La tradition s’est perdue. Depuis La Littérature à l’estomac, publié par Julien Gracq en 1950, on compte sur les doigts d’une main les bons pamphlets jetés contre le milieu littéraire : Les Chiens à fouetter de François Nourissier, Nos amis les lettres d’Eric Neuhoff, les livres co-signés par Pierre Jourde et Eric Naulleau… Avec La Littérature d’ameublement (clin d’œil à Erik Satie qui parlait en son temps de « musique d’ameublement »), Mathieu Terence s’inscrit dans cette filiation, avec une forme de détachement souverain à la Guy Debord.
En notre ère de falsification où l’industrie culturelle écrase l’art véritable et où les écrivains s’effacent au profit des « livreurs », l’auteur fait ce genre de remarque : « Il y a les livreurs pour écrire comme si Joyce, Proust, Broch ou Beckett n’avaient pas eu lieu. Il doit bien y avoir des scientifiques qui ne savent pas que Galilée, Newton et Einstein ont existé, mais je ne suis pas sûr qu’ils découvrent grand-chose ni même qu’ils professent quelque part. » Tout y passe, notamment les renvois d’ascenseur et la cuisine des prix, souvent dure à avaler pour les « caniches de compétition » qui attendent leur « leurre de gloire ». Parmi ses cibles privilégiées, Mathieu Terence n’oublie pas les « journalistes-livres » qui, selon lui (et il n’a pas tort), ont remplacé les critiques littéraires et contribuent au nivellement par le bas. Puisse ce bref article lui prouver que certains dans notre profession savent encore lire les yeux ouverts.
La littérature d’ameublement par Mathieu Terence. Editions du Cerf, 94 p., 9,90 €.
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Author : Louis-Henri de La Rochefoucauld
Publish date : 2026-06-01 06:00:00
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