Il a été « largement négocié ». « Dans sa dernière ligne droite ». Ou encore, « très proche ». Depuis le début des hostilités en Iran, le président américain aura fait planer l’espoir d’un accord de paix à de multiples reprises. Cette fois, une issue diplomatique semble se concrétiser. Si les deux parties s’entendent, vendredi 19 juin, les navires bloqués dans le détroit d’Ormuz pourront enfin reprendre leur route. Reste que le monde ne sortira pas indemne de la tourmente des derniers mois.
Donald Trump a beau se réjouir que « le pétrole coulera » à nouveau, il faudra du temps avant que le trafic maritime dans le détroit retrouve son niveau d’avant-guerre, alertent les experts d’Oxford Economics dans une note. Au-delà des perturbations affectant le transport des barils, plusieurs infrastructures pétrolières et gazières ont été endommagées dans la région du Golfe. A l’image de l’unité de GNL de Ras Laffan, au Qatar, dont la remise en service complète pourrait s’étaler sur plusieurs années. « Le conflit devrait pousser les États et les entreprises à constituer des réserves stratégiques accrues de pétrole et de gaz pour se prémunir contre les chocs, souligne Julien Marcilly, chef économiste à Global Sovereign Advisory. Dès lors, les tensions énergétiques pourraient s’enraciner puisque l’offre peinera à retrouver son niveau d’avant-crise à cause des dommages sur les sites de production, tandis que la demande sera stimulée par ce besoin de stockage ».
Croissance ajustée à la baisse
Les tensions sur d’autres matières premières – comme l’aluminium ou le soufre – ont déclenché des effets en cascade. « Certaines industries ont été contraintes d’ajuster fortement leur production face à la hausse des prix des intrants, constate Ruben Nizard, économiste chez Coface. Même si les prix baissent, le redémarrage des unités industrielles pourrait prendre du temps, en raison des contraintes techniques et logistiques ».
Anticipant ces vents contraires le FMI a révisé ses prévisions de croissance mondiale pour l’année en avril, tablant sur 3,1 % contre 3,3 % début janvier. La Banque centrale européenne (BCE), elle, a relevé ses taux directeurs de 25 points de base la semaine dernière. Un remède au goût amer. « Sa décision a été motivée par la hausse des prix de l’énergie et par l’inflation des services, rappelle Christophe Boucher, responsable des investissements chez ABN Amro. Une trajectoire des taux qui resterait haussière ne serait pas une bonne nouvelle : cet outil de politique monétaire a davantage d’influence sur l’industrie manufacturière – intensive en capital – que sur celle des services. Finalement, en voulant faire baisser les prix des vacances au Club Med, elle risque d’étouffer l’industrie automobile allemande, déjà fragilisée par le choc énergétique ».
Routes alternatives
Une autre source d’inquiétude émerge : le blocage du détroit d’Ormuz – scénario autrefois inconcevable – a créé un précédent dangereux en matière d’instrumentalisation des points de passage stratégiques. « La perception du risque dans la région du Golfe a durablement changé, note Julien Marcilly. De nouveaux investissements sont nécessaires pour réparer les installations détruites et pour construire des moyens de transport évitant le détroit. Les compagnies d’assurance pourraient désormais demander des primes de risque plus élevées pour passer par le détroit ». Sur le terrain, les acteurs s’adaptent à la nouvelle donne : l’armateur MSC a annoncé début mai une nouvelle liaison entre l’Europe et le Moyen-Orient, partiellement assurée par des camions, tandis que l’émirati Adnoc prévoit pour 2027 un doublement de capacité de son oléoduc contournant le détroit d’Ormuz.
Pour l’Asie du Sud-Est, il est grand temps de réfléchir à sa sécurité énergétique. Dépendante des importations du Moyen-Orient, la région a été frappée de plein fouet par la crise. Les Philippines ont ainsi instauré une semaine de quatre jours dans certaines administrations et entreprises publiques, tandis que le télétravail des fonctionnaires a été encouragé en Thaïlande et au Vietnam. Pour renforcer sa résilience aux chocs, le directeur de l’agence internationale de l’énergie, Fatih Birol, a notamment préconisé « la diversification des fournisseurs, l’électrification et l’amélioration de l’efficacité énergétique ».
Sur les marchés, les avancées diplomatiques suffisent à relancer l’optimisme des investisseurs. « Le Covid a montré que la normalisation après crise peut se faire assez rapidement : si l’accord est effectivement signé, les obstacles logistiques pourraient être levés d’ici trois à quatre mois », suggère Alexandre Baradez, responsable de l’analyse marché chez IG France. A moins d’un échec des négociations sur le texte final. Ou d’une nouvelle crise…
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Author : Tatiana Serova
Publish date : 2026-06-16 10:37:00
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