Acétamipride, cadmium, PFAS, microplastiques… Plus ces polluants envahissent nos assiettes, plus la panique monte. Risques de cancers, danger de contamination : jamais les craintes n’ont été aussi fortes, notamment sur les produits phytosanitaires. On se souvient du Covid, et de ses marchands de peur, qui chaque jour, démentant les études scientifiques, mettaient en danger la vie des citoyens. Serait-on en train de rejouer le match, avec, sur le banc des accusés, les industriels, accusés de privilégier la rentabilité à la santé ?
Pas si vite, car les réglementations existent et elles sont souvent très strictes, les agences sanitaires agissent efficacement et les contrôles sont fréquents. Mais il faut admettre, à l’instar de Xavier Coumoul, professeur des universités en biochimie et toxicologie à l’université Paris Cité, et auteur de Poison(s) (éditions des Atelier d’Argol) qu’ »il y a des trous dans la raquette scientifique ». Des trous béants, qui expliquent le niveau élevé des incertitudes actuelles. Prenez les PFAS, présents dans l’eau, l’air ou les sols. Une menace invisible contre laquelle le gouvernement a publié un plan d’action national en 2024. Mais que sait-on au juste de ces fameux polluants éternels ? « Si une exposition chronique de longue durée à certains PFAS peut être associée à des effets sur la santé, les données permettant avec certitude de prouver la probabilité d’occurrence et la gravité de ces effets selon le niveau d’exposition et le (ou les) PFAS concernés sont encore insuffisantes », reconnaît prudemment le ministère de la Santé.
Non pas que les chercheurs n’effectuent pas leur travail : c’est exactement le contraire. Le nombre d’études explose, et on est capable désormais de mesurer des taux d’imprégnation extrêmement faibles. Mais le champ des molécules fabriquées par l’homme est immense : sur les plus de 100 000 répertoriées, 70 % d’entre elles demeurent à ce jour mal caractérisées sur le plan de l’exposition et du danger, précise Xavier Coumoul. Ce qui ne signifie pas qu’elles soient obligatoirement cancérogènes ou dangereuses pour la santé, mais le doute se propage. Car, comme l’indique Francesca Mancini, (CESP – Inserm), « de plus en plus d’associations statistiques mettent en évidence de potentiels liens avec la survenue de maladies chroniques multifactorielles, comme le diabète, des troubles du développement, des pathologies neurologiques et certains cancers… ».
Comment alors ne pas sombrer dans la paranoïa ? En misant sur la science, pour tester, produire des études de qualité, collecter des données fiables. Ce qui réclame des moyens robustes. C’est là que le bât blesse. Le rabot budgétaire n’a pas épargné les organismes de recherche, placés au régime sec. La loi de programmation de la recherche a été mise sur pause. Autant de mauvais signaux adressés à la communauté scientifique. Il y a des économies indispensables à réaliser en France, le FMI vient encore de le rappeler. Mais certainement pas dans la recherche française, au service des citoyens et de la santé de demain.
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Author : Eric Chol
Publish date : 2026-05-28 06:30:00
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