Une campagne à la Kennedy, une gouvernance à la Pierre Mendès France. Raphaël Glucksmann connaît sa route, de l’élection à la trace laissée dans l’Histoire, en passant par l’Élysée. Dans un monde idéal, évidemment. À quoi tient une destinée ? À l’espace politique, aux bras, à l’argent, à l’envie… Bref, la sienne est, pour sûr et d’abord, conditionnée au soutien du Parti socialiste. Hier, il lui était tout acquis dans une formalité. Aujourd’hui, il lui faudrait séduire les militants, dans une primaire taillée certes sur mesure, mais dont il se serait clairement passé. Une autre paire de manches.
Car les socialistes ont finalement tranché l’épineuse question, votant pour une désignation interne du prochain candidat réservée aux seuls membres à jour de cotisations du PS et de Place publique, le parti de Raphaël Glucksmann. Mais quand deux cadres du mouvement discutent, c’est un nom bien éloigné de « JFK » et de « PMF » qui surgit : « On dirait Xavier Bertrand. » Prétendant malheureux à la primaire interne de la droite, en 2021.
« Je ne parle pas le langage de la gauche militante »
Gauche, droite, l’histoire bégaie. « Faut-il qu’il soit candidat à l’extérieur du parti, au risque de voir un concurrent du parti surgir et de ne pas avoir les signatures ? Faut-il qu’il soit candidat en interne au risque d’être battu ou englué dans les affaires d’appareils ? Pour l’heure, il a tranché pour la méthode Macron, à savoir candidat extérieur pour siphonner l’intérieur. » Jean-Christophe Cambadélis parle de Raphaël Glucksmann ; il parle de Xavier Bertrand au passé. Ces deux histoires se font écho, songe-t-il. Le président de la région Hauts-de-France souhaitait s’imposer aux Républicains sur la foi de ses bons sondages – les militants ne devraient pas confisquer le choix des Français… Mais il fut aussi contraint, rattrapé par la patrouille, de participer à une compétition interne. Il pensait en faire une formalité. Valérie Pécresse, Michel Barnier ou Éric Ciotti en ont décidé autrement. Aujourd’hui dans la bataille à gauche, voici que surgit l’éternelle Ségolène Royal – qui annonce ce vendredi se présenter à cette primaire fermée.
C’est le propre de ces procédures : on n’y contrôle pas grand-chose. Bien qu’il ait été battu en interne, Olivier Faure tente de garder la maîtrise des opérations: « Je crois que Raphaël Glucksmann n’a pas le choix et que, quand on veut le soutien des socialistes, le moins que l’on puisse faire, c’est de se plier à la règle du départage démocratique », dit-il, accentuant la pression sur l’intéressé. Le premier secrétaire n’a eu de cesse, ces derniers mois, de vouloir le convaincre de rejoindre le processus. « Si tu es le mieux placé dans les sondages, viens vérifier ça dans une primaire ! », lui a-t-il malicieusement glissé un jour, sans succès. Car « jusqu’alors, le député européen comptait sur le soutien du PS sans rien en échange », admet un interlocuteur – si ce n’est des sondages relativement prometteurs. Tout juste envisageait-il un référendum sur son nom. « Pas de processus alambiqué, une démarche simple, les militants votent, on met le bleu de chauffe et on y va », concédait-il, sibyllin, au Parisien.
Candidats pas si naturels
Glucksmann – Bertrand. C’est aussi l’histoire de deux candidatures un peu moins naturelles qu’ils ne l’ont cru. Deux hommes cultivant leur surplomb, éloignés du barycentre idéologique des formations qu’ils prétendent, ou ont prétendu, représenter. Xavier Bertrand avait quitté LR pour dénoncer les ambiguïtés de son camp face à l’extrême droite, Raphaël Glucksmann n’a jamais adhéré au PS et assume de tendre la main aux macronistes.
En privé, l’eurodéputé dressait quelques-unes de ses qualités pour s’adresser aux Français: « Je ne parle pas le langage de la gauche militante. » Autant de défauts dans une primaire ? Le patron de Place Publique, accusé de regarder vers le centre, sera ciblé. « Le débat pourrait très vite tourner autour du fait qu’il est supposément social-libéral. Ça peut être crado », s’inquiète un membre de la direction du PS. Philippe Brun, candidat à la primaire, tient sincèrement à se présenter comme un « anti-Glucksmann », par exemple…
Quid de ses sondages corrects ? Les compétitions internes consacrent-elles un électorat stratège, ou une flopée de puristes ? En 2021, personne n’imaginait Éric Ciotti président de la République. Mais ses positions radicales, en matière d’immigration et de sécurité, lui permettaient de se hisser au second tour du congrès des LR. Xavier Bertrand, lui, avait fini avant-dernier. Heureusement que Raphaël Glucksmann peut théoriquement compter sur sa dizaine de milliers de voix d’avance, le nombre d’adhérents à jour de cotisation chez Place publique. En cas de participation, bien sûr.
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Author : Mattias Corrasco
Publish date : 2026-07-10 15:00:00
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