La souffrance des victimes n’a pas disparu avec la chute de Bachar el-Assad le 8 décembre 2024. Depuis le début du mois de juin, une vague de manifestations traverse la Syrie. Les protestataires dénoncent la lenteur de la justice et réclament des poursuites contre les responsables de la répression menée sous l’ancien président syrien.
Après l’effondrement du régime face à une coalition de rebelles, Bachar el-Assad a fui le pays avec sa famille pour trouver asile en Russie. De nombreux responsables, partisans et miliciens qui lui étaient fidèles ont également pris la fuite ou ont été arrêtés. Le peuple syrien appelle désormais le nouveau gouvernement à poursuivre et juger les auteurs des exactions commises durant les années de guerre.
Les manifestations ont commencé par un « Sit-in de la dignité », le 12 juin à Deir Ezzor en Syrie. Selon le média syrien Levant24, plusieurs centaines d’habitants se sont réunis pour faire entendre leur voix. Le mouvement a ensuite gagné en ampleur, s’étendant à Alep puis à Idlib. « La shabiha d’Assad nous a forcés à partir en bus vers les camps de déplacés sous tente dans le nord du pays », témoigne un manifestant cité par Aawsat. La « shabiha » étant un ensemble de milices fidèles à el-Assad, responsables de répressions violentes contre de la population lors de la guerre civile débutée en 2011.
Une soif de justice
Dans plusieurs villes, les protestations ont toutefois cédé la place à des actes de vengeance. Selon L’Orient-Le Jour, un homme a été lynché à mort en pleine journée à Idlib par « une foule décidée à se faire justice elle-même ». Cet homme était un informateur des services de sécurité de l’ancien pouvoir, responsable de l’arrestation et de la mort de dizaines de Syriens. « Une fois tué, son corps a été jeté dans une décharge », a ajouté le quotidien libanais. A Salqin, des individus ont vandalisé une entreprise peu après son ouverture, car elle appartenait à des partisans de Bachar el-Assad, rapporte Levant24.
Cette escalade des violences inquiète les nouvelles autorités syriennes. Selon le porte-parole du ministère de l’Intérieur, Noureddine al-Baba, ces revendications « expriment un désir légitime d’obtenir justice après de longues années de répression, de meurtres et de terrorisme. » Mais il met en garde : « l’État rejette catégoriquement de transformer la demande de comptes en un acte de vengeance ».
Une colère qui dépasse la seule question judiciaire
Cette mobilisation est également nourrie par une profonde frustration économique. La dégradation des conditions de vie depuis la chute d’Assad alimente le mécontentement et accroît les tensions au sein de la population. Des manifestations avaient déjà eu lieu en avril en raison de la hausse du chômage et des prix. « Nous méritons les maisons dans lesquelles ils [NDLR : les proches de l’ancien régime] vivent, nous méritons les postes et les emplois dans le secteur public », a déclaré un manifestant cité par Aawsat. Pour une partie de la population, les anciens soutiens du pouvoir déchu doivent être exclus des institutions, jugés et emprisonnés. Dans un contexte de crise économique persistante, cette frustration nourrit des tensions croissantes et favorise les violences ainsi que les règlements de comptes.
Au cœur de la mobilisation demeure toutefois une même revendication : que justice soit rendue. Les manifestants exigent l’arrestation des responsables de la répression, des procès transparents, une meilleure prise en charge des victimes ainsi qu’une intégration des anciens combattants de l’Armée syrienne libre (ASL) dans les institutions de l’État. Ils réclament également davantage de transparence dans les poursuites engagées et dans la lutte contre la corruption.
Un gouvernement qui tarde à prendre des décisions
Le rôle du gouvernement, depuis la chute du régime, est de mettre en œuvre une justice transitionnelle, c’est-à-dire juger les responsables des crimes commis durant le conflit. Les autorités syriennes ont apporté leur soutien à la population et ont affirmé rechercher activement les personnes impliquées dans les exactions de l’ancien pouvoir. Leur objectif est également de favoriser l’apaisement national, de limiter les actes de vengeance et de restaurer l’unité du pays.
Lors de sa prise de parole, Noureddine al-Baba a dressé un bilan des arrestations déjà menées. Selon Enab Baladi, dans le cadre des enquêtes sur les violations commises dans des hôpitaux militaires de l’ancien régime, 12 officiers ont été arrêtés. Le département de la lutte antiterroriste recense par ailleurs 5 989 anciens membres du régime.
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Publish date : 2026-06-18 16:54:00
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