Pour comprendre l’esprit d’un prix littéraire, inutile d’avoir fait Saint-Cyr : il suffit de regarder son palmarès. Dans celui du Livre Inter, créé en 1975, on retrouve notamment (par ordre chronologique) Nina Bouraoui, Nancy Huston, Antoine Volodine, Mathias Enard, Alice Zeniter, Céline Minard, Tristan Garcia ou Mathieu Belezi. C’est un prix de sensibilité plutôt de gauche tendance Télérama, qui ne va pas toujours à la facilité, et récompense à l’occasion des écrivains carrément expérimentaux. Dans la liste homogène des anciens lauréats, un intrus saute aux yeux : le grand Jean Raspail, distingué en 1987 pour Qui se souvient des hommes… (paru chez Robert Laffont). Rappelons que son sulfureux roman Le Camp des saints date de 1973 – il n’était donc déjà plus en odeur de sainteté quand il avait reçu le prix du Livre Inter. Comment expliquer ce mystère ?
N’ayant pas la réponse à cette question, nous parlerons chiffres. Si on prend en compte les vingt dernières années, un prix du Livre Inter assure en moyenne entre 40 000 et 70 000 exemplaires en grand format. Sur la décennie en cours, le record est détenu haut la main par Anne Pauly avec Avant que j’oublie (Verdier), vendu à plus de 100 000 exemplaires en 2020, au sortir du premier confinement, alors que les librairies connaissaient un rebond. Les deux dernières lauréates ont fait moins bien : 25 000 exemplaires pour Phoebe Hadjimarkos-Clarke et Aliène (Sous-sol) en 2024, 30 000 exemplaires pour Florence Seyvos et Un perdant magnifique (L’Olivier) en 2025.
Primée le 1er juin pour Les Habitantes (Minuit), la trentenaire Pauline Peyrade n’est pas une débutante. Dramaturge reconnue, elle s’était révélée en littérature avec L’Age de détruire, prix Goncourt du premier roman en 2023, vendu à près de 10 000 exemplaires. Elle fait déjà mieux avec Les Habitantes. En 6e place de notre classement hebdomadaire avec une excellente semaine à 4 000 exemplaires, elle vient d’atteindre les 15 000 exemplaires au total. A ce rythme, elle devrait égaler voire dépasser Florence Seyvos. La barre des 100 000 exemplaires d’Anne Pauly paraît en revanche inaccessible, mais il faut (encore) rappeler à quel point le marché du livre est difficile en ce moment…
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En ce qui concerne les autres romans, n’oublions pas Sarah Rivens, en tête dès la sortie avec le premier tome de sa nouvelle série Swan (HLAB). Du côté des essais, Boualem Sansal est 1er malgré la réception en demi-teinte de La Légende (Grasset) – nouvelle preuve des difficultés actuelles de l’édition. On notera que le pape Léon XIV marche sur l’eau et réussit l’exploit d’être à la fois 2e, 5e et 6e avec un seul et même livre (à savoir les différentes éditions de son encyclique) ! Saluons aussi Siri Hustvedt, 3e avec Ghost Stories (Gallimard), son beau récit sur son défunt mari Paul Auster, qui en est à 20 000 exemplaires. C’est plus dur pour ceux qui ont des ambitions présidentielles. Gabriel Attal et Raphaël Glucksmann ne sont plus dans le top 20. Ce dernier, avec un livre intitulé Nous avons encore envie (Allary) semble se tromper de diagnostic – pour ce qui est de la lecture, en tout cas, le désir des Français s’émousse sérieusement.
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Author : Louis-Henri de La Rochefoucauld
Publish date : 2026-06-19 14:22:00
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