Il devient presque impossible pour les Américains d’éviter son visage. Le 27 juin, Donald Trump a ajouté à l’interminable liste de lieux où figure son portrait un objet symbolique : un nouveau passeport commémoratif créé pour célébrer les 250 ans de l’indépendance des États-Unis, dont le visuel a été dévoilé sur Truth Social par l’autolâtre président américain. On l’y voit représenté par un imposant portrait, derrière le Resolute Desk, avec la Déclaration d’indépendance en arrière-plan et sa signature au bas de la page.
La Maison-Blanche a ensuite relayé le visuel sur X. Selon le département d’État, ce passeport en édition limitée sera délivré aux personnes renouvelant leur passeport auprès de l’agence de Washington, tandis que le modèle classique restera utilisé ailleurs. Une rupture avec la tradition américaine, où les passeports mettent habituellement à l’honneur des symboles nationaux ou des figures historiques, et non le président en exercice.
Quand les symboles d’État prennent les traits de Donald Trump
Quelques semaines plus tôt, début juin, l’administration Trump avait déjà fait parler d’elle avec un projet de billet de 250 dollars à l’effigie du président. Le secrétaire au Trésor Scott Bessent a depuis présenté un premier visuel du billet, lui aussi imaginé dans le cadre des célébrations du 250e anniversaire des États-Unis. Là aussi, la proposition rompt avec une règle observée depuis plus d’un siècle : la monnaie américaine ne représente que des personnalités décédées. Le projet doit encore franchir plusieurs obstacles juridiques et législatifs avant de pouvoir être mis en circulation.
Plus globalement, le second mandat du milliardaire américain donne lieu à une folle auto-mania, le visage de Donald Trump s’imposant partout dans le paysage urbain de Washington. Depuis 2025, d’immenses portraits du président ont été installés sur les façades du ministère de la Justice et du ministère du Travail. Une pratique inhabituelle aux Etats-Unis, où les administrations et bâtiments fédéraux sont censés demeurer politiquement neutres. Des représentations forcées qui rappellent à certains observateurs et historiens les pratiques d’anciennes monarchies européennes, alors que le portrait du souverain servait partout à rappeler son autorité absolue.
Washington, vitrine de la marque Trump
Quand ce n’est pas son visage, c’est son nom qu’il tente d’imposer jusque dans les institutions fédérales. Après avoir démantelé l’United States Institute of Peace en 2025, son administration a finalement rebaptisé le bâtiment le « Donald J. Trump Institute of Peace ». Une décision prise par le secrétaire d’État Marco Rubio, assure Donald Trump, qui participe dans tous les cas à une personnalisation inédite de cet organisme fédéral jusqu’ici indépendant.
Même sort pour le Kennedy Center, cet illustre centre culturel bâti à la mémoire du président assassiné. Après avoir pris le contrôle de son conseil d’administration et annoncé une série de réformes polémiques en 2025, le chef d’Etat a finalement annoncé en décembre dernier que l’institution culturelle deviendrait le « Trump Kennedy Center ». Une fois n’est pas coutume, cette décision a finalement été suspendue par la justice, un juge fédéral ayant ordonné mi-juin le retrait du nom « Trump » de la signalétique et des supports de communication.
« Arc de Trump », « Trump promenade »…
Qu’à cela ne tienne : si les monuments existants sont parfois protégés, Donald Trump a décidé de construire ses propres supports de communication. Parmi ses projets, celui de la création d’un arc monumental et orné de statues d’or, inspiré de l’Arc de Triomphe français, déjà surnommé par les médias américains l’ »Arc de Trump ». Début juin — et toujours dans le cadre des préparatifs du 250e anniversaire des Etats-Unis, il a également évoqué le projet de création d’une promenade derrière le Lincoln Memorial. « Ils veulent l’appeler la Trump Promenade » a lancé le président devant les caméras, sans préciser qui soutenait cette idée.
Une stratégie de personnalisation fidèle à la manière dont Donald Trump a toujours développé sa marque personnelle. Bien avant son entrée en politique lorsqu’il évoluait dans le secteur privé, son nom figurait déjà sur des hôtels, des casinos, des immeubles, des terrains de golf, des avions ou encore une multitude de produits dérivés. La différence, soulignent les historiens, est qu’il transpose désormais cette logique marketing aux symboles de l’État fédéral, brouillant chaque jour un peu plus la frontière entre l’Etat américain et sa propre personne.
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Author : Enola Richet
Publish date : 2026-06-29 14:27:00
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