de presse ne sont pas parvenus à entrer en contact avec lui.
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Author : Asia Dayan
Publish date : 2026-05-19 17:30:00
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