« Crétin » déloyal, « cinglé », « gros dégueulasse »… Pour décrire le député républicain excommunié, Thomas Massie, le président des Etats-Unis n’est pas avare d’insultes. Depuis plusieurs mois, l’élu populiste du Kentucky s’était illustré par son opposition à la politique de Donald Trump. Co-auteur de la loi qui a contraint le gouvernement à déclassifier les dossiers Epstein, il est également à l’origine d’une résolution pour exiger la fin de la guerre en Iran.
Ce mardi 19 mai, le quinquagénaire se soumettait à la primaire de son parti, en vue des midterms de novembre. Résultat sans appel : Thomas Massie n’a récolté que 45 % des voix, contre 55 % pour son adversaire. Après sept mandats, le parlementaire a payé du prix de son siège son crime de lèse-majesté, chassé du pouvoir par son propre camp. Car, pour lui faire face, Donald Trump avait personnellement adoubé Ed Gallrein, un quasi-anonyme mais fidèle soldat Maga. En amont de l’élection, le chef d’Etat ne s’est pas non plus privé d’intervenir dans la campagne. « Amis du Kentucky, votez mardi pour dégager le clochard », éructait-il le 17 mai sur son réseau Truth Social.
Un « système d’allégeance »
Une tournure d’événements qui ne surprendra pas les observateurs de l’outre-Atlantique : le locataire de la Maison-Blanche est loin d’en être à sa première purge. Après avoir nettoyé son administration de ses détracteurs, le président s’en prend désormais au parlement. Quelques jours avant le scrutin dans le Kentucky, Donald Trump avait placé la Louisiane dans sa ligne de mire. Le but : se débarrasser du sénateur Bill Cassidy, qui avait voté en faveur de sa destitution, à la suite de l’assaut du Capitole le 6 janvier 2021. Depuis que le milliardaire s’est réinstallé dans le bureau Ovale, le médecin de formation avait tenté de se racheter, quitte à sacrifier ses convictions en soutenant notamment la nomination de l’antivax Robert Kennedy Junior au ministère de la Santé. En vain. Pour se désencombrer de celui dont il fustigeait la « déloyauté », Donald Trump a, une fois encore, accordé son soutien à une proche : la députée Julia Letlow. Le 17 mai, la candidate trumpiste a remporté la primaire haut la main : 44.8 % contre seulement 24.8 % pour Bill Cassidy.
Des purges qui n’étonnent pas Dominique Simonnet, auteur spécialiste des Etats-Unis qui entrevoit un « système d’allégeance » s’instaurer à l’approche des midterms : « Le président a besoin de s’entourer rapidement de gens qui lui sont très favorables, et qui feront tout pour qu’il gagne, quitte à contester des élections dans tel ou tel comté ». Ces exécutions publiques ont un deuxième rôle : discipliner les troupes républicaines, en lançant une sorte d’avertissement aux élus qui voudraient exprimer une dissidence. « C’est un fonctionnement quasi mafieux, il faut faire preuve d’une adhésion totale au parrain », analyse Dominique Simonnet. En d’autres termes : si vous ne voulez pas subir le même sort, rentrez dans le rang. Quitte à adopter des attitudes « complotistes » en défendant, par exemple, la conviction du président que l’élection de 2020 lui a été volée.
Des électeurs qui « le suivraient jusqu’en enfer »
Ces purges sont d’autant plus avantageuses pour Donald Trump que, malgré les accusations d’atteinte à la démocratie auxquelles il fait face, ses efforts ont jusqu’ici payé. In fine, les électeurs républicains ont préféré le bulletin approuvé par le président à celui d’élus ancrés localement depuis plusieurs années. De fait, « les purges leur passent largement au-dessus de la tête », relève Dominique Simonnet. Selon ce dernier, la base trumpiste est divisée en deux camps. Le premier, solide, fidèle, qui prête au milliardaire un aspect « quasi mystique » et qui « le suivrait jusqu’en enfer ». Une partie de ce socle, issue de la communauté évangélique, perçoit en ses actes une « œuvre messianique ».
Quant au second camp, il n’adhère pas à sa personnalité mais le soutient pour ses idées. Comme le rappelle l’expert de Washington, la principale préoccupation de l’électorat américain se trouve du côté du porte-monnaie, et face à des « démocrates incapables de proposer quelque chose », les discours du président sur le pouvoir d’achat sont certes populistes, mais ils impriment. Aussi, Donald Trump peut bien purger autant qu’il veut, les électeurs « réfléchissent en fonction de leur vie quotidienne » et feront ce qui est « le mieux pour eux ».
Le président américain ressort ainsi de ces primaires deux fois gagnant. Les victoires des candidats qu’il a adoubés sont une démonstration de force qui lui permet également de rappeler, autant aux républicains qu’au reste du monde, qu’il tient toujours le parti d’une main de fer.
« Je sais comment gagner »
Donald Trump semble parfaitement hermétique aux critiques suscitées par ses purges, qu’elles soient issues de la presse ou du camp adverse. A la différence de son premier mandat, le milliardaire n’est pas entouré d’une équipe de fonctionnaires qui craint son impulsivité, mais plutôt de fidèles admirateurs, tout droit issus des rangs Maga. Tel un « oligarque », Donald Trump refuse les objections et ne côtoie que des personnes « qui lui disent ce qu’il a envie d’entendre », note encore Dominique Simonet.
Toutefois, cette stratégie vengeresse pourrait bien lui coûter en novembre. Avec sa gestion autoritaire de la campagne, le locataire de la Maison-Blanche pourrait se mettre à dos les républicains les plus modérés ou les indépendants. « Ça ne leur posera aucun problème », a-t-il balayé ce mercredi face à la presse, en parlant des dirigeants du parti. « Ils veulent gagner. Je sais comment gagner – je pense l’avoir prouvé, non ? ». Et comme le souligne Dominique Simonnet, les midterms sont encore « très, très loin ». Au rythme auquel Donald Trump enchaîne les controverses, les électeurs auront largement le temps d’oublier celle-ci d’ici à novembre.
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Author : Asia Dayan
Publish date : 2026-05-21 11:04:00
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